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SOCIETE

Jeunes et NEET ou quand les événements de Fnideq révèlent le désarroi de la jeunesse marocaine

Le phénomène des jeunes NEET (Not in Education, Employment or Training), touchant près d’un tiers des jeunes âgés de 15 à 24 ans, s’est récemment manifesté de manière dramatique. Le 15 septembre 2024, plusieurs centaines de jeunes ont tenté de franchir de force la frontière vers Sebta, révélant le désespoir croissant au sein de cette catégorie de la population. Ce malheureux événement met en lumière les défis auxquels ces jeunes sont confrontés, le pays aussi, et souligne l'urgence d'une stratégie intégrée pour leur inclusion socio-économique. Round up.

Jeunes et NEET ou quand les événements de Fnideq révèlent le désarroi de la jeunesse marocaine
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Le 19 septembre 2024 à 9h11 | Modifié 19 septembre 2024 à 12h34

Ce mouvement, bien qu’amplifié par les réseaux sociaux, met en lumière une réalité profondément préoccupante. Le fait que la majorité des participants soit composée de jeunes, dont un bon nombre de mineurs, reflète l'ampleur du malaise qui touche cette génération, en particulier ceux issus de la catégorie des NEET. Ces jeunes – qui ne travaillent pas, ne fréquentent pas l’école et ne suivent aucune formation – représentent une part de plus en plus importante de la population, soulevant ainsi de sérieuses interrogations sur leur intégration socio-économique. Sur leur avenir tout simplement.

Phénomène NEET au Maroc : une préoccupation grandissante

Le phénomène NEET est aujourd'hui une réalité bien ancrée au Maroc. Il ne se limite pas uniquement aux zones rurales. Les milieux urbains sont également touchés, bien que des disparités régionales et de genres existent. Parmi les NEET, les jeunes femmes sont particulièrement surreprésentées. Les régions comme Marrakech-Safi, Fès-Meknès, et Rabat-Salé-Kénitra concentrent une part importante des jeunes NEET.

Selon les chiffres du haut-commissariat au Plan (HCP), en 2020, 1,57 million de jeunes ne travaillaient pas, ne fréquentaient pas l’école et ne suivaient aucune formation (NEET), contre 1,56 million en 2019 et 1,72 million en 2015. La proportion de ces jeunes parmi la population des 15-24 ans s'établit à 26,6% (contre 26,5% en 2019 et 27,5% en 2015).

En termes de répartition selon le sexe, cette part atteint 39,7% parmi les jeunes femmes, contre 13,9% pour les jeunes hommes, soit près du triple (respectivement 41,7% et 11,6% en 2019). Le taux de féminisation des NEET s’élève ainsi à 73,4% en 2020 (contre 77,8% en 2019 et 79,3% en 2015). Ces chiffres sont alarmants, car ils révèlent une exclusion à la fois sociale et économique pour un segment important de la population juvénile.

Les facteurs derrière la situation des jeunes NEET

Plusieurs facteurs expliquent la montée en puissance des NEET au Maroc. Le premier, et sans doute le plus important, est l’échec du système éducatif à maintenir les jeunes dans le circuit scolaire. Le décrochage scolaire reste massif, en particulier dans les régions rurales et parmi les jeunes issus de familles défavorisées. Les barrières économiques, la faible qualité des infrastructures éducatives, ainsi que la distance géographique de certaines écoles rendent la scolarité difficile pour de nombreux jeunes.

Par ailleurs, l’inadéquation entre les compétences acquises à l’école et les besoins du marché du travail accentue la situation. Les jeunes qui quittent l’école sans qualification se retrouvent souvent dans une spirale d’inactivité. Environ 27,6% des jeunes NEET sont officiellement au chômage, tandis que les 72,4% restants sont considérés comme inactifs, n’étant pas engagés activement dans la recherche d’un emploi.

Les jeunes femmes, quant à elles, sont confrontées à des obstacles supplémentaires. La pression sociale, les normes traditionnelles ainsi que les responsabilités familiales précoces les enferment dans un rôle domestique, les rendant plus vulnérables à l'inactivité. Près de 87,5% des jeunes femmes NEET sont inactives souvent en raison de leur rôle de femmes au foyer, en particulier en milieu rural.

Des profils diversifiés, une jeunesse fragmentée

Il est essentiel d'observer que tous ces jeunes ne se trouvent pas dans la même situation. Une étude qualitative menée par l’ONDH et l'UNICEF a permis de dresser une typologie des jeunes NEET au Maroc. Cinq grands groupes se démarquent :

- Les femmes rurales au foyer : ce groupe représente plus de la moitié des jeunes NEET. Ce sont souvent des jeunes femmes mariées, issues de milieux défavorisés, qui s'occupent des enfants ou des membres de la famille. Elles n’ont pas achevé leur scolarité et sont largement exclues du marché du travail.

- Les jeunes citadins découragés : ce groupe est constitué de jeunes des villes qui, bien que relativement instruits, sont démotivés. Ils ne recherchent pas activement un emploi et se trouvent souvent en situation d'exclusion sociale. Ce phénomène est amplifié par l'absence de soutien familial et d’opportunités économiques.

- Les NEET volontaires : un groupe restreint de jeunes qui, bien qu’ayant un bon capital humain, choisissent délibérément de ne pas travailler ou de poursuivre des études. Ils proviennent souvent de familles aisées et bénéficient d’un soutien financier suffisant pour se permettre ce choix.

- Les jeunes souffrant de problèmes de santé : un petit groupe constitué de jeunes atteints de maladies chroniques ou de handicaps, vivant principalement en milieu rural. Leur faible niveau d’instruction, combiné à des conditions économiques précaires, les empêche de participer à la vie active.

- Les jeunes en transition : ces jeunes sont souvent dans une phase transitoire. Ayant terminé leurs études ou cherchant activement un emploi, ils représentent un segment de la population NEET susceptible de réintégrer le marché du travail ou l’éducation à court terme.

Les politiques publiques face au défi des NEET : un dispositif à renforcer

Pour répondre à cette problématique croissante, le Maroc a mis en place plusieurs dispositifs visant à favoriser l'insertion des jeunes. Cependant, ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène. Les programmes de formation professionnelle, bien que nombreux, peinent à toucher les populations les plus marginalisées, notamment en milieu rural. De plus, le maillage territorial des structures d’insertion est trop limité, aggravant les inégalités régionales.

La Constitution de 2011 a marqué une avancée notable en reconnaissant les droits de la jeunesse, notamment à travers ses articles 31 et 33, qui soulignent l’importance de l’insertion sociale et économique des jeunes. Depuis lors, plusieurs programmes tels que Idmaj, Taehil et Moukawalati ont vu le jour pour promouvoir l’emploi et l’entrepreneuriat. Cependant, leur efficacité est limitée par le sous-financement et le manque de coordination entre les différents acteurs impliqués.

Une évaluation des dispositifs existants montre que les résultats sont mitigés. Le financement instable de certaines initiatives et l’absence de synergies entre les ministères, les associations et les collectivités territoriales entravent l’efficacité de ces programmes. De plus, la majorité des politiques se concentrent sur l'emploi, négligeant d’autres aspects cruciaux tels que la formation continue et l'accompagnement psychologique.

Vers une stratégie intégrée pour l’inclusion des jeunes NEET

Face à ces constats, plusieurs recommandations émergent pour renforcer l’inclusion socio-économique des jeunes NEET. Il est primordial d'adopter une approche holistique, qui ne se limite pas à l’insertion par l’emploi, mais qui prenne également en compte les besoins en éducation, en formation et en soutien social.

L’idée de créer une "garantie jeunesse" a été largement discutée. Elle offrirait un filet de sécurité aux jeunes, en leur assurant un revenu minimum et un accès à des services sociaux de base. Ce dispositif pourrait être renforcé par l’introduction d’une "carte jeunesse" donnant accès à des opportunités de mobilité, de formation, d’emploi et de divertissement.

Une attention particulière doit être portée aux jeunes femmes, surtout en milieu rural, où elles sont les plus touchées par le phénomène NEET. Les politiques doivent inclure des mesures spécifiques pour promouvoir l’éducation des filles, retarder les mariages précoces et offrir des solutions de garde d'enfants afin de permettre aux jeunes mères de travailler ou de reprendre leurs études.

Ainsi, il est crucial de renforcer les infrastructures éducatives et professionnelles dans les régions les plus défavorisées. La création d’écoles de la deuxième chance, d’institutions de formation professionnelle de proximité et le développement de l’entrepreneuriat local sont des pistes à explorer pour réduire les inégalités géographiques.

Les tentatives de migration : symptôme d'un désespoir croissant

Les récents événements de Fnideq ont mis en lumière le profond désespoir qui traverse une partie de la jeunesse marocaine. La tentative de passage en force vers Sebta n’est pas un incident isolé, mais bien le reflet d’un malaise généralisé au sein de cette génération.

Des vidéos diffusées sur TikTok et d'autres réseaux sociaux ont capturé des scènes poignantes : des jeunes exprimant avec intensité leur frustration, leur détresse et leur détermination à fuir un environnement perçu comme sans issue, tandis que des mères éplorées errent dans les rues, cherchant désespérément leurs enfants partis sans prévenir. Ces images sont devenues emblématiques d'une génération en quête de solutions et désillusionnée par le manque d’opportunités.

Ces tentatives massives d'émigration ne reflètent pas seulement des situations individuelles de désespoir, mais symbolisent un problème systémique beaucoup plus vaste. Le désespoir qui pousse ces jeunes à risquer leur vie pour atteindre l'autre rive témoigne d’une profonde déconnexion entre leurs attentes et les opportunités offertes sur le territoire national.

Ainsi, au-delà du simple fait migratoire, ces événements appellent à une réflexion urgente sur les conditions de vie des jeunes au Maroc. Il est essentiel de mettre en place des solutions adaptées pour répondre à leurs aspirations et éviter que ces tragédies ne se répètent.

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