Emploi. Un nouveau cap pour l’emploi à l’horizon 2030, sous l’ombre des incertitudes climatiques
Face à un marché de l’emploi sous tension, le gouvernement mise sur une feuille de route volontariste : 350.000 emplois d’ici 2026 pour relancer la dynamique à court terme et 1,45 million d’ici 2030 afin de ramener le chômage à 9 %. Cependant, la réussite de cette stratégie reste incertaine, principalement en raison de la fragilité de l’emploi rural et des incertitudes climatiques.
Le gouvernement a récemment dévoilé une nouvelle feuille de route pour l’emploi couvrant la période 2025-2030. Cette stratégie vise à créer, si la pluviométrie reprend son cours normal, 1,45 million d’emplois et à ramener le taux de chômage à 9 % d’ici 2030.
Ce nouveau plan interroge l’efficacité de la première stratégie d’emploi mise en place au début du mandat gouvernemental. Cette dernière avait été freinée d'une part par l'effondrement de l'emploi rural ; et d'autre part, par le contexte géopolitique né de la guerre en Ukraine.
Dès son investiture en octobre 2021, le gouvernement de Aziz Akhannouch avait déclaré que l’emploi était l’une de ses priorités, avec un engagement chiffré : la création d’un million d’emplois d’ici la fin du mandat. Toutefois, les données officielles du marché du travail, publiées par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), montrent que cette promesse n’est pas tenue.
Pour évaluer objectivement le bilan en matière d’emploi, notre analyse se concentre sur la période s’étendant du premier trimestre 2022 au quatrième trimestre 2024, soit une durée de trois ans correspondant à la pleine action de l’exécutif.
L’évaluation du bilan de l’emploi sous ce gouvernement peut être abordée selon deux angles. La première approche consiste à examiner la création nette d’emplois sur la période concernée. En comparant les chiffres, on constate une destruction nette de 24.000 emplois, le stock d’emplois étant passé de 10.697.000 au premier trimestre 2022 à 10.673.000 à la fin de 2024.
Toutefois, une analyse plus détaillée révèle une dynamique contrastée entre les différentes catégories d’emplois:
-en ce qui concerne les emplois rémunérés, une évolution positive est enregistrée. Le nombre d’emplois rémunérés est passé de 9.252.905 au premier trimestre 2022 à 9.605.700 à la fin de 2024, ce qui représente une création nette de 352.795 emplois, soit une moyenne annuelle de plus de 110.000 nouveaux postes rémunérés.
-cette dynamique a été neutralisée par la destruction massive d’emplois non rémunérés, qui a atteint un total de 376.795 emplois perdus sur la même période. Ainsi, en additionnant les créations nettes d’emplois rémunérés et non rémunérés, le solde global s’établit à une perte nette de 24.000 emplois.
-le même constat s’applique aux emplois urbains, dont la création nette s’élève à 280.000 sur la période 2022-2024, soit une moyenne annuelle de plus de 90.000 emplois. Cette création a été effacée par la disparition de 304.000 emplois en milieu rural, ce qui aboutit au même solde négatif. Cette tendance met en évidence l’érosion structurelle de l’emploi rural, un phénomène dont les solutions restent limitées.
Donc:
*création nette de 352.000 emplois rémunérés en trois ans
*destruction, essentiellement dans le monde rural, de 376.000 emplois non rémunérés.
*création nette de 250.000 emplois urbains.
Le bilan du gouvernement ne peut être résumé à une simple destruction d’emplois. Un effort a été fourni pour stimuler l’emploi. Toutefois, les pertes se concentrent sur deux segments vulnérables : les emplois non rémunérés et l’emploi rural.
Ces deux catégories se recoupent largement, car l’essentiel des emplois non rémunérés sont liés à l’agriculture familiale en milieu rural. L’emploi rural, quant à lui, demeure majoritairement agricole, ce qui le rend extrêmement sensible aux chocs climatiques, notamment à la sécheresse.
Ainsi, la contre-performance du marché du travail au cours des trois dernières années pâtit directement des conditions climatiques, un facteur exogène qui échappe à toute anticipation à long terme, notamment dans le cadre d’un mandat gouvernemental de cinq ans. D’où la mention conditionnelle : "si la pluviométrie reprend son cours normal", figurant dans la nouvelle feuille de route.
Mais supposons que la pluviométrie s'était maintenue à un niveau normal et qu'il n'y ait eu ni destruction ni création d'emplois dans le monde rural. Si on adopte cette hypothèse, on se retrouve avec une création nette de 280.000 emplois en trois ans. On est donc loin du million projeté. La sécheresse n'est pas le seul facteur en cause.
Toujours en théorie: si l'on ajoute 350.000 emplois nets projetés d'ici 2026, on se retrouverait avec 630.000 emplois créés et pas un million.
350.000 emplois d’ici fin 2026 : quel impact sur le bilan du gouvernement ?
Cette projection repose de surcroît sur une hypothèse implicite : la stabilité de l’emploi rural, un scénario peu probable dans un contexte marqué par des sécheresses récurrentes et une vulnérabilité accrue du secteur agricole. Or, selon la feuille de route gouvernementale, aucune création d’emplois agricoles n’est prévue sur la période, ce qui implique que les pertes d’emplois en milieu rural pourraient venir compromettre le solde net.
Par ailleurs, si l’on raisonne en termes d’emplois rémunérés, sachant que la majorité des créations d’emplois concernent cette catégorie, le stock total d’emplois rémunérés atteindrait alors plus de 750.000 nouveaux postes sur l’ensemble du mandat (350.000 supplémentaires d’ici 2026, s’ajoutant aux 352.795 emplois rémunérés créés entre 2022 et 2024).
Donc, quel que soit le mode de calcul adopté (stock d'emploi rural intact et pas de sécheresse; calcul uniquement des emplois rémunérés; ajout des 350.000 emplois projetés d'ici 2026), le constat est le même in fine: on reste plus ou moins loin du million d'emplois.
La remise des compteurs à zéro : un choix politique ?
Avec cette nouvelle feuille de route, le gouvernement semble redémarrer les compteurs à zéro en fixant de nouveaux objectifs pour 2030. Ce choix relève avant tout d’une approche politique, qui permet à l’exécutif de décaler l’échéance de ses engagements tout en évitant un bilan négatif à la fin du mandat.
Mais la question de la faisabilité et de l’efficacité de cette nouvelle stratégie demeure. L’État continuera d’injecter des fonds publics considérables pour stimuler l’emploi, notamment à travers les politiques d’investissement, les dispositifs d’insertion et les mesures de soutien aux secteurs vulnérables.
Or, cette approche est-elle soutenable sur le long terme ? Est-elle économiquement viable? Une entreprise est censée créer des emplois selon ses besoins. Baisser le coût de l'emploi au recrutement reste une mesure de court terme, un pari. Le problème n'est-il pas structurel ? Qualité de la formation, adéquation de la formation, sous-capitalisation des entreprises, oligopoles, faiblesse de la concurrence dans les secteurs, compétitivité... sont autant de facteurs méritant chacun un débat.
Au-delà de la mobilisation des ressources publiques, il est légitime de se demander si d’autres approches pourraient être plus efficaces pour dynamiser l’emploi de manière structurelle.
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