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DROIT

Moudawana. Les ressorts d’une campagne agressive contre la réforme

Se disant favorables à la protection de la famille, des hommes s’organisent autour d’un "hashtag" contre la réforme de la Moudawana. Ils avancent des arguments hors sujet et d’autres infondés dans le but d’occuper le terrain et de bloquer une révision équitable.

Moudawana. Les ressorts d’une campagne agressive contre la réforme
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Le 15 avril 2024 à 18h19 | Modifié 15 avril 2024 à 19h19

Depuis quelques jours, une campagne anti-réforme de la Moudawana est lancée sur les réseaux sociaux. Placée sous le hashtag principal "Ne touche pas à ma famille", cette campagne visiblement organisée avance des arguments qui n’ont rien à voir avec la protection de la famille.

Dans des publications, notamment au format vidéo, des hommes plaident pour la protection de la famille marocaine et mettent en garde contre tous ceux qui, selon eux, veulent porter atteinte à la religion musulmane, faisant principalement référence aux "féministes" et aux "laïcs".

En réalité et comme nous allons le voir, il s’agit d’un mouvement orchestré, qui veut défendre la supériorité de l’homme sur la femme et qui pour cela, utilise sa propre lecture de la religion, qu’il invoque sous forme de généralités et par des accusations sans fondement.

Contraires à l’égalité hommes-femmes

Ils se prétendent favorables à une réforme du Code de la famille mais pas à celle proposée. Pourtant, les propositions officiellement élaborées par l’instance tripartite chargée de la réforme de ce texte important n’ont pas encore été rendues publiques. De plus, le Code de la famille ne sera adopté qu’après la présentation de sa version définitive, son examen puis son vote au Parlement.

En d’autres termes, cette campagne − visiblement menée par des hommes − n’est autre qu’un simple rejet de l’équité entre l’homme et la femme, et de la suppression des discriminations à l’égard de la femme, qui n’ont d’ailleurs aucun fondement religieux. Leur conception de la famille est tout simplement contraire aux droits de l’enfant et à celui de la mère. En d’autres termes, c’est une conception qui favorise une seule partie, l’homme.

Avortement : un débat hors sujet

Bien qu’ils semblent organisés, les membres de ce mouvement anti-réforme de la Moudawana soit s’emmêlent les pinceaux, soit font exprès, puisque le sujet de la légalisation de l’avortement est évoqué dans leurs vidéos. Or, l’avortement ne relève pas du Code de la famille, mais des dispositions du Code pénal.

Pourtant, le sujet est évoqué dans ces vidéos de propagande qui induisent en erreur le public. Celui-ci risque de croire que la réforme de la Moudawana vient légaliser l’avortement.

L’esprit de cette campagne est de faire croire que cette réforme vise à détruire le noyau familial tel que le connaissent les Marocains, préservé par la culture nationale, les traditions et les attaches religieuses. Mais que vient "détruire" cette réforme finalement ?

Peut-on considérer le fait de préserver davantage l’intérêt supérieur de l’enfant comme une menace pour la famille ? Ou bien est-ce le droit de garde et de tutelle partagé par les parents pour assurer un équilibre au sein de la famille qui risque de la détruire ? Ou serait-ce l’interdiction du mariage des mineurs visant à protéger au mieux leur enfance, leur innocence et leur droit à l’éducation ?

Le mariage des mineurs : une destruction de l’enfant et de la famille

Actuellement le mariage des mineurs est autorisé dans un cadre "exceptionnel" accordé par voie judiciaire. C’est en tout cas ce que prévoit cette loi qui date de 2004. Ce n’est donc pas aux parents de décider si leur enfant âgé de moins de 18 ans peut se marier ou non.

Si elle est adoptée, l’interdiction du mariage des mineurs supprimera cette prérogative accordée au juge. Rien ne change pour les parents qui étaient uniquement aptes à en faire la demande. Pourtant, dans ces vidéos anti-réforme de la Moudawana, certains hommes défendent le mariage de leurs "filles". Ils prétendent en être les tuteurs et "mieux connaître leurs intérêts". Pour eux, "personne ne doit s’immiscer" entre le père et sa fille. Cet argument signifie que le père peut faire subir toute sorte de maltraitance à son enfant, sous prétexte que celui-ci lui appartient.

Mais oublie-t-on le rôle que doit jouer l’État pour sécuriser la vie et garantir les intérêts de ces enfants ? Celui-ci a pour devoir de protéger les enfants, y compris de leurs parents.

Par ailleurs, cette autorisation exceptionnelle n’en est plus une. Sur le terrain, le mariage des mineurs revêt un caractère de normalité. Et ces vingt ans d’application de la Moudawana nous ont laissé le temps d'en constater les dégâts sur la vie de ces jeunes filles, mais aussi sur le développement socio-économique du pays.

En vingt ans, plusieurs recherches, analyses et études ont été effectuées. Elles sont plus que suffisantes pour comprendre que cette "exception" autour du mariage des mineurs est plus dangereuse que bénéfique pour ces enfants.

D’autres prétendent que la réforme prévue vise à "toujours faire hériter la femme comme l’homme". Or, la majorité des propositions relatives à l’héritage portent sur le droit au choix, et non pas sur une formule imposée à tous. D’autant plus que les changements proposés (suppression du taâsib, libération du testament) ne sont pas contraires à la volonté divine, comme le disent des chercheurs religieux connus.

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Le 15 avril 2024 à 18h19

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