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AGRICULTURE

Céréales, maraîchages, arbres fruitiers… la campagne agricole affectée par les températures élevées

Combinée à un important déficit pluviométrique, la hausse des températures aura un impact négatif sur la campagne agricole. Même si des techniques d'irrigation en atténuent l’effet, cette vague de chaleur perturbera les cultures maraîchères, le rendement des céréales et des arbres fruitiers.

Céréales, maraîchages, arbres fruitiers… la campagne agricole affectée par les températures élevées
Chady Chaabi
Le 25 avril 2023 à 17h57 | Modifié 25 avril 2023 à 18h27

La vague de chaleur qui sévit actuellement dans le pays ne pouvait pas plus mal tomber. Après plusieurs semaines sans précipitations, les températures élevées annoncées dans plusieurs régions agricoles du Royaume risquent d’accentuer le stress hydrique des plantes, affectant leurs cycles de production ainsi que les rendements de plusieurs cultures.  

D’après la Direction générale de la météorologie (DGM), des températures allant de 37 à 41 degrés sont prévues du mardi 25 au vendredi 28 avril, dans les provinces d’Agadir-Ida-Outanane, Chtouka-Ait Baha, Fquih Ben Salah, Béni Mellal, Meknès, Fès, El Kelâa des Sraghna, Marrakech, ainsi que dans la province de Settat. 

Dans ces provinces agricoles, "la vague de chaleur aura un impact négatif aussi bien dans les zones bour qu'irriguées", souligne Mustapha Mrhari, chef de division des filières de productions agricoles à la Direction régionale de l’agriculture de la région de Fès-Meknès.  

"Dans le bour, il est possible que les grandes cultures et l’arboriculture subissent les effets négatifs de cette vague de chaleur", déplore-t-il. "S’agissant des zones irriguées, la nappe phréatique sera particulièrement mise sous pression, d'autant qu’il n’y a quasiment pas eu de précipitations depuis bientôt deux mois."  

En effet, depuis les pluies enregistrées au mois de février 2023, les périmètres agricoles du pays n’ont pas été gâtés par la météo. Les températures élevées et le manque de précipitations reflètent la combinaison de phénomènes climatiques extrêmes qui risquent d’avoir pour conséquence une chute des rendements", constatent avec inquiétude plusieurs ingénieurs agronomes.

Et pour cause ! Face à une forte vague de chaleur, "les plantes utilisent l'évapotranspiration pour équilibrer et réduire la température. Mais ce processus est perturbé par la pénurie d'eau dans les zones bour, que ce soit à partir des barrages ou des pluies. Résultat, les cultures ne peuvent plus s'adapter", explique un ingénieur agronome établi dans la région de Marrakech. 

Des prévisions céréalières en deçà des attentes  

"Si nous avions un million d'hectares de céréales irriguées, on atteindrait les 80 millions de quintaux prévus par la loi de finances 2023. Mais ce n’est pas le cas, puisque seulement 400.000 hectares de céréales sont actuellement irrigués", a récemment déploré Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture. 

A juste titre, puisque face à la persistance de la sécheresse, les prévisions du PLF 2023 seront difficilement réalisables, malgré les 4 millions d'hectares de céréales semés au titre de la campagne agricole d’automne 2022-2023, principalement dans les régions de Fès-Saïss, Casablanca-Settat, Marrakech-Safi et dans la plaine du Gharb. 

"Des équipes sont actuellement sur le terrain pour effectuer un suivi et prendre des relevés afin de prévoir le rendement des céréales et sur combien de quintaux on peut tabler", indique à Médias24 Mustapha Mrhari,

Une région où la superficie emblavée a atteint 463.720 ha, dont 10.920 ha irrigués. Ces cultures sont réparties entre : 

- le blé dur : 105.210 ha ; 

- le blé tendre : 253.710 ha ; 

- l’orge : 104.800 ha.

Contacté alors qu'il était sur le terrain pour évaluer la situation des cultures céréalières, Mohamed Amraoui, adjoint du directeur à la Direction provinciale de l’agriculture de Sefrou et chef de service de la mise en œuvre des projets, craint que "les céréales soient dans une situation critique, et ce depuis quelques semaines. Avec cette vague de chaleur et le manque de précipitations, les rendements risquent d'être largement en dessous des espérances".

Arbres fruitiers et cultures maraîchères en souffrance 

Concernant les cultures maraîchères, notamment les pommes de terre et l'oignon, la croissance sera impactée, notamment au niveau des tubercules. De fait, les légumes récoltés risquent d'être d’un petit calibre. "Les températures élevées vont mettre un coup d'arrêt au cycle de production des cultures irriguées, à l’instar des pommes de terre et des carottes", s'inquiète Mohammed Rbaiti, agriculteur dans la région de Settat.

"Pendant cette phase, il faudrait un temps relativement froid avec un ciel couvert, au lieu de cette vague de chaleur", poursuit-il. Les arbres fruitiers ne sont pas mieux lotis. "Il y aura un effet négatif sur les fruits. À cause des températures élevées, les arbres seront en stress hydrique. Donc, ils vont activer un mécanisme de défense vis-à-vis du manque d’eau, en réduisant le nombre de fruits que chaque arbre produit, ce qui affectera le rendement", estime Mustapha Mrhari.  

"Nous sommes à une période charnière dans le cas de l'arboriculture", complète Mohamed Amraoui. "C’est la phase de floraison avant de passer à la formation des fruits. Et en cette période, la chaleur aura pour effet de réduire le calibre des fruits, en plus d’un rendement plus faible."

Idem dans la région de Souss-Massa. "La chaleur de cette période est surtout négative pour les agrumes parce que c'est le stade de floraison. S'il y a une chute de fleurs, il n’y aura pas de production", prévient Rachid Bouharroud, chercheur et expert en entomologie et lutte intégrée des cultures.    

Des techniques de compensation 

Toutefois, à Souss-Massa, "cette vague de chaleur est fréquente en mai", tient à signaler Rachid Bouharroud. La force de l’habitude a permis aux grands producteurs d’agrumes (au moins dix hectares) de mettre en place des mécanismes de compensation fondée sur la technologie. Notamment, "une irrigation équilibrée depuis le début de la campagne, basée sur les outils scientifiques précis et des relevés météorologiques", précise-t-il.  

De manière plus artisanale, "nous sommes obligés d’irriguer un jour sur deux au lieu d’une ou deux fois par semaine", révèle Hamouda Rbaiti. "Il y a également d’autres techniques comme l’irrigation en soirée où le matin très tôt. D’autres agriculteurs diminuent la quantité d’eau d’irrigation et augmentent la fréquence", explique Mustapha Mrhari.  

Concernant le cheptel, les éleveurs doivent faire très attention à la déshydratation des bêtes. "Il va falloir également passer à la stabulation, et donc changer le régime alimentaire. La technicité des éleveurs sera extrêmement importante", assure notre interlocuteur.   

La chaleur ne devrait pas affecter significativement un cheptel qui est bien adapté aux conditions locales. "La plupart sont déjà passés à la stabulation pour la préparation de l’Aïd, vu que l'offre fourragère des parcours n’est pas capable de supporter une grande charge animale", conclut Jaouad Zemamou, ingénieur pastoraliste. 

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Chady Chaabi
Le 25 avril 2023 à 17h57

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