Tourisme : la guerre commerciale ravive les craintes marocaines d’une rechute mondiale
Alors que les marchés s’affolent face aux décisions protectionnistes de Donald Trump, les professionnels du tourisme marocain redoutent un effet domino. Une baisse de la confiance mondiale, un repli des investissements hôteliers et un recul des réservations pourraient assombrir les perspectives du secteur. Si l’heure est encore à la prudence, la profession reste en alerte.
"Bien qu’il soit encore trop tôt pour en mesurer les effets, nous n’avions vraiment pas besoin de ce nouvel épisode qui pourrait fragiliser l’économie mondiale", confie une source officielle, avant d’ajouter : "Cet épisode menace de saper la confiance, ce qui constitue l’élément vital de notre secteur, qui se remet à peine de la crise sanitaire". Cette réaction prudente, teintée d’inquiétude, reflète l’état d’esprit qui gagne aujourd’hui une partie des acteurs économiques marocains.
Car les soubresauts provoqués par les annonces de Donald Trump en matière de commerce international n’épargnent pas le Maroc, en particulier son secteur touristique. Déclarations intempestives, hausses de droits de douane, incertitudes sur les marchés : l’instabilité actuelle pèse déjà sur les décisions de voyage, notamment en provenance des marchés américains, européens et asiatiques.
"La confirmation des droits douaniers pourrait reporter des décisions de voyage au Maroc"
Tout aussi circonspects, voire inquiets, des présidents de fédérations affiliées à la Confédération nationale du tourisme (CNT) estiment en effet que la confirmation à terme des annonces spectaculaires du président Donald Trump pourrait générer des répercussions négatives sur la fréquentation hôtelière du pays.
Dirigeant du groupe privé Atlas Voyages, le président du Conseil régional du tourisme Casablanca-Settat Othmane Cherif Alami avance que les soubresauts actuels qui déstabilisent toutes les places boursières de la planète suscitent un manque de visibilité dans le secteur. Celui-ci est à l’origine d’un report des décisions de voyage des marchés américains, chinois et européens.
Tout en se réjouissant de la suspension américaine de l’application des droits douaniers durant 90 jours pour l'ensemble des pays (à l'exception de la Chine), M. Alami estime que ce genre d’annonces nuit à toute la profession du fait d’une instabilité qui incite les touristes à reporter leur voyage ou à opter pour des destinations européennes moins lointaines.
"Une nouvelle récession impacterait en premier lieu les investissements hôteliers"
Citant la crise des subprimes qui avait démarré aux États-Unis en 2008 avant de contaminer l’Europe, un investisseur touristique craint que la guerre commerciale qui se prépare à Washington ne finisse par provoquer une inflation et une b à l’origine d’une nouvelle récession mondiale impactant l’hôtellerie de luxe.
Selon lui, la reproduction de ce scénario pourrait générer une baisse significative du nombre de touristes en provenance des États-Unis et de l'Europe, un recul de la fréquentation des hôtels de luxe, une réduction des voyages, et surtout un ralentissement des investissements étrangers.
Une nouvelle période d'incertitude économique pourrait en effet se traduire par une diminution des décisions d’investissement dans les grands projets d'infrastructures hôtelières qui requièrent de la visibilité et de la confiance.
"La profession craint un retour de bâton dans quelques mois"
"Alors que tous les indicateurs sont au vert depuis 2022, l’ensemble des professionnels interrogés par notre fédération craignent que la confirmation des mesures américaines ne finisse par provoquer une inversion de la tendance actuelle dans quelques mois", renchérit le président d'une association régionale hôtelière d’une grande destination touristique du Royaume.
"S’il convient de rester très vigilants par rapport à la possibilité d’un krach boursier mondial, la récente suspension de la hausse des droits de douane laisse penser que le président américain est en train de comprendre que l’économie de son pays pourrait, au final, être la première victime de sa politique protectionniste", tempère l’opérateur pour qui le bon sens devrait finir par triompher.
Se voulant malgré tout optimiste grâce aux échéances de la Coupe d’Afrique 2025 et du Mondial 2030 dont les chantiers ne seront pas remis en cause, l’hôtelier conclut son propos en ajoutant qu’il faudra certainement attendre la fin de la prochaine saison estivale pour savoir s’il y aura une véritable crise financière qui impactera l’industrie touristique mondiale et, in fine, marocaine.
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