Fatim-Zahra Ammor : “Plus de 60% des réservations d'hébergement sont effectuées en ligne”
Après avoir donné la parole, dans un premier article, à certains opérateurs qui dénonçaient les commissions démesurées de sites de réservation comme Booking, puis publié les clarifications de ce dernier qui a infirmé les accusations de ses détracteurs, Médias24 a sollicité la ministre du Tourisme. Pour Fatim-Zahra Ammor, l’État n’a pas à intervenir dans ce secteur d’intermédiation digitale régi par la loi de l’offre et de la demande.
D'ici 2030, date à laquelle le Maroc ambitionne d'accueillir 26 millions de visiteurs, les plateformes de réservation, qui défendent leur modèle, seront de plus en plus sollicitées par les structures d’hébergement.
Ces dernière craignent toutefois que leurs marges ne soient minorées par ces sites indispensables pour commercialiser des chambres d’hôtels, de maisons d'hôtes ou de locations de meublés. Pour en savoir plus sur la situation réelle, nous avons recueilli la lecture de la ministre de tutelle.
Les plateformes de réservation ont bouleversé les modes d’achat d’hébergement
Médias24 : Au regard des abus dénoncés par les hôteliers, maisons d'hôtes et locations de meublés, comment réguler et réglementer ce secteur ?
Fatim-Zahra Ammor : Le secteur du tourisme évolue dans un contexte mondial marqué par une digitalisation accélérée, bouleversant les modes d’achat et de consommation des voyages, et faisant émerger de nouveaux acteurs qui profitent du développement technologique, à l’instar des plateformes de réservation.
Ces dernières ont connu un essor fulgurant, grâce notamment à la transformation de la dynamique entre les acteurs et la mise en avant de produits inédits, ainsi que la réinvention de l’expérience client.
Booking.com, comme d’autres plateformes de réservation dans le monde, offre un moyen de commercialisation et de visibilité de l’offre marocaine en termes d’hébergement touristique, et l’accès à un marché mondial.
Le recours aux sites n’obéit à aucune obligation réglementaire
Le recours par les établissements d’hébergement touristique aux services desdites plateformes est strictement volontaire et n’obéit à aucune obligation réglementaire, mais plutôt à une réalité de marché déterminée par l’offre et la demande et par le mix marketing de chaque établissement.
La relation entre ces établissements et lesdites plateformes est régie généralement par un contrat dont les clauses, y compris celles inhérentes aux frais et commissions dont devrait s'acquitter l’établissement hôtelier, doivent être établies et consenties entre les parties signataires.
L’hôtelier est libre de négocier contractuellement les clauses y afférentes ainsi que celles relatives aux tarifs, conditions et disponibilités des chambres proposées à la vente.
Les relations entre les intermédiaires digitaux et leurs partenaires sont régies par des contrats privés
- En prévision du Mondial de football, qu'y a-t-il dans le pipe sachant que ces interfaces de réservation seront davantage sollicitées ?
- Il convient de préciser que, pour les établissements d’hébergement touristique classés et couverts par la loi n°61.00 en vigueur actuellement, la relation avec les plateformes de réservation est encadrée par des contrats privés obéissant à la loi du marché.
La problématique que nous sommes en train de traiter aujourd’hui au niveau du département du tourisme est celle relative aux autres types non couverts par la loi.
C’est dans ce cadre que s’inscrit la nouvelle loi n° 80.14, dont l’un des principaux objectifs est de mettre en place un cadre légal qui accompagne l’apparition de nouveaux produits, d'élargir et de diversifier l'offre touristique nationale.
Ainsi, elle intègre de nouvelles formes d'hébergement, tels que l'hébergement alternatif et l'hébergement chez l'habitant. Le défi étant de mieux encadrer l’hébergement touristique, particulièrement certaines structures aujourd’hui commercialisées par les plateformes en ligne telle que Booking.
Le département du Tourisme a également initié un chantier important de modernisation du cadre réglementaire de la distribution de voyages qui a abouti à la publication de la loi n° 11.16 réglementant la profession d’agent de voyages, et ce gouvernement a accéléré la sortie du décret d’application de ladite loi.
Ainsi, nous avons simplifié et digitalisé les procédures qui régissent le métier, par la mise en place d’une plateforme de gestion dédiée. Nous avons également intégré la dimension régionale en nous inscrivant dans le schéma de déconcentration administrative et en donnant aux délégations du tourisme les pouvoirs d’octroyer les agréments et les autorisations nécessaires pour l’exercice de la profession d’agent de voyages.
Il faut rappeler que la loi n° 11-16 précitée a été mise en place pour accompagner la modernisation et l’évolution technologique de cette profession à la suite du développement des nouvelles technologies, permettant ainsi aux agents de voyages de tirer profit de ces aspects en intégrant notamment la vente en ligne.
- Quel est le plan du Maroc au cas où ces sites décideraient d'augmenter leurs prix ; personne ne pourra rien leur dire surtout au vu du potentiel ?
- C’est une relation contractuelle gagnant-gagnant entre les deux parties, tel que mentionné précédemment et cela dépendra des clauses consenties.
Concernant la fluctuation des prix, il s’agit d’un marché concurrentiel dans lequel plusieurs plateformes opèrent et où les prix s’autorégulent systématiquement, comme il a été démontré dans plusieurs secteurs par le passé.
Le secteur des télécoms est un bon exemple à citer, vu que le fait d’avoir plusieurs opérateurs en activité a permis de stabiliser les prix.
Une enquête menée en 2019 par la ministère montre que 60% des réservations se font en ligne
- Le secteur de l'hôtellerie a-t-il réalisé une étude pour déterminer la part de marché des sites de réservation dans la commercialisation de l’hébergement touristique (hôtels, maisons d’hôtes, locations de meublés).
- Les modes de distribution et de commercialisation de l’offre d’hébergement touristique ont connu une évolution caractérisée par une désintermédiation encouragée par l’essor des plateformes de réservation en ligne.
Aujourd’hui, il y a plusieurs plateformes de réservation vers lesquelles les opérateurs nationaux peuvent se tourner.
Ceci se confirme par les remontées d’une enquête menée en 2019 par ce ministère, qui estime que 60% des réservations d'hébergement sont effectuées en ligne, dont une partie est faite à travers les plateformes de réservation, y compris Booking (un pourcentage qui a certainement augmenté depuis).
L’État n’a pas vocation à concurrencer ces sites privés
- Dernière question, ne serait-il pas plus simple de créer un site marocain de réservation qui soit subventionné par l'Etat ?
- Les grandes plateformes de réservation détiennent indéniablement d’importantes parts du marché puisqu’elles permettent aux établissements d’hébergement touristique d’être plus visibles à l’international et de disposer d’un canal de vente efficace et ouvert sur le monde entier.
Elles ont réussi à installer une certaine notoriété sur le plan international et à s’inscrire dans les réflexes de consommation des voyageurs, et nous sommes dans une logique de marché international libre et concurrentiel, dans lequel il serait extrêmement difficile de les concurrencer, notamment par des initiatives de l’Etat.
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