Dattes. La valorisation insuffisante des sous-produits, un frein à la production phoenicicole
La sécheresse joue un rôle dans le recul de la production de dattes, mais le manque de valorisation des sous-produits affecte également les rendements. Pourtant, les palmes sèches, spadices et pétioles représentent une opportunité pour les phoeniciculteurs, leur permettant d'exploiter une ressource souvent négligée par manque de moyens financiers.
Les dernières précipitations enregistrées dans les zones oasiennes sont survenues trop tard pour contrer la baisse de 10 % de la production de dattes, estimée par le ministère de l'Agriculture à 103.000 tonnes pour la campagne agricole 2024-2025. Cependant, les conditions climatiques ne sont pas les seules responsables de ces résultats annoncés en marge de la 13è édition du Salon international des dattes (SIDATTES 2024), qui s’est ouverte le mercredi 30 octobre à Erfoud.
Le recul des récoltes est aussi dû à des pratiques culturales insuffisantes, notamment en termes de fertilisation et d’élagage. A cause de finances exsangues, conséquence de la sécheresse et la baisse des rendements, les phoeniciculteurs sont moins enclins à valoriser les sous-produits. Les palmes sèches, spadices, pétioles instables, rejets aériens et rafles, issus de l’élagage des palmiers dattiers, ne sont donc pas toujours récupérés après la récolte des dattes.
Or, cette biomasse représente une ressource précieuse qui pourrait être valorisée à travers la fabrication de biochar et de compost, la production de combustible de chauffage et d’aliments du bétail. Mais à ce jour, ces résidus menacent les palmeraies plus qu’ils ne soutiennent leur écosystème. En s’accumulant sous les palmiers, ils favorisent leur dégradation en devenant des vecteurs de maladies fongiques, comme le Bayoud (fusariose vasculaire du palmier dattier). Ils contribuent également à la prolifération de la cochenille blanche et constituent aussi un risque d’incendie élevé.
Retirer les parties sèches, malades ou encombrantes de l'arbre
La superficie occupée par le palmier dattier au niveau national est de l’ordre de 66.000 Ha dont 51.600 ha productifs et compte un effectif total de près de 6 millions de pieds. Elle est répartie entre quatre régions : Draâ-Tafilalet (77%), Sous-Massa (15%), l’Oriental (5%) et Guelmim-Oued Noun (4%).
En vue d’optimiser leur croissance et d’assurer une bonne production, les palmiers dattiers nécessitent diverses conduites culturales dont l’irrigation, la fertilisation et l’élagage. La baisse prévisionnelle de la production de dattes annoncée par le ministère de l’Agriculture s’explique dans un premier temps par une année sèche.
Les dernières précipitations ont porté les ressources du bassin hydraulique de Draa-Tafilalet à 331,6 millions de mètres cubes. Cependant, ces pluies bénéficieront davantage à la prochaine campagne phoenicicole. Pour la production de cette année, elles sont arrivées trop tard pour assurer une irrigation optimale pour une culture qui consomme environ 15.000 m³/ha.
Ces conditions climatiques difficiles empêchent les phoeniciculteurs d'effectuer une fertilisation et un élagage adéquats. C'est ce qu'indique une récente étude menée dans cinq zones de palmeraies : Errachidia-Aoufous, Erfoud-Jorf, Rissani, Goulmima-Tinejdad et Boudnib.
Sur les 60 phœniciculteurs concernés par l'enquête menée dans ce cadre, plus de la moitié n’apportent pas de fumure spécifique au palmier dattier. "Ce dernier profite des eaux et des fumures apportées aux cultures associées telles que les légumes et les céréales", soulignent les auteurs de l'étude.
Concernant la fertilisation minérale, seulement "10 % des phœniciculteurs appliquent 1 à 2 kg d’engrais composés (NPK) par pied et du fumier aux meilleures variétés de leurs parcelles", avancent-ils. À cela s'ajoutent des défauts en termes d’élagage. Il s’agit d’une pratique qui a pour objectif de retirer les parties sèches, malades ou encombrantes de l'arbre pour favoriser sa santé et sa productivité.
Une perte de production pour une ou deux années
Mais pas plus de 60 % des phoeniciculteurs pratiquent l'élagage de manière régulière. "Ce sont les variétés qui produisent des dattes de qualité qui font l’objet d’élagage", précise l’étude précitée. Une partie (35 %) de la biomasse des sous-produits récoltée est utilisée comme combustible pour la cuisson des aliments, le chauffage et l’alimentation du bétail (palmes, pétioles et fibrillium). Par ailleurs, 2 % des palmes sont destinées à la vente en tant que matière première pour des techniques de lutte contre l’ensablement.
Ainsi, "62 % des sous-produits enlevés sont abandonnés en tas dans les parcelles ou brûlés par les phœniciculteurs sur les parcelles pour restituer au sol les minéraux contenus dans les cendres", déplore l’étude. L’introduction du gaz butane pour la cuisson des aliments et le chauffage en est l’une des causes.
La rareté de la main-d’œuvre spécialisée à cause du vieillissement des producteurs est aussi un facteur important accentué par l’exode rural et du désintérêt des plus jeunes vis -à-vis de la filière. De surcroît, le manque de moyens financiers n’aide pas les phœniciculteurs à cet effet "car la qualité et la production de dattes obtenues ne permettent pas de couvrir les charges des opérations d’élagage et du transport des sous-produits à l’extérieur de la palmeraie", indique la même source.
Le problème est que les sous-produits abandonnés au sol contribuent à la dissémination du Bayoud, à la prolifération de la cochenille blanche et au déclenchement des incendies. Les palmeraies du Tafilalet en connaissent à répétition à cause des sous-produits du palmier et des herbes sèches abandonnées. Entre 2008 et 2021, 911 incendies ont touché 36.281 palmiers dattiers, soit l’équivalent de 362,8 ha.
"Ces incendies, accidentels ou causés par des phœniciculteurs qui brûlent des résidus, entraînent une perte de production pour une ou deux années, ou bien la mort du palmier dattier, ce qui pèse sur les petits phœniciculteurs qui en tirent l’essentiel de leurs ressources", affirment les auteurs de l’enquête.
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