Zoom sur l’association Relais Prison-Société pour l’accompagnement des détenus et ex-détenus
L’association Relais Prison-Société mène plusieurs actions pour améliorer les conditions de vie des détenus et ex-détenus en liant formation, insertion, accompagnement, plaidoyer et art.
Créée en décembre 2005, l’association Relais Prison-Société œuvre pour la réhabilitation et la réinsertion des ex-détenus et lutte contre la récidive. L’association a également pour mission de bâtir une société plus juste, sans discrimination à l’égard des détenus et des sortants de prison.
L’association mène des actions de plaidoyer et de réseautage afin de sensibiliser, de dynamiser et de capitaliser l’apport de la société civile à la réinsertion professionnelle. Elle met en place des actions de soutien matériel et moral et d’orientation et d’accompagnement des personnes en situation précaire (mineurs en situation difficile, détenus et anciens détenus...).
Médias24 a contacté Fatna El Bouih, auteure, militante des droits humains, fondatrice et secrétaire générale de l’association pour nous parler de cette organisation et de ses actions.
100 personnes accompagnées chaque année pour se réinsérer professionnellement
Pour les ex-détenus ayant besoin de se réinsérer professionnellement, Fatna El Bouih nous explique qu’en moyenne, 100 personnes sont accompagnées, notamment pour l’orientation et la formation.
La prise en charge des bénéficiaires passe essentiellement par trois étapes, qui constituent l’itinéraire d’insertion. La première étape est l’entretien d’accueil. Celui-ci permet de mieux cerner le profil de la personne, de connaître ses aspirations et de construire son projet professionnel.
La deuxième étape est celle de l’orientation : la personne, en fonction de ses besoins, peut être orientée soit vers une formation, soit vers un accompagnement juridique afin d’obtenir le certificat de réhabilitation ou encore d’être aidée dans sa recherche d’emploi. Enfin, la dernière étape consiste à établir un suivi individuel avec chaque bénéficiaire.
Des formations aux détenus et ex-détenus
Afin de faciliter le retour des prisonniers dans la société et la vie active, l’association met à disposition des détenus et ex-détenus différentes formations.
A leur sortie de prison, les ex-détenues peuvent bénéficier de formations en coiffure, en pâtisserie, en jardinage et en électroménager, en partenariat avec l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) et l’Entraide nationale.
Au niveau des centres de réforme et de sauvegarde des mineurs, "nous complétons l’offre de formation déjà mise en place par la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) et la Fondation Mohammed V par des formations multidisciplinaires et des ateliers créatifs en photographie, musique, cinéma...", précise Fatna El Bouih.
L’art comme moyen d’intégration
D’autre part, pour atténuer l’impact de l’enfermement, le rendre moins infernal et faciliter l’intégration, plusieurs activités créatives et culturelles sont organisées au profit des mineurs. Pour l’association, l’art et la culture sont des outils d’éducation et d’émancipation qui contribuent à l’insertion et à la prévention de la délinquance et de la récidive.
En partenariat avec la DGAPR, l’association Relais Prison-Société organise le festival du film de Oukacha, qui en est à sa 4e édition et a eu lieu du 16 au 20 octobre 2023 au centre de réforme et d’éducation de Aïn Sebaâ au profit de 120 détenus.
Des projections et des ateliers de cinéma et d’initiation à la réalisation de courts métrages sont organisés depuis le mois de juillet dans trois centres de détention où interviennent des cinéastes et professionnels du cinéma. Cette édition s’est clôturée par une compétition de courts métrages réalisés par ces jeunes détenus, et des prix leur ont été décernés.
En parallèle, des ateliers de performances artistiques en danse, théâtre et musique sont organisés depuis le 10 octobre par des artistes afin de monter des spectacles avec les jeunes détenus, qui sont programmés pour la cérémonie de clôture du festival.
Par ailleurs, l’association organise des ateliers d’art-thérapie, qui lie la danse, le chant, l’écriture, le dessin et le théâtre à des moments de relaxation au profit de jeunes détenus.
"Sauver les enfants pour aider les parents"
L’intervention de l’association se manifeste par plusieurs volets et ne se limite pas à l’insertion professionnelle et l’intégration.
"Au niveau social, nous sauvons les enfants pour aider les parents", explique Fatna El Bouih. "Nous prenons en charge les enfants des ex-détenus, hommes et femmes, pour aider à la réinsertion des parents au sein de la société en les soulageant des charges relatives à la scolarisation des enfants".
Pour les femmes détenues, leurs enfants sont pris en charge dans des crèches (en dehors des prisons) à partir de l’âge de 3 ans.
"Dernièrement nous avons mené une action de prise en charge de la circoncision des enfants des détenues au sein des prisons et en respectant toutes les normes sanitaires", ajoute notre interlocutrice.
Le plaidoyer comme moyen de sensibilisation
Afin de changer le regard de l’opinion publique sur le statut des ex-détenus pour faire émerger des valeurs de solidarité, de justice et d’acceptation de l’autre, l’association intègre le volet du plaidoyer.
"Nous avons participé à la création d’un collectif constitué de l’association Adala, du centre Mada et de l’Observatoire marocain des prisons qui a lancé une campagne, au niveau national, de sensibilisation et d’échange entre des experts produisant des études sur la possibilité de changements de lois qui pénalisent des petits délits", déclare Fatna El Bouih.
A l’issue de la création de ce collectif, une dynamique s’est créée et des débats ont lieu autour des peines alternatives pour produire un mémorandum. Ce dernier a été adressé aux autorités et au Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), et déposé au Parlement, se réjouit la même source.
Rappelons que le projet de loi des peines alternatives a été adopté en octobre dernier à la Chambre des représentants.
Un appel à une justice amie des mineurs
Par ailleurs, concernant la sauvegarde et la réforme des mineurs, Fatna El Bouih appelle à mettre en place "une justice amie des mineurs" qui prenne en considération leur statut d’enfant.
Elle juge primordial de mettre en place les outils de protection des enfants en conflit avec la justice en respectant les conventions internationales.
Dans ce sens, "les centres de sauvegarde et de réforme ne sont pas dotés d’éducateurs spécialisés", déplore-t-elle.
"D’autre part, les mineurs en conflit avec la loi ont besoin d’assistants sociaux qui débloquent beaucoup de situations avec la famille, les autorités... et à différents stades", ajoute-elle avant de préciser que l’association Relais Société-Prison a élaboré deux mémorandums (en 2018 et 2019) à ce sujet.
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