Les investissements, victime oubliée de la crise du tourisme
Depuis le début de la crise, le flux des investissements touristiques ne cesse de se tarir. Hormis les projets reportés qui pourraient se concrétiser lors de la reprise, trois grands opérateurs avancent qu’il n’y aura pas de nouveaux investissements conséquents avant 2025.
Quatorze mois après un premier article décrivant l’impact de la crise sanitaire sur le volume des investissements touristiques d’origine nationale ou étrangère, la situation n’a fait que s’aggraver. Entre les fermetures ponctuelles des frontières internationales ayant entraîné un niveau d’activité touristique au ralenti, voire nul, aucune nouvelle décision d’investissements conséquents n’a été annoncée en dehors de ceux programmés avant la sinistrose liée au Covid.
« Une situation atone qui nécessite davantage d’implication de la SMIT »
Joint à la veille de l’annonce du lancement ministériel d’un plan d’urgence de 2 milliards de dirhams pour le secteur du tourisme, Jalil Benabbés-Taarji, président sortant de l’ANIT (Association nationale des investisseurs touristiques) nous décrit une situation atone en termes d’investissements ; elle nécessite un meilleur accompagnement du ministère de tutelle et de son bras chargé des investissements, la Société marocaine des investissements touristiques (SMIT).
"En effet, le rythme et l'intensité de la reprise des investissements futurs dépendront étroitement de la politique d'accompagnement public des entreprises dans cette période très difficile. Sachant que nos attentes sont connues et chiffrées, nous estimons que jusqu’à présent, elle a été timide, minimale et insuffisante", déplore le président sortant de l'ANIT.
« L’ANIT doit intégrer le conseil d'administration de la SMIT pour mieux informer »
"Aujourd’hui, notre vraie priorité est de sauvegarder et de préserver notre tissu industriel, à savoir tous les maillons de la chaîne de valeur confondus, et bien évidemment les emplois qui y sont liés. La SMIT a un rôle important à jouer pour optimiser l'environnement réglementaire de l'investissement, à travers sa nécessaire implication dans les lois de Finances et les textes connexes", conclut Jalil Benabbés-Taarji.
Il souhaite que son successeur à l'ANIT siège au conseil d’administration de la SMIT pour représenter la CNT. Il devra faire en sorte que le secteur privé soit mieux informé pour agir dans le cadre d’une concertation élargie.
« Pas le moindre rebond des investissements n’est à l’ordre du jour »
Amusé par notre question sur un éventuel rebond des investissements après vingt-deux mois de crise sanitaire, un autre investisseur national important nous rappelle que la situation n’a fait que s’aggraver jusqu’à décembre 2021, et que la seule actualité à ce sujet concerne la nécessité de sauver l’existant.
"Bien plus préoccupante qu’à la même période de l’année dernière, la situation en janvier 2022 n’a pas cessé de s’aggraver, avec une crise qui s’est non seulement intensifiée, mais qui a surtout trop duré. Les rares mesures publiques d’accompagnement de l’industrie touristique ont été appréciables, mais largement insuffisantes car, au départ, elles ont été conçues pour une crise qui devait durer de six à 12 mois. Partant de là, le secteur est complètement sorti de la route tracée sans aucune solution de back-up."
"En effet, la dégradation des fonds propres des investisseurs et de leur trésorerie n’a fait que se poursuivre de manière très intense", témoigne notre interlocuteur.
« Sans mesures d’accompagnement public, un taux d’investissement proche de zéro en 2022 »
"C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la SMIT, qui a vocation à accompagner les investisseurs, de toutes origines, à travers l’ingénierie touristique et l’organisation d’une partie de l’offre qu’elle promeut, se préoccupe autant du présent en essayant d’anticiper l’avenir, mais à mon sens sans grand résultat. En effet si, d’un côté, il est difficile d’imaginer un paysage touristique sans la SMIT, de l’autre, les opérateurs ne sont pas tous convaincus par l’efficacité de son plan d’action par les temps qui courent", confie cet investisseur.
"Ainsi, dans le contexte de crise actuelle, le secteur a besoin d’un train de mesures d’accompagnement consistantes, aussi bien pour les entreprises que pour leurs salariés, sans quoi le taux d’investissement, national et étranger, sera largement impacté et ne risquera pas de redémarrer dans les années à venir.
"À l’exception de la CDG qui se distingue en maintenant ou reportant ses gros projets d’investissements, l’absence d’une réponse du gouvernement qui soit proportionnée à l’intensité de la crise va grandement affecter le nombre d’investissements au Maroc qui sera proche de zéro malgré les effets d’annonce."
« La perte de confiance des prescripteurs fera perdre deux à trois ans au secteur »
"Extrêmement mise à mal par les décisions gouvernementales disproportionnées en termes de mobilité par rapport à la réalité de la menace sanitaire, la confiance des tour-opérateurs, compagnies aériennes et, en bout de chaîne, des investisseurs nécessitera un temps additionnel inutile qu’on aurait pu s’éviter.
À partir de la reprise, il faudra deux à trois ans au secteur pour commencer à panser ses plaies et, surtout, pour retrouver la confiance des opérateurs nécessaire avant toute décision d’investir et de se projeter", souligne notre interlocuteur.
« Encore trois ans avant de retrouver le niveau d’investissements de 2019 »
"Pour ce qui est de revenir au niveau d’investissements pré-crise de 2019, il n’est pas exclu que, si la réouverture des frontières se fait rapidement et qu’elle est définitive, l'on puisse y arriver à la fin de l’année 2025.
En réalité, les niveaux de reprise seront différents en fonction des segments, car il n’y a pas une date uniforme pour toutes les destinations touristiques du Maroc, qui sont souvent totalement différentes en termes de choix de produits (tourisme de loisirs, culturel, d’affaires, événementiel…) », conclut notre source. Selon cette dernière, l’explosion probable de la demande dans les mois à venir permettra peut-être de suivre les pas de l’Espagne et du Portugal, qui ont déjà enregistré des records en termes d’investissements.
« Un manque de visibilité qui fait fuir les nouveaux investisseurs »
Actionnaire d’une grande chaîne hôtelière, une autre source affirme que la fermeture actuelle des frontières, sans véritable assurance de réouverture durable, a d’ores et déjà découragé l’ensemble des candidats nationaux et étrangers qui envisageaient d’investir au Maroc.
« Le principal enjeu d’un investisseur est de pouvoir répondre à une demande du marché, mais si on l’empêche de travailler en fermant son accès aérien, il n’a d’autre choix que de se rendre ailleurs pour investir.
Le manque de visibilité actuel constitue donc un frein pour le potentiel d’investissement au Maroc, qui n’a pas créé les conditions pour rassurer les candidats », conclut l’hôtelier qui s’inquiète de l'éventuel départ de plusieurs acteurs aériens et, in fine, « des investisseurs à qui on enlève le pain de la bouche ».
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