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ECONOMIE

Floquet Monopole, une success story du capital marocain dans l’industrie automobile

REPORTAGE. Médias24 est parti à la rencontre de l’équipementier automobile Floquet Monopole, l’un des rares équipementiers de rang 1 et à capital marocain. Récit d’une success story et discussion autour des défis de l’intégration du capital marocain dans l’écosystème automobile.

Floquet Monopole, une success story du capital marocain dans l’industrie automobile
Mohammed Laraqui, Président directeur général de Floquet Monopole
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Le 25 avril 2023 à 9h42 | Modifié 25 avril 2023 à 14h19

L’entreprise Floquet Monopole est une success story marocaine peu connue du grand public. Dans l’écosystème automobile, c’est l’un des rares équipementiers de rang 1, à capital marocain. Spécialisée dans les pièces moteur et les systèmes de freinage, elle fabrique des produits sécuritaires et de haute précision pour les groupes Renault et Stellantis.

L’entreprise a été fondée sous le nom de "Fonderie du Nord" à Fès en 1982 par Abderrahmane Laraqui, aujourd’hui décédé, l’un des pionniers de l’industrie automobile au Maroc, produisant les pistons et les chemises de cylindre sous licence Floquet Monopole pour l’after market (marché de la rechange).

L’entreprise française qui a accordé cette licence, Floquet Monopole, était une société française fondée en 1920 et appartenant au groupe américain Dana Corporation depuis 1970. La marque était reconnue à l’international et enregistrée dans 83 pays.

Dans les années 1990, Mohammed Laraqui, le fils de Abderrahmane, reprend les rênes de l’entreprise et rachète cette célèbre marque. Il a fallu cinq ans de négociations et beaucoup de persévérance pour que les Américains acceptent finalement de lui céder l’entreprise en 1999. "Dans le secteur , il est rare qu’un petit absorbe plus grand que lui", nous fait remarquer Mohammed Laraqui.

Après plusieurs années sur le marché de la rechange dans les pays du Maghreb et d’Europe, cette opération lui permet, pour la première fois, d’intégrer le marché des OEMs (Original Equipement Manufacturing) et d’avoir comme client direct un constructeur automobile, notamment le groupe PSA, fin des années 1990.

Le groupe Renault le rejoint en 2015 après de longues négociations et réunions pour convaincre le constructeur du savoir-faire métier de Floquet Monopole. Aujourd’hui, à partir de son usine de la zone industrielle Sidi Brahim à Fès, Floquet Monopole fournit ces deux constructeurs pour leurs usines marocaines, mais aussi à l’international, en plus de l’after-market local et international.

Diversification et croissance

D’un chiffre d’affaires qui avoisine les 60 millions de dirhams dans les années 1990, Floquet Monopole clôture l’année 2022 avec 450 MDH et une croissance de 20% en volume client. Quant au chiffre d’affaires consolidé du groupe (comprenant les autres métiers), il atteint 750 MDH en 2022. Tenant compte de la visibilité actuelle et des prévisions étudiées, le groupe prévoit de porter ce chiffre à un milliard de dirhams en 2026.

En effet, l’entreprise s’est diversifiée dans différents métiers du secteur de l’automobile. Anticipant la tendance électrique, dont le moteur ne comprend ni piston ni chemise, Floquet Monopole cherche à développer de nouveaux produits et technologies.

En 2014, le groupe investit dans l’innovation à travers la direction R&D, dirigée par Abdellatif Laraqui, le frère de Mohammed. C’est ce qui les conduit à développer des produits de systèmes de freinage, notamment les disques de freins, moyeux tambours et tambours avant et arrière du véhicule.

En 2017, l’entreprise opère une alliance technologique avec le groupe japonais Hitachi, qui cherchait à accompagner les constructeurs dans leur intégration locale au Maroc. Grâce à ce partenariat, Floquet Monopole produit les étriers de freins, ce qui lui permet de compléter sa gamme de pièces liées au système de freinage.

Aujourd’hui, l’entreprise fabrique 12 composants différents, tandis que les ventes de produits de système de freinage ont dépassé celles des pièces moteur.

Floquet Monopole, une success story du capital marocain dans l’industrie automobile

Un programme d’investissement de 500 millions de dirhams à l’horizon 2030

Avec l’arrivée de Abderrahmane Laraqui, ingénieur diplômé de l’Ecole nationale des ponts et chaussées de Paris et petit-fils du fondateur du même nom, les Laraqui en sont à la troisième génération de dirigeants. Embrassant le poste de directeur des opérations après une expérience professionnelle en France, il nourrit de grandes ambitions pour l’entreprise familiale.

En effet, compte tenu des discussions et des projets d’investissement discutés avec les donneurs d’ordre et appuyés par les ministères de tutelle, le groupe envisage un programme d’investissement qui avoisine les 500 millions de dirhams à l’horizon 2030. Il prévoit de nouvelles unités de production dans d’autres villes du Maroc, notamment pour se rapprocher des usines des constructeurs.

En dehors de la production de composants automobiles, le groupe familial a créé en 2013 l’Ecole supérieure de l’ingénierie automobile et aéronautique (ESI2A). Située au niveau de la plateforme Fezshore, elle forme des ingénieurs Bac+5 après deux années de prépa intégrée. "100% des étudiants sont embauchés dès la fin de leur cursus", affirme fièrement Mohammed Laraqui, PDG du groupe.

En décrochant la concession Renault et Dacia en 2017 pour la ville de Fès, le groupe lance sa troisième filiale, spécialisée dans la distribution automobile et dirigée par Chakir Laraqui, fils de Mohammed Laraqui. Aujourd’hui, ils se définissent comme un groupe opérant dans l’industrie automobile à 360 degrés. En touchant à plusieurs segments de la chaîne de valeur automobile, Floquet Monopole crée des synergies et renforce ses compétences dans le métier.

Entre 2016 et 2020, pour accompagner le développement en production des nouvelles pièces, l’entreprise a réalisé un programme d’investissement de 150 millions de dirhams qui lui a permis de moderniser son appareil productif. Aujourd’hui, l’entreprise est équipée de machines à la pointe de la technologie, ce qui a permis à l’usine d’adopter l’industrie 4.0 et de devenir largement automatisée, augmentant ainsi sa productivité et son efficacité.

En 2019, Floquet Monopole a été décorée par le groupe Renault à travers deux trophées de qualité et de la satisfaction client dans la région Afrique-Moyen-Orient et au niveau du monde, côte à côte avec des équipementiers internationaux de grande envergure.

Pour une feuille de route pour l’impulsion du capital marocain dans l’industrie automobile

La plus grande réussite de l’économie marocaine durant la dernière décennie est sans doute le développement de l’industrie automobile, devenue le premier secteur exportateur du pays avec plus de 100 milliards de dirhams. Un chiffre qui devra doubler d’ici 2025, selon le ministre de l’Industrie et du commerce Ryad Mezzour.

Sur 250 équipementiers présents sur le sol national, seuls une dizaine sont à capital marocain, dont la moitié sont des équipementiers de rang 1, c’est-à-dire qu’ils sont fournisseurs directs des constructeurs automobile. D’après nos informations, en plus de Floquet Monopole, ces entreprises sont Tuyauto (emboutissage et systèmes d’échappement), Induver (verre), Electra (batteries), Almabat (batteries). Les autres acteurs marocains, au nombre de cinq également, sont de rang 2.

Mohammed Laraqui espère voir émerger une feuille de route co-construite avec les pouvoirs publics pour donner une véritable impulsion à l’investissement du capital marocain dans le secteur de l’automobile.

Il affirme que les équipementiers marocains sont prêts à s’asseoir avec les responsables publics pour étudier la question en profondeur et déterminer les actions à mettre en œuvre pour arriver à au moins quintupler le nombre d’équipementiers marocains dans le secteur.

L’écosystème automobile marocain, qui a besoin aujourd’hui de plus d’intégration, gagnerait à attirer de nouveaux acteurs, notamment dans les rang 2, rang 3 et rang 4. L’intégration doit se faire en amont mais aussi dans des fonctions et services transverses comme la formation, la logistique, l’industrie 4.0, l’intelligence artificielle, etc.

Cela ne doit pas se faire au détriment des investisseurs étrangers, mais avec eux, en multipliant les partenariats, les joint-ventures, les transferts de technologies. La success story des Laraqui peut être clonée ou servir d’exemple pour multiplier les acteurs marocains dans le secteur.

Les barrières technologiques, principal enjeu de l’investisseur marocain

Selon Mohammed Laraqui, le plus difficile dans l’industrie automobile n’est pas le financement, mais la technologie. Il faut donc, comme on multiplie les solutions de financement, accompagner sérieusement l’investisseur marocain dans le transfert de technologie.

L’industrie automobile est un secteur aux multiples barrières à l’entrée. Le nombre d’équipementiers automobile à l’échelle mondiale est restreint... à tel point que tout le monde se connaît dans le secteur. Avant de se faire référencer chez un constructeur et d’avoir accès à son carnet de commandes, il faut répondre à un cahier des charges complexe et très strict.

Les opportunités et les projets à saisir dans le secteur automobile ne manquent pas, d’après Abderrahmane Laraqui. Mais aujourd’hui, ce genre de projets n’attire pas l’investisseur marocain, ce dernier étant davantage porté sur les activités technologiquement plus accessibles et au retour sur investissement rapide.

En revanche, pour réussir dans un domaine comme l’industrie automobile, il faut accepter d’investir à long terme et de faire preuve de rigueur, d’engagement, de fidélité et de persévérance.

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Le 25 avril 2023 à 9h42

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