Le système de défense aérienne russe S-400 : une option étudiée par les FAR, puis écartée (expert)
Le Maroc avait exprimé son intérêt pour le S-400 russe, mais a finalement écarté cette option pour des raisons techniques, financières et stratégiques. L’expert militaire Abdelhamid Harifi explique les choix du Royaume et leurs implications.
Le Maroc a exprimé son intérêt, aux côtés de 13 autres pays, pour l'acquisition du S-400 Triumf, un système de défense aérienne russe reconnu pour sa capacité à intercepter des cibles à longue portée, rapporte le média russe Spoutnik. Conçu par Almaz Antey et introduit dans les forces armées russes en 2007, le système peut détecter et neutraliser des avions et des missiles ennemis à une distance de 400 kilomètres et à une altitude pouvant atteindre 30 kilomètres.
Selon la même source, l'Algérie a rejoint le groupe des propriétaires de ce système de défense aérien en 2021, après avoir signé un accord de plusieurs milliards de dollars avec la Russie, poursuit la même source.
Cependant, l’expert militaire Abdelhamid Harifi a émis des réserves quant à la véracité de cette information. "La Russie ne vend plus d’armes et s’est engagée à honorer uniquement les contrats déjà signés", a-t-il déclaré à Médias24.
Cette situation affecte notamment les "S-400 qui font l’objet de sanctions américaines dans le cadre de la loi CAATSA". Ce dispositif de sanctions, destiné à contrer les adversaires des États-Unis, a eu des conséquences directes, notamment pour la Turquie qui est membre de l’OTAN. "L'achat par la Turquie du système S-400 était la raison de son éjection du programme F-35", rappelle l'expert militaire.
Face à cette situation, l’Algérie semble envisager une alternative. "Notre voisin de l'Est semble se tourner vers les Chinois pour renouveler ses MiG-29 par des J-10", indique Abdelhamid Harifi.
Concernant le Maroc, l'expert militaire a confirmé que le Royaume avait étudié la possibilité d’acquérir le système S-400. Toutefois, cette option a été écartée pour plusieurs raisons.
"La première raison est d'ordre technique", explique Abdelhamid Harifi. "L'acquisition d'équipements russes exige la présence permanente d'experts russes sur les bases militaires marocaines pour assurer l’entretien et le maintien en conditions opérationnelles, notamment pendant les premières années". Cette contrainte est incompatible avec la doctrine militaire marocaine qui interdit strictement toute présence étrangère durable sur ses bases, pour des raisons de souveraineté et de sécurité nationales.
"La deuxième raison concerne le coût", poursuit Abdelhamid Harifi. Lorsque le Maroc a envisagé l'achat du S-400, le système n’avait pas encore démontré son efficacité au combat. Son prix élevé, combiné à l’absence de faits d’armes significatifs, a pesé dans la balance. "Le Maroc a finalement opté pour le Sky Dragon 50 chinois, qui, bien que moins performant et doté d’une portée réduite, coûte 50% de moins que le S-400", précise-t-il.
L'expert a mis en avant les implications diplomatiques et stratégiques des sanctions américaines liées à la loi CATSA (Countering America's Adversaries through Sanctions Act). "Cette loi impose des restrictions strictes aux pays qui achètent des systèmes russes comme le S-400", souligne l'expert militaire en évoquant le cas de la Turquie. "Malgré son rôle de fabricant de pièces essentielles pour le F-35 et sa participation au programme, la Turquie a été exclue en guise de sanction pour l’achat du S-400".
Le Maroc s’est donc plutôt concentré sur "la création d’une vraie défense aérienne multicouche pour répondre aux menaces à courte, moyenne et longue portée", adaptée aux besoins stratégiques et opérationnels du pays.
Une défense aérienne multicouche robuste et stratégique
Pour la défense rapprochée, le Maroc utilise les PL-9 Sky Guard chinois, un système à courte portée d’une capacité de 9 kilomètres. Ces missiles sont déployés pour protéger des bases aériennes, des sites sensibles comme les barrages, et lors des déplacements royaux. "En 2011, par exemple, lors de la crise des avions volés en Libye, ces systèmes avaient été positionnés à Casablanca et Mohammédia," souligne l'expert militaire.
Un autre élément clé de cette couche défensive est le Mica VL, un système de courte et moyenne portées pouvant atteindre jusqu’à 14 kilomètres. "Son principal avantage réside dans la synergie qu’il crée entre les différents corps d’armée," explique Abdelhamid Harifi. Ce missile est utilisé à la fois par l’Armée de l’air sur les Mirage F1 et par la Marine royale sur les frégates Sigma. Cette mutualisation simplifie la maintenance et la formation, optimisant ainsi l’utilisation de ce système.
Le Sky Dragon 50 chinois constitue l’épine dorsale de la défense aérienne de moyenne portée du Maroc. Ce système a marqué un tournant majeur dans la doctrine des Forces armées royales. "Avant 2011, la défense aérienne relevait principalement de l’Armée de l’air. Face à l’évolution des menaces, le Maroc a intégré le Sky Dragon 50 au sein de l’artillerie", précise notre interlocuteur
La coopération avec la Chine a été déterminante pour la réussite de cette intégration. "La Chine nous a fourni un package complet, incluant l’armement, la formation et le transfert de technologie pour garantir un soutien local", explique-t-il. Cette approche a permis aux officiers marocains d’atteindre rapidement un haut niveau de compétence et de se préparer à absorber de nouveaux systèmes.
Pour la défense aérienne de longue portée, le Maroc a acquis le Barak MX, un système israélien reconnu pour son efficacité contre les missiles balistiques comme les Iskander russes. "Le choix du Barak MX a été motivé par deux raisons principales : c’est un système combat-proven, notamment lors du conflit du Haut-Karabakh, et la rapidité de livraison aux FAR", explique l'expert.
Parallèlement, le Maroc négocie l’achat du système Patriot américain. "L’acquisition portera probablement sur un nombre limité d’unités, voire une seule batterie, mais sa présence aura un effet dissuasif considérable face à l’aggravation des menaces aux frontières et l’intensification des discours belliqueux", conclut-il.
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