Le monde rural est confronté à la pire sécheresse des trente dernières années
Nous espérons tous qu'il pleuvra bientôt. Mais en attendant, le monde agricole et le monde rural d'une manière générale subissent de plus en plus les effets d'une sécheresse qualifiée de "terrible" par toutes les sources. Un programme de réduction des impacts du déficit pluviométrique est en cours de finalisation par le ministère de l'Agriculture.
"On dit que c'est la pire sécheresse des trente dernières années. Et qu'il faut revenir à 1989 pour trouver une telle situation. En réalité, même ceux qui ont cinquante années de métier affirment n'avoir jamais connu pareille sécheresse." Ainsi parle Rachid Benali, vice-président de la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural (Comader), contacté par nos soins.
"On ne se rappelle pas d'une année comme celle-ci"
Cette année en effet, on assiste à une forte baisse des réserves des barrages et des nappes phréatiques, conjuguée au recul de la pluviométrie, et ce, au sortir d'une crise pandémique inédite dans l'histoire de l'humanité puisqu'elle a frappé toute la planète.
Rachid Benali nous explique que les seules régions préservées "à ce stade" sont les zones de montagne, une partie du Gharb, une partie du Saiss et une partie de Marchouch (région de Rabat). Il estime les superficies sinistrées à au moins trois millions d'hectares. "Seul un million d'hectares est assuré", déplore-t-il en formant le vœu que, comme en 2020, les indemnisations soient versées rapidement, sans attendre le plein été.
"Les mesures doivent sortir et être appliquées immédiatement"
"Nous sommes dans une situation inédite, jamais connue auparavant, avec non seulement un sévère déficit pluviométrique qui rappelle les années 1980, mais également des barrages presque vides, sauf dans le Loukkos et le Garb ; une flambée des prix des intrants jusqu'aux produits d'emballage ; une inflation, une baisse de la production laitière ; une explosion des aliments de bétail", nous liste une source professionnelle qui suit la situation au jour le jour.
"Il faut agir vite, tout de suite. Car il faut que le fellah sache que l'Etat va agir, cela lui donnera de l'optimisme et lui évitera de vendre son bétail." Pour lui, les procédures d'action de l'Etat sont maintenant rodées, mais il importe de les annoncer rapidement. Sa deuxième recommandation concerne les indemnisations par l'assurance agricole. Selon notre interlocuteur, il faut verser les indemnités au plus vite, en avril ou mai au plus tard.
Programme au profit du bétail
Au niveau du bétail, il rappelle l'absence d'eau et la rareté des pâturages, tandis que les prix des aliments pour bétail ont flambé. Selon les échos du terrain, les prix ont effectivement augmenté de 40% à 100% pour différents aliments de bétail.
Depuis quelques jours, des appels d'offres sont lancés par différentes directions provinciales de l'agriculture, pour l'achat "d'orge subventionnée destinée aux éleveurs". Si les quantités varient d'une province à l'autre, elles sont parfois élevées.
Le ministère de l'Agriculture nous confirme que ces appels d'offres entrent "dans le cadre du programme de réduction des impacts du déficit pluviométrique".
Ce programme, qui est "en cours de finalisation", comprend "six composantes", indique notre source officielle :
- la distribution de l’orge subventionnée dans toutes les régions ;
- la distribution de l’aliment composé subventionné pour le cheptel laitier ;
- l’abreuvement du cheptel ;
- l’irrigation d’appoint pour les jeunes plantations réalisées dans le cadre des projets de l’agriculture solidaire ;
- l’aménagement des parcours dans la région de l’oriental ;
- le renforcement des programmes de santé animale.
L'UMT : "La sécheresse est devenue une donnée structurelle"
Driss Adda, secrétaire général adjoint de la Fédération nationale du secteur agricole au sein de l'UMT, considère que la "sécheresse est devenue une donnée structurelle au Maroc ; ce qui est étonnant, c'est l'étonnement devant la sécheresse".
Pour lui, une politique publique permanente s'avère nécessaire, car l'année pluvieuse fera dorénavant figure d'exception. Sur dix ans, décrit-il, "nous avons désormais deux bonnes années, quatre années moyennes et quatre années de sécheresse".
Il attire l'attention sur le petit agriculteur qui travaille dans les terres bour (pluviales), ainsi que le petit éleveur. Leur capital, ce sont les têtes de bétail qu'ils risquent de brader sous l'effet de la sécheresse. Il conclut que distribuer 600.000 quintaux d'orge ne suffira pas à faire face aux besoins du bétail.
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