Agriculture : difficile dynamique pour la campagne 2021-2022
La campagne agricole est sur une trajectoire jugée très difficile par les agriculteurs. L’élan du début de la saison paraît s’estomper face au spectre de la sécheresse qui pointe sur plusieurs régions de production céréalière, sucrière et fourragère.
Les faibles précipitations semblent compromettre la campagne dans plusieurs régions. « En particulier la Chaouia, les Doukkala et le Tadla », précise Rachid Benali, premier vice-président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), joint par Médias24.
Dans ces zones, la réserve des grands barrages à usage agricole a atteint la cote d’alarme. Elle s’établit à 7,1% au 17 janvier pour Al Massira contre 12,5% à la même date de la campagne 2020-2021. La réserve de Bine El Ouidane affiche un taux de remplissage de 14,2% au lieu de 21,2%. Enfin, la retenue du barrage Hassan Ier est, elle, à 9% contre 28,6% un an auparavant. Par conséquent, les programmes des cultures arrêtés initialement dans ces grandes zones ont été fortement réduits.
À titre d’exemple, aucune culture n’a été programmée dans le périmètre irrigué à partir des barrages dans la zone des Doukkala.
L’espoir est encore permis si les conditions climatiques s’améliorent
Ailleurs, l’espoir reste de mise auprès des agriculteurs si les conditions climatiques s’améliorent dans les jours à venir, anticipe le premier vice-président de la Comader. Mais une contrainte de taille reste à lever. Elle tient à la cherté et à l’indisponibilité des engrais azotés. « Or, faute de ces fertilisants, les rendements ne seront pas au rendez-vous, même si le ciel s’annonce favorable », anticipe Rachid Benali. Les prix assez élevés de ces engrais ont dissuadé les opérateurs de les importer, explique-t-il.
Autre contrainte à laquelle les agriculteurs sont confrontés : la surchauffe qui s’est emparée du marché de l’alimentation du bétail. Orge, soja et maïs ont vu leur prix flamber à l’international. Ce qui explique le renchérissement de l’aliment du bétail au niveau national.
« Pour le moment, aucune mesure n’a été annoncée quant au lancement d’un plan de sauvetage du cheptel, notamment la subvention de l’orge », constate le premier vice-président de la Comader. Pourtant, la campagne agricole 2021-2022 avait démarré sous des augures prometteurs, du moins en ce qui concerne les mesures programmées pour son lacement et son déroulement.
Globalement, le programme des cultures d’automne porte sur 4,6 millions d’hectares de céréales, 198.000 ha de légumineuses et 509.000 ha de fourrages. S’ajoutent également 114.000 ha de maraîchage et 47.600 ha de betterave à sucre.
Pour ce qui est des céréales, il était prévu la mise à disposition, pour les agriculteurs, de 1,6 million de quintaux de semences sélectionnées à des prix bonifiés. À l’instar de la campagne précédente, la subvention s’élève à 170 DH/quintal pour le blé tendre. Elle atteint 205 DH/quintal pour le blé dur et 310 DH pour l’orge.
À cet effet, 390 points de vente sont ouverts à travers les régions de production céréalière, histoire d’en assurer la proximité pour les agriculteurs. Et déjà le ministère de l’Agriculture programme de semer 50.000 ha pour la multiplication des semences. En ce qui concerne les fertilisants, un intrant incontournable pour l’amélioration des rendements, pas moins de 490.000 tonnes d’engrais de fond sont mises à la vente à des prix maintenus au même niveau que la campagne 2020-2021.
Les cultures céréalières, tout comme l’arboriculture fruitière, bénéficieront de l’assurance agricole multirisque. Pour cette campagne, la superficie céréalière couverte sera portée à 1,2 million d’hectares contre 1 million en 2020-2021, alors que 50.000 ha d’arboriculture seront reconduits.
Doublement du financement
Les nouveautés de l’actuelle campagne résident dans l’accompagnement du secteur, en particulier en ce qui concerne le financement. Avec le lancement de nouveaux produits et le montage de plans intégrés, le Crédit Agricole du Maroc projette de doubler son enveloppe, qui passerait de 4 à 8 milliards de dirhams.
De même, les agriculteurs peuvent avoir des avances auprès du Fonds de développement agricole lorsqu’ils disposent de projets d’investissement. Ces avances seront accordées à des taux préférentiels de 3,5%.
Autre nouveauté : l’octroi de préfinancements à l’exportation. À ce titre, les fonds peuvent être obtenus soit en monnaie locale, soit en devise à des taux d’intérêt variant entre 3,75 et 4,25%.
Par ailleurs, il est souligné la poursuite des grands chantiers, notamment le programme d’économie d’eau, l’intensification des cultures et de l’élevage ainsi que les actions de valorisation. Sans oublier les actions de promotion et de diversification des exportations.
Au total, le montant des aides programmées par le ministère de l’Agriculture en 2022 devrait atteindre 4,5 MMDH pour un investissement global de 9,2 MMDH. Reste à espérer que le ciel soit généreux.
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