Ressources hydriques. Après des années de sécheresse, la nouvelle vie des nappes du Sud-Est
Les récentes précipitations dans le Sud-Est marocain ont eu un impact bénéfique sur les ressources en eau, notamment sur les nappes souterraines. Dans les bassins du Guir, du Ziz et du Rheris, les niveaux des nappes ont augmenté de plusieurs mètres, marquant une amélioration importante au moment où plusieurs projets d’infrastructures s’enchaînent pour améliorer la disponibilité de l’eau dans la région.
Après six années de sécheresse ayant touché tout le Maroc, le Sud-Est s'apprête à vivre une campagne céréalière prometteuse. Une dizaine de photos et vidéos circulant sur le Web témoignent des activités de récolte, manuelles et mécanisées, sur une dizaine de sites de la région, notamment dans la vallée de l'Oued Draa à Tata, la commune de Maider, Tinejdad et Sidi Ali Rissani.
Cette amélioration notable de la situation agricole résulte principalement des importantes précipitations enregistrées en septembre dernier.
À l’encontre des régions du nord et du centre, l’activité agricole dans les régions du Sud-Est repose sur des techniques d’irrigation ingénieuses telles que l’épandage de crues pour sourcer de l’eau pour les activités. La région a par ailleurs bénéficié d'un nouvel épisode pluvieux conséquent entre mi-avril et début mai, venant conforter les réserves en eau disponibles.
Au niveau hydrologique, l'Agence du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Rheris a constaté une augmentation marquée des volumes et des débits de ressources après le dernier épisode pluvieux.
Contactée par nos soins, l’ABH de Guir-Ziz-Rheris nous a fait part d'une amélioration notable de la situation hydrique actuelle du bassin, notamment souterraine, principale ressource en eau de la région.
La région Guir-Ziz-Rheris renaît grâce à une saison exceptionnelle
Les bassins de Guir-Ziz-Rheris ont connu une amélioration hydrologique remarquable au premier semestre 2025, marquée par une pluviométrie exceptionnelle affichant un excédent de 44% par rapport à 2024.
La station météorologique d'Errachidia a enregistré un cumul pluviométrique de 118,6 mm sur les six premiers mois, contre seulement 19 mm l'année précédente. Le mois d'avril 2025 s'est distingué avec 58,4 mm de précipitations, dont un pic journalier de 33 mm le 12 avril.
>> Le système de stockage hydrique de la région démontre une nette progression.
Les quatre grands barrages (capacité totale 586 Mm³) et dix petits barrages (14,3 Mm³) de la zone affichent des résultats encourageants. Le barrage Hassan Addakhil, plus important ouvrage de la région, accumule actuellement 226 millions de m³ (72,25 % de sa capacité), soit une augmentation de 45 % par rapport à 2024. L'ensemble des grands barrages affiche un taux de remplissage global de 60 %, contre seulement 19% à la même période l'an dernier.
Évolution du barrage Hassan Addakhil
Comparaison entre le 12 mai 2025 et le 12 mai 2024

>> La dynamique hydrique régionale connaît une revitalisation significative
Dans la région du Sud-Est, l’eau est revenue avec la réapparition de jaillissements au niveau des sources, dont la célèbre source bleue de Meskhi, dont le niveau d’eau commence à augmenter et à revenir à la normale après un assèchement total l’année dernière.
Les averses enregistrées ont provoqué d’importantes crues dans les cours d’eau, notamment dans les bassins du Maïder, du Guir, du Rhéris et de l’amont du Ziz, avec des débits de pointe exceptionnels. Le plus important a atteint plus de 3.200 m³/s, enregistré à la station hydrologique de Tazarine dans le bassin du Guir (un débit correspondant à une période de retour millénale).
Les pluies ont eu un impact très positif sur les nappes phréatiques des bassins du Guir, du Ziz et du Rhéris, en particulier les nappes quaternaires (superficielles), principalement alimentées par les crues des oueds. Ces nappes ont connu une hausse significative au cours du premier trimestre de l’année hydrologique 2024-2025, avec une augmentation variant entre 6 et 8 mètres par rapport à l’année précédente. Cette remontée a été particulièrement observée dans les nappes quaternaires de Tinjdad, Jorf, Erfoud, Boudnib, Goulmima, Rich et Tazarine.
La répartition de la demande en eau dans la région des bassins de Guir-Ziz-Rhéris
L'amélioration récente des ressources hydriques, consécutive aux précipitations abondantes, ne doit pas masquer la nécessité impérieuse d'une gestion rationnelle de l'eau. Les efforts institutionnels, bien que substantiels, doivent être complétés par une prise de conscience collective et une responsabilisation de tous les usagers (citoyens, grands et petits agriculteurs…).
Les bassins de Guir-Ziz-Rhéris disposent de quatre systèmes aquifères principaux aux caractéristiques distinctes. Les aquifères crétacés du bassin d'Errachidia-Boudnib offrent des ressources renouvelables de 154,5 millions de m³. Les formations jurassiques du Haut Atlas présentent un potentiel renouvelable de 211,3 millions de m³. Les aquifères primaires de l'Anti-Atlas constituent une réserve plus modeste de 18,9 millions de m³. Quant aux nappes quaternaires superficielles, elles totalisent 164,7 millions de m³ de ressources d’eau renouvelables, mais subissent une pression importante, se traduisant par un déficit annuel de 23,4 millions de m³.

Les besoins en eau potable sont assurés principalement à partir des eaux souterraines, à l’exception de l’adduction en eau potable au niveau d’Errachidia-Tafilalet, qui est assurée conjointement à partir de la nappe du Haut Atlas et des eaux du barrage Hassan Addakhil.
La recharge artificielle des nappes, une opération vitale pour durabiliser les oasis de la région
Pour développer et mobiliser efficacement les ressources en eau, l'agence du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Rheris met en œuvre annuellement plusieurs projets de recharge artificielle des nappes. Cette approche constitue un moyen essentiel pour renforcer les ressources hydriques, particulièrement crucial dans les régions oasiennes et qui cible principalement les nappes phréatiques superficielles qui alimentent les systèmes traditionnels d'irrigation (khettaras).

L’agence hydraulique a notamment développé plusieurs projets de construction de seuils hydrauliques destinés à reconstituer périodiquement les réserves des nappes lors de chaque épisode pluvieux.
Durant la période 2021-2024, 14 seuils ont été réalisés dans les provinces de Zagora, Errachidia et Tinghir, pour un investissement total de 37 millions de dirhams. Huit autres seuils sont actuellement en construction dans les provinces de Zagora, d'Errachidia et de Midelt, avec un budget alloué de 25 millions de dirhams, tandis que trois nouveaux seuils sont programmés cette année dans la province de Zagora, pour un montant de 6 millions de dirhams.
Pour optimiser le suivi et l'entretien de ces infrastructures, l'agence du Guir-Ziz-Rheris a installé un réseau de piézomètres équipés de systèmes automatiques de monitoring à proximité des seuils. Ces dispositifs permettent d'évaluer et de quantifier précisément l'impact des projets sur la recharge des nappes phréatiques.

Infrastructures hydrauliques, une grande transformation au Sud-Est du Maroc
Aujourd’hui, les ressources en eau mobilisables dans la région du Sud-Est restent limitées, avec un volume ne dépassant pas 322 millions de mètres cubes, tandis que les nappes souterraines subissent une pression croissante. Plusieurs projets structurants sont prévus pour s'achever dans les prochaines années et devraient transformer radicalement la mobilisation des ressources hydriques, permettant une gestion plus efficiente et durable, particulièrement pour le développement d'une agriculture durable mieux adaptée aux enjeux actuels.
Face aux effets des changements climatiques qui devraient se manifester par des sécheresses prolongées et des épisodes pluvieux intenses mais brefs, l'Agence du bassin hydraulique du Guir-Ziz-Rhéris (ABHGZR) et le ministère de l'Équipement et de l'Eau ont identifié la nécessité d'investir dans des infrastructures hydrauliques de grande capacité, une gestion rationnelle des ressources et l'exploitation des eaux non conventionnelles. Cette approche s’accorde avec le cadre du nexus Eau-Énergie-Agriculture, visant à optimiser les synergies entre ces secteurs clés.
Parmi les projets phares, le barrage Kheng Grou, actuellement en construction dans le bassin du Guir, représente un investissement majeur. Avec une capacité de retenue prévue de 1.070 millions de mètres cubes et un taux d'avancement dépassant déjà 49%, cet ouvrage devrait être livré en juillet 2026.
Parallèlement, le programme national pour l'approvisionnement en eau potable et d'irrigation 2020-2027 prévoit la construction de 16 petits barrages dans la région, pour un budget total de 640 millions de dirhams. Trois de ces ouvrages, Kheng Maïder, Amsaad et Aich Ait Aaza, situés dans la province de Tinghir, sont déjà en chantier, marquant ainsi le début d'une nouvelle ère pour l'optimisation de la gestion de l'eau dans le Sud-Est marocain.
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