Dans un nouvel avis, le CESE propose une matrice des minerais stratégiques et critiques pour le Maroc
Les exportations minières marocaines ont atteint 85,7 milliards de dirhams au titre de l’année 2021, selon les dernières données révélées par le Conseil économique, social et environnemental.
- Augmentation de la demande mondiale de minerais
- 24 minerais stratégiques et critiques pour le Maroc
- Les recommandations du CESE pour le renforcement des capacités du secteur minier national
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a présenté, le mercredi 29 mars, son avis sur les minerais stratégiques et critiques contributeurs à la souveraineté industrielle du Maroc. Le secteur minier au Maroc et son impact sur le processus d’industrialisation et sur la dynamique du développement du pays ont été assujettis à une étude prospective.
Pour ce faire, le CESE a tenu 15 sessions d’écoute avec, entre autres, le ministère de la Transition énergétique et les fédérations industrielles. Une visite de l’usine Reminex Managem à Guemassa (Marrakech) et les travaux de la commission de l’environnement et du développement durable du CESE ont également été pris en compte pour l’élaboration de cet avis.
Hausse mondiale de la demande de minerais
La demande mondiale de minerais connaît une hausse depuis la crise économique de 2008, dans un contexte marqué par la poursuite de la dynamique de la transition énergétique mondiale ainsi que l’accélération du rythme de la transformation numérique des économies, rappelle le CESE.
Une augmentation qui devrait se poursuivre à l’avenir. Les besoins en minerais doubleront en 2040 et sextupleront en 2050 en cas d’élimination entière d’émissions en carbone, explique le CESE, citant l’Agence internationale de l’énergie.
En effet, une voiture électrique nécessite une quantité de minerais 6 fois supérieure à celle nécessitée par une voiture thermique. Les centrales éoliennes on-shore exigent une quantité de minerais 9 fois supérieure à celle mobilisée dans les centrales à gaz. Quant aux centrales éoliennes off-shore, le besoin en minerais est 13 fois supérieur comparé à celui des centrales à gaz.
Le Fonds monétaire international (FMI) estime par ailleurs que, si l’humanité parvenait à atteindre l’objectif zéro carbone, le taux de production des minerais sera inférieur à 1 par rapport au taux de leur consommation. Autrement dit, la demande surpassera l’offre, ajoute le CESE.
En 2021, le secteur minier a constitué 10% du PIB du Maroc
A l’échelle nationale, les exportations minières ont atteint 85,7 MMDH au titre de l’année 2021, dévoile le CESE.
Le secteur minier a constitué 10% du PIB en 2021 et a assuré 26% du total des exportations marocaines. Le volume des investissements a atteint 13,3 MMDH cette même année, dont 11,9 MMDH ont été consacrés au phosphate.
Quelque 3.910 permis valides d’exploration et 1.160 permis valides d’exploitation ont été recensés en 2021, souligne encore la même source.
Ces éléments ressortent d’une session d’écoute tenue entre le CESE, le ministère de la Transition énergétique et la Fédération de l’industrie minérale (FDIM).
24 minerais stratégiques et critiques pour le Maroc
Disposer d’une matrice nationale de minerais stratégiques et critiques est indispensable pour que le Maroc puisse accélérer le passage à une économie à faible émission en carbone, renforcer la souveraineté dans plusieurs domaines stratégiques et mettre en place une industrie 4.0, telle que promue par le Nouveau Modèle de développement (NMD), estime le CESE.
Est considéré comme minerai stratégique tout minerai indispensable à la politique économique d’un Etat, à sa sécurité, à sa politique énergétique ou à sa réalisation de progrès technologiques, rappelle le Conseil.
Outre les critères précités, un minerai critique, lui, se caractérise par la fragilité des chaînes d’approvisionnement, ajoute-t-il.
Dans son avis, le CESE propose une matrice exploratoire (1.0) des minerais stratégiques et critiques au Maroc ; laquelle devra faire l’objet, plus tard, d’une amélioration avec l’implication des principaux acteurs des secteurs minier et industriel.
Cette matrice fait état de 24 minerais stratégiques et critiques confondus. Il s’agit notamment de l’aluminium, du borate, du chrome, de l’étain, du germanium, du graphite, du lithium, du magnésium, du molybdène, du niobium, du silicium, du silicone, des terres rares, du tungstène, du barytine, du cobalt, du fluorine, du manganèse, du phosphate, du cuivre, du nickel, du potassium, du soufre et du dioxyde de titane.
L’apport colossal des minerais
Plusieurs secteurs stratégiques au Maroc pourront être impactés à cause de l’arrêt des chaînes d’approvisionnement des minerais, souligne le CESE.
Une perturbation au niveau de la chaîne d’approvisionnement du graphite impactera par exemple le secteur des technologies numériques et électroniques, le secteur de la robotique, celui des voitures électriques et batteries, ainsi que l’aviation et les industries de défense.
Un arrêt des chaînes d’approvisionnement des terres rares ne sera pas sans conséquence sur les engins et les matériaux magnétiques durables, l’énergie éolienne et les technologies de l’hydrogène.
Idem pour l’aluminium, dont toute perturbation d’approvisionnement causera des ennuis au secteur de l’énergie solaire.
Secteur minier marocain : points faibles et recommandations du CESE
Les mines les plus exploitées au Maroc, à l’exception de celles de phosphates, sont généralement petites ou de moyenne taille, observe le CESE.
Le Conseil fait état d’autres maillons faibles du secteur minier national à l’instar de :
- l’absence de données comptables exactes et détaillées sur la contribution du secteur minier dans la croissance économique ;
- la baisse de la production minière au Maroc à l’exception de la production de phosphate ;
- la dépendance du Maroc d’importations (forte dépendance ou dépendance entière des importations de 17 minerais sur les 24 précités) ;
- l’absence d’avantages fiscaux relatifs aux activités minières.
Le CESE énumère six recommandations phares pour renforcer le développement du secteur minier marocain. Les voici :
- l’amélioration du cadre général et du cadre institutionnel régissant les activités relatives aux minerais stratégiques et critiques, et le renforcement de la gouvernance du secteur ;
- la réduction des risques qui guettent les investisseurs dans le secteur minier et l’amélioration de l’attractivité de ce dernier ;
- le renforcement de la productivité du secteur en misant sur la recherche et le développement R&D, sur le capital humain et sur l’organisation des TPME ;
- la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la limitation de la dépendance des importations ;
- l’amélioration de l’évaluation nationale des minerais stratégiques et critiques ;
- le renforcement de l’aspect durable du secteur minier.
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