À la campagne, l'âge médian des agriculteurs est de 54 ans, les jeunes ne représentent plus que 10%
La transmission générationnelle dans les campagnes marocaines est un défi de taille, pourtant peu médiatisé. Alors que presque la moitié (47%) des exploitants agricoles sont âgés de plus de 55 ans, les jeunes, eux, sont de plus en plus attirés par le mode de vie urbain. Une situation qui nécessite une attention urgente. Analyse.
Les données du Registre national agricole (RNA), obtenues par Médias24, révèlent une déformation significative de la pyramide démographique des agriculteurs. Environ 23% de cette population sont âgés de 65 ans et plus, ce qui signifie qu'un quart des agriculteurs marocains font théoriquement partie de la population inactive.
De plus, l'âge médian des agriculteurs est de 54 ans, un chiffre préoccupant compte tenu de la nature physiquement exigeante du travail agricole.Pour la tranche d'âge de moins de 35 ans, la proportion ne représente que 10% du total. Même en élargissant la tranche jusqu'à 44 ans, cette part n'atteint que 28%, un chiffre nettement inférieur à celui d'autres pays tels que la France, la Turquie et l'Égypte. Comparativement, le Maroc affiche la plus faible proportion de jeunes agriculteurs et la plus grande proportion d'agriculteurs âgés de 65 ans et plus.
Parmi les pays du panel, le Maroc se distingue par sa situation critique. Ainsi, les jeunes de moins de 35 ans représentent 18% des agriculteurs en Égypte, 16% en Turquie, 13% en France et seulement 10% au Maroc, soit la valeur la plus basse. De même, pour la tranche de 35 à 44 ans, la part du Maroc est la plus faible (18%), alors que pour la Turquie, l’Égypte et la France, elle s’élève respectivement à 27%, 26% et 21%.
Même pour la tranche d’âge allant de 45 à 54 ans, le Maroc affiche la part la plus faible, soit 24%, contre 27% chacune pour la Turquie et l’Égypte, et 29% pour la France. Par ailleurs, le Maroc enregistre la plus grande part dans la tranche d’âge des 65 ans et plus, laquelle est considérée comme population inactive. La part de cette population dans la structure d’âge des agriculteurs français est de 9%, de 11% pour les agriculteurs égyptiens, de 12% pour les Turcs et de 23% pour les Marocains.
Les jeunes désertent les campagnes
Les projections du Centre d’études et de recherches démographiques (CERED) du HCP dépeignent une situation démographique alarmante qui devrait s'aggraver à partir de 2029. À cette date, la proportion de la population inactive (plus de 65 ans) dans le monde rural commencera à augmenter pour atteindre son pic en 2050. À cette échéance, il y aura plus de 74 personnes dépendantes pour 100 personnes actives dans les zones rurales.
Alors pourquoi les jeunes ne représentent-ils que 10% des exploitants agricoles ? En fait, ni le milieu rural ni l'emploi agricole ne sont attractifs pour les jeunes ruraux, qui rêvent d’une vie en ville, surtout avec la pénétration des réseaux sociaux qui font miroiter des conditions et des modes de vie que la campagne ne peut offrir.
La sécheresse récurrente, qui a touché cinq des huit dernières années, a également contribué à la détérioration des conditions de travail et de vie en milieu rural, entraînant une perte nette de plus d'un million d'emplois entre 2016 et 2023. Cette combinaison de causes explique en grande partie la déformation de la pyramide démographique des agriculteurs au Maroc.
Une comparaison de la structure d'âge des agriculteurs marocains avec une structure "type", représentée ici par la moyenne des trois pays (la France, la Turquie et l'Égypte), révèle des écarts significatifs. Le Maroc affiche un déficit de 9% dans les classes d'âge des moins de 44 ans, et un surplus de 10% dans la classe des plus de 65 ans.
La stratégie "Génération Green" 2020-2030
Pour corriger cette situation, le Maroc doit trouver un moyen pour remplacer 10% des agriculteurs âgés de plus de 65 ans par des jeunes de moins de 45 ans. Cette démarche traduit l’objectif de la Stratégie Génération Green (2020-2030) visant à intégrer 140.000 jeunes exploitants dans le secteur agricole.
Cette intégration se concrétisera principalement à travers la promotion de l'entrepreneuriat agricole. À cette fin, plusieurs axes stratégiques ont été définis :
- Accès au foncier agricole : faciliter l'accès des jeunes aux terres collectives avec des incitations spéciales mises en place en 2024 pour encourager leur installation et favoriser le renouvellement générationnel ;
- Formation d'une nouvelle génération d'agriculteurs : former 150.000 jeunes pour qu'ils acquièrent les compétences nécessaires face aux défis agricoles contemporains, et faciliter le transfert des exploitations des générations précédentes aux jeunes agriculteurs. La stratégie vise également à attirer 180.000 jeunes investisseurs, créant ainsi 170.000 emplois ;
- Création d'organisations agricoles innovantes : multiplier par cinq le taux d'organisation des agriculteurs à travers des coopératives, clusters, et fédérations interprofessionnelles pour renforcer la représentativité et la cohésion du secteur ;
- Mécanismes d'accompagnement : connecter 2 millions d'agriculteurs à des plateformes digitales, former 5.000 conseillers agricoles privés, et promouvoir la transformation des exploitations en sociétés pour éviter le morcellement des propriétés, garantissant ainsi la pérennité des exploitations agricoles.
Comment retenir ou attirer les jeunes dans le monde agricole ? Mohammed Sadiki répond
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La transmission générationnelle dans les campagnes marocaines est un défi majeur nécessitant des actions concertées et innovantes. La Stratégie "Génération Green" présente une feuille de route pour intégrer les jeunes dans le secteur agricole et assurer une transition intergénérationnelle harmonieuse. Les initiatives visant à encourager l'entrepreneuriat agricole chez les jeunes et à faciliter leur accès aux ressources sont essentielles pour revitaliser le secteur agricole et garantir son avenir.
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