Électricité. Le Maroc épargné par la panne de courant en Espagne et au Portugal
La récente panne d’électricité qui a frappé l’Espagne et le Portugal a secoué les réseaux énergétiques des deux pays voisins, mais, pour le Maroc, les conséquences ont été moins dramatiques.
Au moment de l'incident, le Maroc importait 778 MWh d’électricité depuis l’Espagne. Mais le réseau marocain a été épargné. "Pas d’impact !" répond laconiquement une source haut placée au ministère de la Transition énergétique en réponse à Médias24.
Selon différentes sources contactées, le Maroc dispose de capacités de backup dont le rôle est de toujours assurer l’ajustement parfait entre l’offre et la demande. Que ce soient des capacités en fioul ou en diesel mises en backup (Kénitra, Mohammédia, Casablanca…) qui peuvent être démarrées en urgence, ou encore des capacités en gaz base-load comme les centrales à cycle combiné de Aïn Béni Mathar et Tahaddart qui sont pilotables, c’est-à-dire qui ne sont jamais à pleine charge et qui peuvent monter en charge pour faire face à des pics de consommation.
Leur fonction est d’assurer un équilibre parfait entre offre et demande électriques. D’autres solutions qui prennent plus de temps sont la montée en charges des centrales base-load à charbon pour qu’elles fournissent plus d’électricité.
En cas de besoin électrique trop élevé par rapport à la puissance disponible, on peut recourir au délestage, c’est-à-dire des coupures ciblées pour stabiliser le réseau.
Cette opération est dirigée de manière centralisée à partir de Casablanca par le centre de dispatching national dépendant de l’ONEE, dont le principal rôle est la gestion en temps réel de l’équilibre parfait entre offre électrique et demande électrique. Ce centre est ainsi en contact permanent avec les principaux producteurs et consommateurs électriques. Il suit et arbitre en temps réel les décisions à prendre pour maintenir le réseau.
Une dépendance aux voisins ?
Selon une de nos sources, la quantité que le Maroc importait au moment de la panne, soit 778 MWh, représente près de 12% de la demande horaire. Le rapport annuel 2023 (publié en décembre 2024) de l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE) précise bien que la part d’électricité importée par le Maroc reste significative, à 1.839 GWh à la fin de 2023, soit 3,4% de l’énergie nette appelée.
En 2023, le Maroc a importé des volumes record d’électricité, en particulier en été, lorsque la demande dépasse souvent la capacité locale. La demande énergétique du pays a augmenté de 4% par an ces dernières années (2010-2023), ce qui est à peine compensé par la croissance de la production locale qui, elle, a crû de 4,9% sur la même période. Toutefois, souligne une de nos sources, ces chiffres lissés cachent en grande partie la gestion des pointes de consommation.
"Le Maroc s’est beaucoup appuyé sur les réseaux espagnols pour gérer ses pointes. Cet événement, bien qu’exceptionnel, montre qu’il nous faut renforcer encore plus nos capacités de backup, notamment avec l’augmentation du renouvelable dans le mix électrique et son corollaire, l’intermittence".
Pour lui, des solutions comme des centrales turbines à gaz (qui sont différentes des centrales à gaz à cycle combiné qui fonctionnent grâce à des chaudières chauffées au gaz) ou des solutions basées sur les batteries sont aujourd’hui en chantier, en cours d’appel d’offres. "D’autres solutions peuvent être envisagées, comme des contrats de coupure entre quelques grands clients industriels et l’ONEE, qui pourraient arrêter ou décaler momentanément leur consommation pour faire face à ce genre de situation extrêmes".
Pour rappel, le Maroc dispose de deux lignes d’interconnexion sous-marines en 400 kV avec le réseau espagnol. Ces lignes sont aujourd’hui le seul lien entre les réseaux européens et africains. Cette interconnexion, mise en place en 1998, offre une capacité de 1.400 MW.
Deux autres lignes avec le Portugal sont à l’étude. L’interconnexion avec la Mauritanie est signée et en cours d’étude technique, alors que l’interconnexion avec l’Algérie, bien que disposant de quatre lignes (deux en 400 kV et deux en 225 kV) est à l’arrêt depuis que le voisin de l’Est a décidé le non-renouvellement du contrat de gaz avec l’Espagne via GME. Une commission mixte maroco-française a été mise en place pour étudier la faisabilité d’une interconnexion électrique entre les deux pays.
📺 Sánchez: "Se ha restablecido el suministro en varios territorios del norte y sur de la península gracias a las interconexiones con Francia y Marruecos". La reactivación de los ciclos combinados y las centrales hidroeléctricas "debería permitir recuperar el suministro pronto" pic.twitter.com/cBZwLFBf0g
— EL PAÍS (@el_pais) April 28, 2025
Notons que Pedro Sánchez, chef du gouvernement espagnol, a tweeté : "L'approvisionnement a été rétabli dans plusieurs territoires du nord et du sud de la péninsule grâce aux interconnexions avec la France et le Maroc". La remise en service des centrales à cycle combiné et hydroélectriques "devrait permettre de rétablir rapidement l’approvisionnement".
Cela peut signifier que le Maroc a tellement monté sa production qu'il a pu répondre à une partie des besoins espagnols.
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Ce papier a été mis à jour. Des éléments communiqués par une de nos sources, s'étant révélés inexacts, ont été retirés.
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