img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Immobilier. Le manque de main-d’œuvre et la hausse des coûts pèsent lourdement sur le secteur

Le secteur de l'immobilier traverse une période de tensions marquées par un manque de main-d’œuvre qualifiée et une hausse des coûts de location du matériel. Entre la concurrence des grands chantiers d’infrastructures, les difficultés de recrutement et l’impact des aides sociales, les professionnels éprouvent des difficultés à préserver leur dynamique.

Immobilier. Le manque de main-d’œuvre et la hausse des coûts pèsent lourdement sur le secteur
Par
Le 11 février 2025 à 18h10 | Modifié 11 février 2025 à 18h01

Depuis un certain temps, le secteur de l'immobilier est en proie à des tensions croissantes marquées par une hausse des prix tout le long de sa chaîne de valeur. Cette hausse s’observe d’abord au niveau des rémunérations des ouvriers, accentuant une situation proche de la pénurie, notamment parmi les travailleurs qualifiés.

Les ferrailleurs, boiseurs, coffreurs, maçons spécialisés, conducteurs d’engins et électriciens du bâtiment sont particulièrement recherchés, rendant la main-d’œuvre difficile à mobiliser.

Dans le même élan, selon des opérateurs du secteur, les matériaux de construction subissent une pression similaire, à l’exemple des briques et d’autres matériaux essentiels, dont les prix ne cessent d’augmenter. De même, le parc matériel n’est pas épargné par cette inflation. Les tarifs de location des grues, des bétonnières, des nacelles et autres équipements spécialisés connaissent eux aussi une envolée, ajoutant une contrainte supplémentaire aux professionnels du secteur.

La forte demande en main-d’œuvre et en matériel est largement portée par les grands chantiers d’infrastructures initiés par l’État, qu’il s’agisse de routes, d’hôpitaux ou d’autres projets d’envergure. Cette dynamique mobilise une part importante des ressources, réduisant ainsi leur disponibilité pour les petits et moyens promoteurs immobiliers.

Pénurie de la main-d’œuvre et flambée des coûts

Contacté par nos soins, un promoteur immobilier nous confie que la majorité des entreprises du secteur souffrent d’un déficit de main-d’œuvre. "Sur nos chantiers, répartis en plusieurs lots de construction, nous disposons de seulement quinze maçons, alors qu'il en faudrait normalement quarante. Cette situation n’est pas isolée, elle concerne la majorité des entreprises du secteur".

"Cette pénurie de main-d’œuvre concerne particulièrement les travailleurs qualifiés, tels que les boiseurs, les ferrailleurs et d'autres spécialistes du BTP. Elle s’explique en grande partie par le lancement de grands projets d’infrastructures dans le cadre des préparatifs pour la Coupe du monde 2030, notamment la construction de stades, de CHU, d'hôpitaux et d'autres infrastructures stratégiques", souligne notre source.

Pour pallier le manque de main-d’œuvre qualifiée, les promoteurs n'ont d'autre choix que de recruter des manœuvres non spécialisés pour assumer des tâches habituellement dévolues aux boiseurs, ferrailleurs et autres ouvriers qualifiés. Face à une demande accrue, ces derniers profitent de la concurrence entre employeurs et privilégient les chantiers d’infrastructures portés par de grandes entreprises qui leur offrent de meilleures rémunérations et des contrats de longue durée, perçus comme une garantie de revenus stables et sécurisés.

Dans ce contexte, notre source explique à quel point la compétitivité salariale est devenue un défi majeur. "Par exemple, la rémunération quotidienne d’un boiseur était de 130 DH. Aujourd’hui, les grandes sociétés de construction et de promotion immobilière leur offrent l’équivalent de deux heures de travail supplémentaires payées, mais sans réellement les faire travailler. Cela fait grimper leur rémunération à environ 175 DH par jour. Ainsi, les promoteurs immobiliers peinent à attirer et retenir la main-d’œuvre qualifiée".

Le matériel de construction subit une pression accrue en raison d'une forte demande

Dans le même sens, la location des grues et d'autres machines de chantier est devenue plus onéreuse et parfois difficilement accessible. "Les grues et les grands engins sont mobilisés sur les chantiers d’infrastructures et de stades. L’activité est soutenue, la demande est forte et cela fait naturellement grimper les prix de location", conclut notre source.

Même son de cloche pour un membre de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI), contacté par Médias24. "Le secteur traverse actuellement une période de fortes turbulences, marquée par une baisse significative du nombre de logements construits en 2024 par rapport à l'année précédente. Cette contraction de l'activité reflète les difficultés structurelles et conjoncturelles auxquelles fait face le marché", indique-t-il.

"L'un des principaux défis réside dans la pression exercée sur la main-d'œuvre. En effet, le secteur se trouve en concurrence avec l’essor des grands travaux d’infrastructures qui mobilisent une part importante des ouvriers qualifiés. Cette situation crée une rareté de la main-d'œuvre disponible pour les chantiers immobiliers, ralentissant ainsi les projets et augmentant les coûts de construction", poursuit notre source.

Au sujet des prix sur le marché des matériaux, notre source souligne qu'une hausse notable des prix a été observée, soulevant des interrogations sur les causes réelles de cette flambée. "Si une forte demande peut en partie expliquer cette tendance à la hausse des prix, certains acteurs du marché estiment qu'elle pourrait également être le résultat d’une entente sur les prix. Une telle situation justifierait l’ouverture d’une enquête par le Conseil de la concurrence afin d’analyser les dynamiques tarifaires et d’identifier d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles", conclut-il.

Une crise de main-d'œuvre plus structurelle que conjoncturelle

Une source au sein de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP) estime que le problème est davantage structurel que conjoncturel. "Certes, la demande accrue générée par les grands chantiers d’infrastructures contribue à la tension sur la main-d’œuvre, mais les véritables causes sont profondément ancrées dans des problématiques structurelles. Le secteur de la construction immobilière repose sur un travail physique exigeant, souvent éprouvant. Historiquement, ce sont majoritairement des jeunes issus des zones rurales qui intégraient ces métiers. Aujourd’hui, la grande majorité des jeunes urbains n'acceptent pas de faire ce travail, ce qui entraîne une érosion progressive du vivier de main-d’œuvre", explique notre source.

Les aides sociales redéfinissent progressivement le marché du travail dans le BTP

Un autre facteur amplifie cette tendance, selon notre interlocuteur. "Les aides sociales transforment progressivement le paysage du marché du travail dans le secteur BTP. Nous observons que, depuis la mise en œuvre de ces allocations, leur impact sur l’offre de travail est indéniable. Certains réduisent leur activité, tandis que d'autres choisissent de se retirer temporairement du marché. Cette dynamique contribue ainsi à la contraction de l’offre de main-d’œuvre dans le secteur, accentuant davantage les tensions déjà existantes".

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 11 février 2025 à 18h10

à lire aussi

Le musée du continent africain devrait ouvrir à la fin de 2027 (Mehdi Qotbi)
CULTURE

Article : Le musée du continent africain devrait ouvrir à la fin de 2027 (Mehdi Qotbi)

Porté par la Fondation nationale des musées, le futur musée du continent africain a franchi une étape décisive. Le président Mehdi Qotbi nous annonce que le plus grand complexe muséal d'Afrique, dont les travaux de gros œuvre ont dépassé 85%, entre dans sa phase finale avant une ouverture au public lors du dernier trimestre 2027.

Le jardinier marocain de Jany Le Pen expulsé vers le Maroc pour séjour irrégulier
Quoi de neuf

Article : Le jardinier marocain de Jany Le Pen expulsé vers le Maroc pour séjour irrégulier

Selon une information révélée par Le Parisien, Hatim B., un Marocain de 32 ans qui effectuait des travaux de jardinage chez Jany Le Pen, veuve de Jean-Marie Le Pen, a été expulsé le jeudi 23 avril vers le Maroc. En situation irrégulière en France depuis 2017, il faisait l’objet d’une mesure d’éloignement décidée par le préfet des Hauts-de-Seine.

Maghreb : une visite américaine dans un contexte de pression croissante sur l’Algérie
NATION

Article : Maghreb : une visite américaine dans un contexte de pression croissante sur l’Algérie

Annoncée par le département d’État, la tournée de Christopher Landau, du 27 avril au 1er mai, intervient dans un contexte marqué par l’implication croissante de Washington dans le suivi du dossier du Sahara et de ses prolongements onusiens.

Ordre des experts-comptables : le scrutin s’annonce serré (liste)
ECONOMIE

Article : Ordre des experts-comptables : le scrutin s’annonce serré (liste)

Le scrutin du 21 mai pour le renouvellement du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables met en concurrence 41 candidats pour 11 sièges. Parmi eux, se dégagent des profils issus de grands cabinets internationaux, comme EY, Deloitte, Mazars, BDO, KPMG ou Grant Thornton, des figures expérimentées déjà présentes dans les instances de l’Ordre et des profils plus récents, illustrant les équilibres internes de la profession.

Protection des femmes victimes de violence : lancement officiel de la cellule centrale à Rabat
Quoi de neuf

Article : Protection des femmes victimes de violence : lancement officiel de la cellule centrale à Rabat

À Rabat, le ministère de la Solidarité a lancé la cellule centrale de prise en charge des femmes victimes de violence, chargée de renforcer la coordination institutionnelle, de superviser les structures territoriales et d'améliorer l’accompagnement juridique, psychologique et social des victimes.

Bourse de Casablanca : le MASI chute de 1,69%, les volumes grimpent à 667 MDH
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI chute de 1,69%, les volumes grimpent à 667 MDH

La Bourse de Casablanca a clôturé la séance du 24 avril 2026 en baisse, avec un MASI en recul de 1,69% à 18.815,18 points. Les échanges ont atteint 667,11 MDH, dominés par Managem, Minière Touissit et Attijariwafa bank.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité