Dans certaines régions, le sol s’enfonce de 1 à 5 cm par an à cause de la surexploitation des nappes
Outre l’intrusion marine et la dégradation de la qualité des eaux, la surexploitation des ressources contenues dans les aquifères a également pour conséquence l’affaissement du sol. Le Maroc est concerné par ce mouvement de subsidence à hauteur de 1 à 5 cm par an. Explications.
Ressources stratégiques pour le Royaume, les nappes phréatiques sont toutefois excessivement sollicitées. De fait, elles sont en proie à l’intrusion marine et à la pollution, mais pas seulement. La surexploitation des aquifères cause également l’affaissement des sols. Un phénomène appelé subsidence et qui peut avoir de fâcheuses conséquences à l'avenir.
D’après une étude (voir ci-dessous en fin d'article) récemment publiée dans la revue scientifique Nature, 73% des zones en subsidence se situent dans des régions cultivées ou urbaines et sont la manifestation des conséquences d’un pompage excessif des aquifères. Le Maroc est d’autant plus concerné que la surexploitation des eaux souterraines dans le pays s’établit à 1,11 MMm3/an, notamment dans les bassins hydraulique de Sebou, Souss-Massa, Oum Er-Rbia.
Un phénomène d'origine anthropique
Si le Maroc est épargné en comparaison avec des pays asiatiques comme le Vietnam ou la Chine, dont la subsidence est estimée à plus de 5 cm par an, le phénomène atteint de 1 à 5 cm annuellement dans le Royaume en fonction des endroits, selon la même étude.
Le phénomène de subsidence ou d’affaissement des sols peut être de nature tectonique ou thermique. Sauf que la cartographie globale de cette subsidence, comme indiqué dans l'étude précitée, a aussi mis en lumière une autre cause, d’origine anthropique.
"C’est un sujet d’actualité dans le monde entier, surtout dans les pays où il y a des terrains instables et une diversité géologique avec des roches de différents types, à l’instar de l’Espagne, l’Iran ou encore la Chine", précise d’emblée à Médias24, Lahcen Benaabidate, enseignant chercheur en hydrogéologie.
"Prenons un aquifère que l’on exploite de manière excessive. Quand l’aquifère est surexploité, il n'y a quasiment plus d’eau dans la roche, les pores qui se vident deviennent une zone de faiblesse. En conséquence, la roche s’effondre sur elle-même. Cet affaissement influence le sol en surface".
Détérioration des infrastructures et inondations
Le pompage excessif a donc pour principal impact la subsidence. "Cela cause de gros problèmes, sachant que certaines villes sont bâties sur des aquifères, les constructions peuvent en pâtir en subissant des fissures", indique L. Benaabidate.
D’autres manifestations de ce phénomène sont également observables. "Sur les routes, on peut apercevoir un affaissement du sol goudronné et des fissures, sans pour autant qu’il y ait un mouvement tectonique. Cet affaissement peut être attribué à ce phénomène, mais de manière hypothétique. Cela dit, pour statuer avec précision, il faut des études hydrogéologiques (caractéristiques géologiques, sens d’écoulement des oueds, mécanique des roches...)", souligne-t-il.
L'autre problème est le soubassement, "c’est-à-dire que le sol et la roche s’affaissent et finissent par toucher l’eau contenue dans l’aquifère, ce qui peut causer des débordements et des inondations. En effet, l'eau qui s'infiltre ne peut plus circuler latéralement à cause de l’affaissement de la roche", précise notre interlocuteur. Résultat : l'eau se dirige vers le haut, donnant lieu à des inondations (El marja en arabe).
Néanmoins, bien que l’ensemble des scientifiques que nous avons sondés sur le sujet indiquent que le phénomène est bel est bien réel, les études qui y sont consacrés sont quasi inexistantes.
"S'il y a peu d'études, c’est parce que cela demande d’abord des études sur la mécanique des roches qui coûtent cher car elles sont faites par des laboratoires de génie civil. En plus, la roche doit être extraite via un carottage car elle est en sous-sol. En revanche, c’est possible dans le cadre d’une coopération avec des organismes étrangers", avance Lahcen Benaabidate.
D’ailleurs, ces études sont quasi obligatoires en amont de la construction de grands édifices, à l’instar des barrages. Mais elles ne sont pas rendues publiques et demeurent un mystère, tout comme les solutions pour endiguer ce phénomène.
"Jusqu’à présent, les études sur le sujet ne trouvent pas de solution. Ce sont des études qui se limitent à l’identification du risque et aux illustrations de ce phénomène que l'on peut apercevoir à la surface de la terre", conclut M. Benaabidate. La solution évidente réside dans une exploitation mesurée des aquifères.
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