CAN 2023. Les raisons de l’élimination du Maroc (analyse et infographies)
Manque d’agressivité, mauvais placements, inefficacité… la défaite de l’équipe nationale en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des nations 2023 face à l’Afrique du Sud résulte d’une somme de défaillances techniques et tactiques. La composition du groupe formé par Walid Regragui est également en question. Explications.
Lors de cette 34e édition de la Coupe d’Afrique des nations, l’équipe nationale a traîné comme un boulet son parcours exceptionnel pendant le Mondial 2022. Dans ses plans de jeu, la formation du groupe de 27 et ses compositions d’équipes, Walid Regragui s’est entêté tactiquement et dans ses choix d’hommes.
Face à l’Afrique du Sud, le mardi 30 janvier en huitièmes de finale, le sélectionneur a eu la fausse bonne idée de miser sur des joueurs en méforme, dans un système de jeu qui n’a plus de secret pour personne, au nom d’un statut acquis il y a plus d’un an. En atteste la titularisation de Noussair Mazraoui.
Il est vrai que toutes les nations qualifiées à la Coupe du monde 2022 sont absentes des quarts de finale du tournoi continental. Mais contrairement au Sénégal et au Cameroun, le Maroc a perdu face à un adversaire abordable. Quelles sont les raisons ayant conduit à cet échec ?
Un groupe de 27 déséquilibré
Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. Walid Regragui a payé le prix de sa volonté de récompenser les internationaux qui avaient été décisifs dans le parcours de l’équipe nationale au Qatar. Or, plusieurs d’entre eux n’avaient pas le niveau physique pour briller, ou du moins tenir la distance en Côte d’Ivoire.
Par exemple, Sofiane Boufal a été convoqué alors qu’il revenait à peine d'une grave blessure. Résultat, il a rechuté au bout de deux matchs et a déclaré forfait. De fait, le sélectionneur a dû lancer des jeunes à fort potentiel, mais à l’expérience inexistante sur le continent africain.
Le pari de Walid Regragui de convoquer Noussair Mazraoui a lui aussi été perdant. Blessé au mollet à la mi-décembre, il n’avait plus disputé de match depuis. Pourtant, il a été lancé dans une bataille intense, sans avoir le rythme et le coffre nécessaires. Le latéral du Bayern Munich a d’ailleurs été impliqué sur le premier but en couvrant à l’opposé. Et ceci, sans oublier son intervention litigieuse dans la surface de réparation en première mi-temps, qui aurait dû provoquer un penalty.
Il a clairement manqué de tranchant dans ses interventions et ses déplacements. Titulaire, Selim Amallah n’a pas non plus été à la hauteur de l’événement, avec ou sans le ballon. C’était prévisible au vu de son temps de jeu extrêmement réduit en première partie de saison en Liga. Bref, après de belles promesses, Walid Regragui n’a pas su se détacher des statuts des uns et des autres pour constituer un groupe compétitif.
Une agressivité et un positionnement défaillants
Sur le terrain, cela s’est traduit par une agressivité en berne et une certaine suffisance. L’action à l’origine du premier tir cadré de l’Afrique du Sud est le parfait exemple des difficultés défensives de l’équipe nationale. Alors que le latéral des Bafana Bafana s’apprêtait à tirer, les Marocains couraient en direction de leur but.
Après avoir dévié la tentative adverse en corner, Yassine Bounou n’a pas manqué de rappeler ses coéquipiers à leur devoir. Et rebelote en seconde mi-temps, où sur l’ouverture du score, les Marocains n’étaient pas à distance d’intervention. En outre, le positionnement haut de Sofyan Amrabat était aussi incompréhensible que l’apathie de Selim Amallah.
Des impressions visuelles confirmées par les chiffres, puisque le Maroc, qui n’a commis que 11 fautes pendant plus de 100 minutes de jeu, s’est fait bouger sur quatre duels défensifs sur dix. Pis, l’équipe nationale n’a récupéré que 7 ballons dans les 30 mètres adverses, ce qui illustre une absence quasi totale de pressing et d’envie.
Individuellement, Sofyan Amrabat n’a récupéré que 6 ballons, sa performance la moins bonne lors de la compétition. Il a également perdu un duel sur deux disputés. Selim Amallah a lui aussi perdu un duel défensif sur deux (5/10).
Un manque de précision et de discernement
Offensivement, les lacunes en matière de discernement et de précision ont rythmé la prestation des Lions de l’Atlas. Avec un score xG de 2,59, le Maroc aurait dû marquer au moins deux buts. Mais le Onze national n’a cadré que 2 tirs sur 12.
Les fautes techniques dans les 30 mètres adverses étaient également nombreuses. En attestent les ratés d'Amine Adli et de Selim Amallah, sans parler du penalty manqué par Achraf Hakimi.
Ces imprécisions ont eu pour effet d’isoler Youssef En-Nesyri qui n’a eu que deux ballons à se mettre sous la dent dans les 30 mètres adverses. Et pour cause, les Lions de l'Atlas ont été impatients dans la construction de leurs actions. Ils ont misé sur des passes longues, alors que leurs points forts se situent au cœur du jeu. De plus, les ailiers n’ont pas réussi à créer assez de déséquilibres.
Si le Maroc a réussi à mettre davantage en danger les Bafana Bafana, c’est grâce au passage à un système à deux avants-centres, après l’entrée de Ayoub El Kaabi. Mais l’animation de ce système a souffert sur la durée, à la fois d’un manque d’automatisme mais aussi d’ailiers pour créer le déséquilibre et centrer, car les couloirs étaient animés par Ismail Saibari et Amine Harit, dont ce n’est pas le poste de prédilection.
C’est le symbole de l’absence d’un plan B préparé, étudié et perfectionné par le staff de l’équipe nationale qui a donné l’impression de s’être reposé sur ses lauriers ces derniers mois. La défaite face à l’Afrique du Sud en juin 2023 dans le cadre des qualifications de la CAN et le nul heureux contre la Côte d’Ivoire en septembre étaient pourtant des signaux d'alarme... qui n’ont pas été entendus.
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