Maroc-France : ce qu’implique le retour à la normale des relations bilatérales
Après une année de froidure entre les deux pays, les éléments de langage choisis par la ministre française des Affaires étrangères expriment la volonté de faire table rase du passé, en surmontant la crise des visas et en renouvelant l’appui de la France à la solution d’autonomie prônée par le Maroc.
Lors de la conférence de presse de ce vendredi 16 décembre qui a suivi la réunion des chefs de la diplomatie du Maroc et de la France, le ton, manifestement chaleureux, était à la réconciliation après plus d’une année de ce que l’on a appelé 'la crise des visas'.
"Le retour à la normale de la délivrance des visas est acté" (Colonna)
"J’ai dit publiquement, et je le confirme encore une fois, que nous avons fait le nécessaire avec nos partenaires marocains pour reprendre une activité consulaire normale", a déclaré Catherine Colonna en réponse à une question de Médias24 portant sur un éventuel arrêt des restrictions. Celles-ci se traduisaient par une baisse, depuis plus d’un an, de 50% du nombre de visas octroyés aux demandeurs marocains.
En d’autres termes, les consignes qui avaient été données en septembre 2021, aux six consulats français présents dans le Royaume, de réduire drastiquement la délivrance de visas français aux citoyens marocains sont désormais caduques, et le flux va se rétablir à partir de ce jour.
Sur un ton enjoué, la ministre a rebondi sur une déclaration de son hôte relative à la solidité des bases "des relations bilatérales qui sont uniques, voire incomparables avec d’autres pays", en insistant sur le fait que la France et le Maroc avaient décidé de s’adapter aux évolutions inhérentes à chacun des deux partenaires et aux défis communs, a minima pour la décennie à venir.
"Le soutien de la France au plan d’autonomie marocain ne changera pas"
En réponse à une question de l’AFP sur une éventuelle reconnaissance française de la marocanité du Sahara, la ministre a déclaré que la position de la France était connue du Maroc, à savoir une position constante (depuis 2007) et favorable au plan d’autonomie qui avait été proposé par le Royaume.
Tout en rappelant la nature exceptionnelle des relations liant les deux pays et le soutien pionnier de la France à la proposition marocaine d’autonomie des provinces du Sud à l’ONU, Colonna a indiqué que cette position de soutien n’allait pas changer et que le Maroc pouvait compter sur son appui.
"L’examen des futurs dossiers sera beaucoup plus souple" (diplomate)
Selon une source diplomatique française qui accompagnait la délégation, la crise est bel et bien terminée avec la levée immédiate de toutes les mesures restrictives qui avaient été annoncées en septembre 2021 et qui concernaient le Maroc, la Tunisie et l’Algérie.
"A partir d’aujourd’hui, l’examen des dossiers sera tout aussi vigilant, mais beaucoup moins strict que depuis plus d’une année."
"En effet, sachant que dès qu’une pièce manquait ou était incomplète, la demande était systématiquement rejetée, ce ne sera désormais plus le cas avec des consignes de souplesse pour étudier les futurs dossiers de candidature qui seront déposés à l’agence TLS", a révélé le diplomate, en ajoutant que l’objectif assumé du Quai d’Orsay était de revenir au niveau de délivrance de 2019.
"Il n’y a eu aucune contrepartie du Maroc pour faire évoluer la position française" (Bourita)
Interrogé à son tour par notre rédaction sur sa vision de la crise et sur une éventuelle contrepartie du Maroc pour la résoudre, Nasser Bourita a d’abord tenu à rappeler que "lorsque les mesures unilatérales de baisse de 50% des visas ont été prises par la France en septembre 2021, le Maroc s’est, par respect, interdit de commenter officiellement une décision souveraine des autorités françaises".
"S’il y a eu des réactions populaires par des Marocains concernés par la baisse des visas, aujourd’hui la décision de reprise est une décision unilatérale que le Maroc respecte encore une fois, et ne commentera pas officiellement, même s’il la considère comme normale dans notre type de relation." Le ministre marocain a précisé que "cette deuxième décision unilatérale allait dans le bon sens pour restaurer la dimension humaine qui est fondamentale dans les relations bilatérales".
"Pas de crise maroco-française, mais un besoin mutuel de s’adapter à l’évolution du monde"
En bon diplomate, Bourita a ajouté qu’il n’y avait pas eu de véritable crise maroco-française, mais plutôt un besoin de rénover et d’adapter la relation française avec le Maroc, qui a beaucoup évolué en interne (économiquement, politiquement…) comme à l’international, grâce à une vision royale qui a permis de diversifier nos partenariats.
"Tout en continuant à s’appuyer sur ses fondamentaux, la relation privilégiée du Maroc et de la France, dont l’environnement géopolitique a changé, a besoin de tenir compte de ces évolutions et donc de s’y adapter."
Le ministre conclut que la diversification des partenariats et un nouveau déploiement à l’international ne constituent pas un handicap mais plutôt un atout pour la relation bilatérale.
Maroc-France : voici les chiffres de délivrance des visas en 2022
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