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Sahara. Une conversation avec Mustafa Salma Ould Sidi Mouloud après la résolution 2654

Quelques jours après la publication de la résolution 2654 du Conseil de Sécurité, l’ancien chef de la police du polisario dans les camps de Tindouf commente pour Médias24 les avancées pour le Maroc ainsi que les risques posés par l'obstination de l'Algérie à ne pas se considérer comme partie prenante d'un conflit qui aura bientôt un demi-siècle.

Sahara. Une conversation avec Mustafa Salma Ould Sidi Mouloud après la résolution 2654
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Le 30 octobre 2022 à 12h51 | Modifié 31 octobre 2022 à 8h26

     Médias24 : que vous inspire le contenu de la nouvelle résolution de l'ONU ?

Mustafa Salma Ould Sidi Mouloud: Sachant que le ministère marocain des Affaires étrangères a salué la résolution et que le polisario a exprimé son rejet de la résolution, il n’y a rien à dire de plus.

     -Selon vous, est-ce que la résolution conforte la position du Maroc?

-Depuis l’avènement du conflit, la politique du Maroc a été confortée sur le terrain et sur le plan diplomatique qui lui a permis de réaliser des succès qui ont été préservés sans retour en arrière.

Les deux points importants concernent l’absence de référence à Guergarate et l’insistance du Conseil de sécurité pour que l’Algérie participe encore aux tables rondes.

En effet, la bataille tournait autour du passage Guergarate avant sa sécurisation il y a deux ans et nous remarquons que les deux dernières résolutions n’évoquent pas Guergarate.

Ensuite, s’il a fallu beaucoup d’efforts au Maroc pour amener l’Algérie à la table des négociations à travers les tables rondes, le Conseil de sécurité a continué à insister sur la tenue des tables rondes en exhortant l’Algérie à y participer positivement.

-Les nouvelles formulations utilisées dans la résolution telles que "inviter toutes les parties impliquées" sont-elles un moyen de rappeler à l'Algérie son rôle de partie prenante dans le conflit ?

-Oui et c'est d’ailleurs sur quoi le Maroc travaille depuis des années, car l'absence de l'Algérie est le véritable obstacle à la solution, en tant que soutien, incubateur et moteur pour le Polisario.

-Pensez-vous que l'identification et l'enregistrement des réfugiés "fortement réaffirmés" par l'ONU sont susceptibles d'être entendus par l'Algérie ?

-Non, il ne l’entendra pas. Car cela touche au cœur de sa force pour pérenniser le confit.

C’est d’autant moins envisageable que le recensement des réfugiés est censé faire en sorte qu’ils soient enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en tant que personnes et non pas en tant que peuple de la république sahraouie, comme c'est le cas actuellement.

En effet, le processus d'enregistrement auprès du HCR aura pour effet d’annuler le rôle du polisario car son soutien et sa protection juridique et économique seront partagés entre le pays d'accueil et le Haut-Commissariat aux réfugiés.

Partant de là, l'autorité du polisario tombera et sa cause passera du politique à l'humanitaire.

C'est la principale raison du refus de l'Algérie de procéder au recensement tout comme l’insistance du polisario d'inclure la fonction de surveillance des droits de l'homme dans les tâches de la MINURSO.

Par conséquent, il est peu probable que l'une ou l'autre des deux exigences soit acceptée.

-A ce propos, à combien de personnes estimez-vous la population des camps de Tindouf ?

-En réalité, la raison pour laquelle le processus d'identification et le référendum ont échoué, c'est qu’il est difficile voire impossible de déterminer qui est sahraoui ou non d’autant plus que l’Algérie empêche tout recensement avec des chiffres réels.

De plus, il faut tenir compte du fait que le nombre de personnes de Saguia el-Hamra et de Oued Eddahab qui ont fui vers les camps pour diverses raisons a beaucoup diminué depuis la signature de l'accord de cessez-le-feu en 1991.

Partant du constat que certains d'entre eux sont retournés au Maroc et que d'autres ont immigré à l'étranger, il n’y a eu aucune véritable augmentation de leur nombre depuis les années soixante-dix.

Selon moi, le nombre des populations de Tindouf est inférieur à celui des Sahraouis au Maroc aujourd'hui.

-Est-ce que l'Algérie acceptera de reprendre les tables rondes ou va-t-on vers une impasse ?

-L'Algérie n'acceptera jamais de participer aux tables rondes avec les données actuelles.

En effet, son approbation signifierait son acceptation de l'approche convenue par la communauté internationale, dont la plupart tendent à considérer la proposition marocaine comme la plus réaliste.

Cela la mettrait en difficulté car cela signifierait que l’Algérie accepte les acquis que le Maroc a obtenus. En fait son refus la montre comme un parti faisant obstruction au processus politique.

-Au lendemain de la résolution, le polisario a menacé d'intensifier la lutte armée, y-a-t-il un réel danger d'escalade régionale ?

-Lorsqu’il a annoncé son rejet de l'accord de cessez-le-feu et son retour à la guerre, il s’est mis en porte-à-faux par rapport à la communauté internationale qui ne peut soutenir le recours aux armes.

Sachant que ses forces n'ont même pas trouvé d'endroit où se cacher des drones marocains, il n'y a rien à craindre de "la guerre déclarée du polisario" qui n’a pas les moyens de ses menaces.

En réalité, le seul risque c'est que l'armée algérienne s’implique directement dans la guerre ou alors que le polisario recoure à des activités de sabotage à l'intérieur du Maroc, via des attentats, comme cela ressort des menaces récentes du commandant de son état-major.

Mais rien n’augure de l’avènement de ces deux choses prochainement et tout dépendra de l’implication de l’Algérie et de sa capacité à se remettre de ses problèmes internes.

Avant cela, les choses continueront à leur rythme actuel parce que toute étape d'escalade du polisario donnera au Maroc l'excuse et la justification pour obtenir plus de gains sur le terrain.

-Est-ce que la résolution pourrait être la cause d'un conflit intergénérationnel dans les camps ?

Sachant que les dernières résolutions internationales et les victoires diplomatiques du Maroc accroissent la frustration dans les camps, le conflit générationnel sévit dans les camps depuis un certain temps.

Elles alimentent le conflit déjà existant entre les jeunes générations et la vieille direction du polisario qui refuse de transmettre le pouvoir et de lâcher leur hégémonie sur les habitants des camps .

-Comment expliquez-vous que l'Algérie ait mis tout son poids économique, diplomatique et énergétique durant les 12 derniers mois avec un tel fiasco ?

-L'Algérie d’aujourd’hui est la même que celle d’hier car les militaires qui la dirigeaient sont toujours là et rien de nouveau n'est arrivé pour changer la politique algérienne.

La seule différence a été l’augmentation des revenus énergétiques et pour ne pas changer, les militaires ont continué à utiliser ses ressources pour s’opposer au Maroc et le présenter à la rue algérienne comme un ennemi extérieur, dans le but de se maintenir au pouvoir.

-Le polisario et l'Algérie appellent toujours à un référendum d'autodétermination, alors que cette option est ignorée depuis des années par toutes les résolutions du Conseil de sécurité...

-En effet, depuis l’adoption d'une approche réclamant une solution politique réaliste, consensuelle et satisfaisante pour toutes les parties, aucune résolution du Conseil de sécurité n'a mentionné le référendum depuis des années.

-Si le polisario n'accepte pas la demande de l'ONU de permettre le ravitaillement sûr et régulier des positions des équipes de la MINURSO à l'est du mur, peut-on imaginer son retrait ?

-La circulation des membres de la mission est restreinte, ce qui rend difficile la mission qui lui est confiée. Mais cela n'équivaut pas à un retrait. La mission n'est pas tant un besoin pour les parties au conflit qu'un besoin international pour maintenir la sécurité et la paix dans la région.

A moins que la MINURSO ne puisse plus accomplir sa mission, que ses membres soient exposés à une menace sérieuse, ou qu'une des parties au conflit demande son retrait, elle ne se retirera pas.

Soit dit en passant, la présence continue de la composante militaire des deux côtés de la ceinture défensive dans des zones qui, selon le polisario, connaissent une guerre quotidienne est la preuve que cette guerre ne constitue pas un risque élevé.

-Quid des menaces du Polisario de lancer des attaques de drones sur le territoire marocain ?

-Je suis sceptique car ces attaques via des armements d’autres types ne seront possibles que si l'armée algérienne est prête à intervenir directement dans le conflit.

De plus, toute éventuelle opération qualitative du polisario depuis l'extérieur de la ceinture contre le Maroc obligera l'armée marocaine à expulser les forces du polisario des zones à l'est de la ceinture, comme cela s'est produit à Guerguerate.

-Le fait que ces drones soient d'origine iranienne confirme-t-il les accusations marocaines de l'axe Algérie-Polisario-Iran contre le Maroc ?

-Je n'ai aucune information sur l'obtention par le polisario d'une quelconque arme de ce type même si leur pseudo-ministre de l'Intérieur a déclaré il y a un mois lors d'une visite en Mauritanie qu'ils sont proches d'être prêts à utiliser des drones.

Mais encore une fois, je confirme que le polisario n'utilisera aucune arme qualitative à moins que l'Algérie ne soit prête à entrer en guerre directe avec le Maroc.

-Comment expliquer le parti-pris de la Russie envers les positions algériennes (rejet des tables rondes...), est-ce motivé par son statut de fournisseur d'armes défendant son meilleur client ?

-La position russe en faveur de l’Algérie n'est pas nouvelle même si elle n'est pas à la hauteur de ce qui se passe dans d'autres dossiers arabes prioritaires pour la Russie, comme la Syrie.

Qu'est-ce qui a poussé le Kenya à s'abstenir de voter ?

-En réalité, je pense que le Kenya qui s'est abstenu est le Kenya d'avant les dernières élections.

En effet, depuis quelques années, la position kenyane est connue pour être loyale au polisario mais grâce aux efforts de la diplomatie marocaine de l'attirer vers le point de vue marocain, certains signaux montrent que les choses pourraient changer même si les résultats ne sont pas encore clairs.

-Qu'est-ce qui pourrait orienter ce conflit vers la paix des braves ?

-Tout simplement la chute du régime militaire en Algérie car si le Sahara n’est pas indispensable à l'Algérie, il est plus qu’indispensable au Maroc.

-Quelles sont les scénarios pour le futur ?

-Il est difficile de prédire ce qui se passera à court terme, mais rien n'indique qu'il y aura bientôt une solution.

La raison, c'est qu'il est difficile de prédire ce qui se passe dans la tête des militaires algériens dont le besoin de rester au pouvoir, les oblige à commercialiser la thèse d'un ennemi extérieur.

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Le 30 octobre 2022 à 12h51

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