Les sols des zones oasiennes en proie à une baisse de fertilité
La dégradation des sols des palmeraies impacte négativement la fertilité de cet écosystème aussi rare qu'essentiel sur le plan social. Grâce à une étude réalisée par des scientifiques marocains, la caractérisation des besoins des terres oasiennes via des cartes thématiques permettra de se prémunir contre ce danger.
Berceau des palmeraies, les oasis traditionnelles du Royaume se distinguent par leur précocité de production et une importante diversité végétale et faunistique. Une richesse menacée par la dégradation des sols des zones oasiennes qui sont d’une grande fragilité, et dont l'importance sur le plan socio-économique est indéniable.
L’équilibre des oasis est en effet menacé par "de multiples problématiques qui entravent leur durabilité", a déploré Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture, à l’occasion du Congrès international des oasis et du palmier dattier, qui s’est tenu les 29 et 30 mai à Ouarzazate.
Les conséquences de ces éléments déstabilisateurs s’annoncent néfastes pour la continuité et la durabilité des oasis. Le risque de les voir disparaître ne tient plus de l'utopie. D’autant que nombreux sont les facteurs et éléments aggravants :
- une surexploitation des ressources naturelles ;
- des sécheresses récurrentes ;
- une urbanisation en forte expansion sur les terres cultivées ;
- des impacts amplifiés du dérèglement climatique ;
- une érosion génétique animale et végétale ;
- un ensablement et une salinité des sols conduisant à la désertification.
Ce dernier point est justement l’un des plus impactants. La pratique d’une agriculture soutenue a en effet provoqué une salinisation, un appauvrissement et une dégradation progressive des sols dans des agroécosystème oasiens. En conséquence, les substrats sont plus fragiles et moins fertiles comme l’indique une étude* sur l'évaluation de la fertilité des sols des palmeraies du Royaume.
Une cartographie des sols inédite
L'étude en question a été déclinée sous forme de cartographies inédites. "Au Maroc, la cartographie de la fertilité des sols a jusqu’à présent concerné essentiellement les périmètres agricoles conventionnels des grands plateaux et plaines pluviaux et irrigués", précisent les scientifiques.
L’état des sols des palmeraies marocaines est désormais caractérisé par "l’élaboration de cartes thématiques et de bases de données géographiques dynamiques", ajoutent-ils. Un projet qui entre dans le cadre de la convention de partenariat entre l’Institut national de recherche agronomique (INRA) et l’Agence nationale de développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA), afin d’appuyer le développement de la filière phœnicicole.
À cet effet, les sols d’une douzaine de palmeraies ont été analysés, à travers les paramètres suivants :
- la basicité ;
- la salinité ;
- la teneurs en matière organique ;
- la teneur en phosphore assimilable ;
- la teneur en potassium échangeable.
Les résultats ont montré que les douze palmeraies sont concernées, à des degrés divers, par des contraintes en matière d’acidité et de salinité, et par des teneurs faibles en phosphore assimilable, matière organique et/ou potassium échangeable, comme indiqué par le tableau suivant :
| Palmeraie | Basicité | Salinité | Matière organique | Phosphore assimilable | Potassium échangeable |
| Mezguita | N/D | Contrainte majeure sur 42% des sols | Teneurs faibles sur 87% des sols | N/D | Teneurs élevées et moyennes sur 78% des sols |
| Figuig | Contrainte majeure sur 20% des sols | N/D | Teneurs faibles sur 86% des sols | Teneurs élevées et moyennes sur 86% des sols | Teneurs élevées > 90 % des sols |
| Bouanane | Contrainte majeure sur 7% des sols | Contrainte majeure sur 82% des sols | Teneurs faibles dans 100% des sols | Teneurs faibles sur 91% des sols | N/D |
| Errachidia | Contrainte majeure sur 10% des sols | N/D | Teneurs faibles sur 82% des sols | Teneurs faibles sur 66% des sols | N/D |
| Aoufous | Contrainte modérée sur 21% des sols | Contrainte majeure sur 50% des sols | Teneurs faibles >90% des sols | Teneurs faibles sur 55% des sols | Teneurs élevées et moyennes > 90% des sols |
| Erfoud | Contrainte modérée sur 17% des sols | Contrainte majeure sur >90% des sols | Teneurs faibles sur 70% des sols | Teneurs élevées et moyennes sur 64% des sols | N/D |
| Tinzouline | Contrainte modérée sur 21% des sols | Contrainte majeure sur 30% des sols | N/D | Teneurs élevées et moyennes sur 58% des sols | N/D |
| Tinghir-Toudgha | Contrainte modérée >90% des sols | N/D | Teneurs faibles sur 86% des sols | Teneurs faibles sur 85% des sols | Teneurs élevées > 90% des sols |
| Axe Meski-Boudnib | Contrainte modérée sur 37% des sols | N/D | N/D | N/D | N/D |
| Tata | Contrainte modérée sur 29% des sols | Contrainte majeure sur >90% des sols | Teneurs élevées et moyennes sur 83% des sols | Teneurs élevées et moyennes > 90% des sols | |
| Akka | Contrainte modérée sur 36% des sols | Contrainte majeure Sur 82% des sols | N/D | N/D | Teneurs élevées et moyennes sur 89% des sols
|
| Guelmim
|
N/D | Contrainte majeure sur 42% des sols | Teneurs moyennes à élevée sur 58% des sols | Teneurs élevées et moyennes sur 63% des sols | N/D |
Des sols pourvus en potassium, mais faible teneur en matière organique
Si les sols des palmeraies sont bien pourvus en potassium, les chercheurs précisent que dans les écosystèmes de Tata, Akka, Bouanane et l’axe Meski-Boudnib, les niveaux faibles des teneurs en matière organique sont généralisés.
Pour inverser la tendance, un redressement par apport d’amendements organiques est nécessaire, notamment par la valorisation des déchets verts des palmeraies, sous forme de compost. L’enrichissement des sols par les résidus de culture est fortement préconisé.
Dans les palmeraies d’Erfoud, Tata et Akka, ce sont les niveaux élevés de salinité des sols qui sont préoccupants. Afin d’atténuer la salinité des sols, des apports d’amendements organiques sont recommandés, comme du fumier et du compost à base de palmes saines. Une application de paillis et de résidus de cultures est préconisée, à l’image du mulch.
Cette couche de matériau protecteur posée sur le sol limite l’évaporation. En matière de basicité des sols, une correction est également à prévoir, en plus "d’un redressement local de la fertilisation phosphatée, notamment dans les palmeraies de Tinghir, Errachidia et Bouanane", indiquent-t-ils.
En plus d’une gestion raisonnée de l’irrigation, les sols des oasis marocaines se porteraient nettement mieux avec un choix de cultures basses tolérantes, telles que les plantes aromatiques et médicinales (nigelle, cumin…), des fourrages et quelques variétés de maraîchage (betterave rouge, carotte, pomme de terre…).
De manière générale, le recours aux analyses de sol pour identifier les zones à besoin de redressement de fertilité minérale demeure prioritaire. Réhabiliter, améliorer et conserver le couvert végétal n’est pas moins primordial, notamment par le biais du reboisement (Cyprès Arizona) et l’amélioration des parcours avec la plantation de l’Atriplex nummularia.
* Évaluation de la fertilité des sols des palmeraies marocaines en vue de leur conservation et gestion raisonnée.
Auteurs :
- Abdelmjid Zouahri ;
- Oumaima Iben Halima ;
- Hamza Iaaich ;
- Rachid Moussadek ;
- Reda Meziani.
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