Comment le département d’Etat définit les objectifs de la mission américaine au Maroc
DOCUMENT. Sécurité, économie, gouvernance et technologie : tels sont les domaines prioritaires dans lesquels prévoit de s’engager la mission américaine au Maroc et où le Royaume "est ou sera bientôt un leader et un partenaire".
Dans un document daté du 7 avril 2022, le département d’Etat américain détermine les priorités et les objectifs de la mission américaine au Maroc, “ami important” et “allié” de l’Etat fédéral avec qui il entretient “des liens larges et profonds”.
Les domaines prioritaires pour la mission américaine à Rabat, selon ce récent document, sont les suivants : la sécurité, l’économie, la gouvernance et la technologie, dans lesquels le Maroc est considéré comme un “leader régional” et un “exportateur de savoir et de bonnes pratiques”.
Technologie et énergie verte: le Maroc leader global
Dans un document similaire précédent (2018), les priorités de la mission américaine au Maroc étaient légèrement différentes. Il s’agissait de sécurité, de politique, d’économie et de culture. Les objectifs et le cadre stratégique de la mission ont également changé entre-temps.
La technologie constitue un nouveau domaine sur lequel se concentreront les deux pays, compte tenu des “challenges conjoints” émergents. Surtout qu’au Maroc, “la capacité scientifique et technologique au sens large s’améliore rapidement”, lit-on dans le document. Un avantage qui place le Royaume dans une posture de leader dans ce domaine, tout comme en matière d’énergie verte, où le Maroc est considéré comme un “leader global” qui “fixe des objectifs ambitieux et les dépasse fréquemment”.
Ainsi, les Etats-Unis souhaitent “renforcer les acquis en matière de coopération sécuritaire” et étendre leur engagement “dans chaque catégorie de problématiques contemporaines dans lesquelles le Maroc est ou sera bientôt un leader et un partenaire”.
L’approche américaine vise donc à “construire les aptitudes marocaines et, compte tenu des priorités et des valeurs communes, à l’aider à exercer un leadership en Afrique du Nord, au Sahel et au-delà”. Depuis 2018, l’assistance américaine est considérée comme “un excellent retour sur investissement”.
Sécurité et militaire : les résultats sont clairs
Sur le plan sécuritaire et militaire, le département d’Etat américain estime qu’au Maroc, “les résultats sont clairs”. “Le gouvernement marocain investit dans son armée et est un acheteur notable de produits de défense américains”, indique-t-on dans le rapport, qui liste les événements annuellement organisés au Maroc dans ce cadre, tel que l’African Lion.
Le même document rappelle que les deux pays ont approuvé une feuille de route sur dix ans en matière de coopération dans la défense, qui ouvre la voie à une coopération plus approfondie d’ici 2030.
Toujours sur le front sécuritaire, le rapport note que “les efforts menés par l’Organisation des Nations unies pour résoudre le conflit du Sahara progressent grâce au plaidoyer américain”. Un sujet déjà évoqué dans le précédent document de 2018, dans lequel les Etats-Unis s’étaient contentés d’”encourager l’engagement constructif du Maroc avec la MINURSO”.
Et sur l’Algérie ?
La question sécuritaire dans la région est érigée en priorité pour les Etats-Unis, qui l’évoquent également dans le dernier document consacré à l’Algérie (2018). Le département d’Etat américain y indique qu’outre la sécurité, la stabilité, l’économie et la réforme démocratique font partie des “intérêts communs” entre les Etats-Unis et l’Algérie, son “partenaire de longue date”.
“Alors qu’il s’agit d’un leader dans la sécurité régionale, nous aimerions le voir (l’Etat algérien, ndlr) prendre un rôle beaucoup plus actif dans la promotion régionale de la stabilité et de la lutte anti-terrorisme”, lit-on dans le rapport 2018 consacré à l’Algérie
“La partie la plus délicate de la mission américaine en Algérie est l’effort de promouvoir la réforme politique et de renforcer le processus démocratique algérien”, souligne le département d’Etat américain. Il évoque par ailleurs l’importance de la lutte contre les “menaces sécuritaires”. Parmi elles, il cite le le narcotrafic, le trafic d’armes, les crimes financiers et la cybercriminalité.
Libertés fondamentales : une source de friction bilatérale
Si la question sécuritaire dans la région est commune, les objectifs des missions américaines sont évolutifs et diffèrent d’un pays à l’autre. Ainsi, en matière de gouvernance et de politique, la mission américaine au Maroc s’était fixée comme objectifs, en 2018, de partager les valeurs américaines avec les leaders émergents marocains et de construire un réseau avec ces derniers.
En 2022, elle vise plutôt à “améliorer des protections juridiques et l’engagement du public dans le cadre des droits humains, des libertés fondamentales, des libertés civiles, des droits des femmes, des communautés LGBTQIA+ et des libertés civiles. Sachant que pour le département d’Etat américain, “le franc-parler” des Etats-Unis en matière de libertés fondamentales, “telles que la liberté d’expression et les droits LGBTQIA+” restera “une source de friction bilatérale”.
Sur le plan économique, le rapport de 2022 sur le Maroc note que “le Nouveau Modèle de développement (NMD) prévoit une économie diversifiée et productive, avec une concentration à la production de valeur ajoutée, aux emplois de qualité et à l’amélioration du capital humain pour mener le pays au succès en 2030”.
Le NMD rassure quant aux projets économiques du Maroc
Les progrès du Maroc sont “importants pour les Etats-Unis” puisqu’ils permettront aux “citoyens marocains de réaliser leurs aspirations”. “Le pays pourra améliorer sa stabilité interne” et ainsi “réduire les pressions de migrations”. Le département d’Etat américain note également “un déficit notable que le Nouveau Modèle de développement cherche à combler : le faible taux de participation des femmes dans le marché du travail”.
Cela dit, il relève quelques risques liés à ces objectifs d’ordre économique. Il s’agit notamment de la pandémie du Covid-19, qui “pourrait davantage déprimer l’économie globale” et “négativement impacter la stabilité du Maroc, son développement économique et le secteur de l’éducation”.
La mission américaine au Maroc a également pour objectif, selon le rapport de 2022, de renforcer l’investissement et le commerce bilatéral “à travers la promotion et l’engagement sur les obstacles à l’investissement”.
“Depuis l'entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Maroc en 2006, le commerce bilatéral avec le Maroc a augmenté de 300%. Les Etats-Unis sont désormais le troisième partenaire commercial du Maroc en termes de commerce total, mais il reste encore beaucoup de place pour la croissance de nos relations commerciales.
“La mission américaine au Maroc va promouvoir les intérêts économiques et stratégiques des Etats-Unis au Maroc, en faisant pression pour des réformes marocaines visant à libéraliser le commerce, à augmenter les opportunités d’emploi dans le secteur privé et à favoriser un environnement qui encourage et récompense l’entrepreneuriat”, indique-t-on dans le rapport.
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