Viande fraîche importée : l'impact sur le marché freiné par des obstacles logistiques et sanitaires
L'opération d'importation des viandes fraîches prêtes à la consommation reste timide. Si l'impact sur les prix au niveau national commence à se faire sentir, il reste toutefois loin des objectifs escomptés par le gouvernement.
Dans le cadre de la conjoncture actuelle, qui se caractérise par une sécheresse sévère ayant un impact direct sur le cheptel national, le Maroc a décidé, en parallèle à l'importation des bovins domestiques destinés à l'abattage, d'importer également de la viande fraîche (congelée ou réfrigérée) pour assurer l'approvisionnement du marché national en viandes rouges et pour stabiliser les prix.
Près de deux mois après le début de cette opération, les résultats restent à ce stade timides, estiment de sources proches du dossier, en raison de nombreux obstacles logistiques et sanitaires, auxquels le pays fait face.
Les efforts du gouvernement entravés par une logistique insuffisante
L'importation de la viande fraîche exige une infrastructure logistique spécialisée. Il s'agit même de l'une des principales exigences du cahier des charges du ministère de l'Agriculture, concernant l'importation de ce produit périssable. Et selon nos sources, le Maroc, à ce jour, n'est pas bien équipé dans ce domaine.
"L'importation de la viande fraîche nécessite une logistique très spéciale, et la nôtre n'est pas adaptée. On n'est pas bien équipé dans ce sens", nous explique-t-on.
"Il n'y a pas de chaîne établie pour assurer un stockage et une distribution optimaux des produits importés", soulignent nos interlocuteurs. "Quand les viandes importées arrivent au Maroc, elles doivent d'abord être déposées, avant d'être distribuées", or la logistique actuelle se révèle insuffisante, dans la mesure où "la majorité des abattoirs dont dispose le Royaume sont des abattoirs d'abattage, et non de stockage".
De plus, "si un opérateur ne dispose pas d'endroits pour stocker, il ne pourra pas obtenir l'autorisation d'importer", ce qui limite un peu les capacités d'importation à ce stade.
Des contraintes sanitaires strictes
Outre les limites logistiques, le Maroc impose des normes sanitaires rigoureuses pour les importations. L’accent est mis sur le respect de la chaîne de froid et l’absence de rupture de celle-ci.
Selon nos sources, les produits arrivés jusqu’à présent sont de très bonne qualité, et aucune faille n’a été signalée. Cependant, ces contraintes renforcent la complexité des importations et limitent la capacité à inonder le marché pour faire baisser les prix de manière significative.
"Le gouvernement est très à cheval sur la sécurité sanitaire", insistent nos interlocuteurs. "Le circuit doit être bien ficelé et la chaine de froid bien respectée, sans aucune rupture".
Les importations actuelles profitent principalement aux grandes villes disposant d'abattoirs modernes, comme Fès, Meknès, Casablanca, et El Jadida notamment. Les supermarchés équipés de salles de découpe sont également les principaux points de distribution. Cela limite l’accès à ces produits pour une grande partie de la population marocaine.
A ce stade, l'importation se poursuit, mais elle reste timide.
La France et l'Espagne, principaux marchés d'importation
Si l'Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) autorise l'importation de la viande fraîche depuis plusieurs pays, les principaux fournisseurs restent la France et l'Espagne, d'après nos sources, étant des pays proches, ce qui permet de conserver la fraîcheur des produits durant le transport.
En effet, l'importation à ce stade de la viande fraîhe est autorisée par l'Office depuis plusieurs pays, à savoir :
- Pour les viandes bovines, ovines, caprines et camelines : l'Allemagne, l'Argentine, l'Australie, l'Espagne, la France, les Pays-Bas, l'Irlande, la Lituanie, la Nouvelle-Zélande, la Pologne, le Portugal, la Russie, le Canada, le Royaume-Uni, la Suisse, les Etats-Unis, l'Autriche, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la Croatie, le Danemark, l'Estonie, la Grèce, la Hongrie, l'Italie, la Lettonie, Luxembourg, Malte, la République Tchèque, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède ;
- Pour les viandes bovines, ovines et caprines : la Roumanie, l'Uruguay, l'Albanie, l'Andorre, le Chili, la Serbie et Singapour ;
- Pour les viandes bovines : le Brésil, le Paraguay et l'Ukraine.
Des réunions régulières pour trouver une issue
Pour évaluer la situation actuelle, des réunions régulières sont tenues entre les différents acteurs du secteur. Aucune solution concrète n'a encore été trouvée pour améliorer l'efficacité du processus.
"L’impact commence certes à apparaître, mais ce n’est pas celui que nous escomptions. Pour avoir un impact réel sur les prix, il faut inonder le marché", admettent nos sources.
Le Maroc n’ayant jamais eu recours à l’importation de viande destinée directement au consommateur, les défis logistiques et organisationnels s'avèrent ainsi complexes à relever.
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