Soupçons de faux diplômes à l'ENSA d'Oujda : les députés interpellent le ministre El Midaoui
Nouveaux soupçons de corruption universitaire. Cette fois-ci à l'École nationale des sciences appliquées (ENSA) d’Oujda. Les députés interpellent le ministre au sujet de cette nouvelle affaire, et de ce phénomène de manière générale. Ces scandales mettent en exergue un système universitaire défaillant face à la corruption.
Un nouveau scandale de faux diplômes est-il en train d’éclater au Maroc ? Après l’affaire retentissante d’Agadir, qui a révélé en début d’année l’existence de pratiques frauduleuses dans l’attribution d’un master universitaire, des soupçons émergent aujourd’hui autour de l’École nationale des sciences appliquées (ENSA) d’Oujda.
Si, pour le moment, aucune enquête officielle n’a été ouverte, le sujet s’annonce déjà explosif. Il sera abordé ce lundi 2 juin au Parlement. Plusieurs groupes parlementaires comptent questionner le ministre de l’Enseignement supérieur, Azzedine El Midaoui, sur le plan général. Mais Abdellah Bouanou (PJD) compte intervenir au sujet des révélations récentes sur l’ENSA d’Oujda.
Loin d’être des faits isolés, les scandales de faux diplômes mettent en lumière une corruption enracinée dans les pratiques universitaires. Faut-il que les autorités prennent des mesures fermes pour assurer la crédibilité du diplôme marocain ?
Les députés interpellent le ministre
Selon un communiqué du PJD, Abdellah Bouanou évoque, dans sa demande, les "révélations" relayées par certains médias. Elles portent sur des étudiants ayant poursuivi leurs études à Paris entre 2019 et 2024. Ceux-ci ont, selon ces suspicions, obtenu des diplômes d’ingénieur de l’ENSA d’Oujda sans jamais avoir suivi de formation ni passé d’examen au sein de l’établissement. Toujours selon plusieurs médias, l'association des étudiants de cette école a formellement démenti ces accusations. Contactée par nos soins, elle n’a pas donné suite à nos sollicitations.
(Mise à jour : Consulté par Médias24, le communiqué de l’Association des étudiants d’Ensa Oujda, datant du 26 mai 2025, indique qu’il existe de “nombreux partenariats officiels liant l’ENSA de Oujda à un ensemble d’universités et d’instituts supérieurs français”. Et que “le programme pédagogique de l’ENSA Oujda est rigoureux”. Il se base “sur des critères académiques stricts, tant à l’échelle nationale qu’internationale”. L’Association souligne que ce ce communiqué vise à “informer l’opinion publique et les parents des étudiants sur la validité des partenariats internationaux en place”).
Qu’elle soit fondée ou non, cette affaire soulève des questions plus larges. Sommes-nous face à une prolifération de la corruption dans l’enseignement supérieur, notamment dans la délivrance des diplômes ? Ou s’agit-il d’une mise en lumière de la faiblesse du processus de création et de gestion des masters universitaires au Maroc ?
L’affaire d’Agadir, pourtant connue sur les réseaux sociaux depuis 2018, n’a éclaté sur le plan judiciaire, qu’en 2025. Elle avait même indirectement atterri devant la justice à l’époque, en 2018. D’autres cas, nombreux, n’ont jamais été éventés.
Elle fait aujourd’hui l’objet d’une enquête officielle et les suspects ont été placés en détention préventive. Mais depuis qu’elle a éclaté, cette affaire pose de nombreuses interrogations plus larges.
Certaines seront adressées au ministre de l’Enseignement supérieur, Azzedine El Midaoui, ce lundi 2 juin. Les députés de l’Istiqlal s’inquiètent des manipulations dans le système de délivrance des diplômes. Le PAM évoque les abus affectant l’encadrement scientifique. Les députés non affiliés dénoncent la prolifération de la corruption et ses répercussions sur la recherche scientifique. Le RNI, enfin, réclame des mesures concrètes pour préserver la valeur des diplômes marocains.
Un système à réformer
Derrière ces interpellations, c’est tout un système qui est mis en cause. Le professeur Abdelkbir Sossi Alaoui, spécialiste du droit pénal, dénonçait dès 2020 les failles structurelles du processus de création des masters universitaires au Maroc.
Selon lui, le processus de création d’un master au Maroc passe par cinq étapes.
- Élaboration du dossier descriptif par un professeur porteur du projet. Ce professeur doit répondre à certains critères académiques. Il définit les conditions d’accès (ex. : nombre de mentions exigées), les modules et matières du master, et constitue l’équipe pédagogique (souvent des collègues proches).
- Soumission au chef de filière pour approbation.
- Transmission au doyen de la faculté qui peut valider ou bloquer le projet, selon sa propre appréciation.
- Examen du dossier par le conseil de l’établissement. Il est composé de membres élus et désignés. Toutefois, la décision finale revient au doyen.
- Évaluation finale par le ministère de tutelle.
Mais ce système manque de transparence et d’équité. C’est ce qu’expliquait à Médias24 le professeur de droit en 2020. Selon lui, un master peut être proposé par un professeur, qui définit seul les conditions d’accès, les matières, et choisit l’équipe pédagogique souvent constituée de “professeurs amis”.
Le dossier est ensuite soumis à une chaîne de validation opaque : chef de filière, doyen, conseil d’établissement, puis ministère. Il estime qu’à chaque étape, les relations personnelles peuvent primer sur les critères académiques.
Plus de transparence !
Le professeur Sossi Alaoui regrette que les dossiers descriptifs ne soient pas publiés, obligeant les étudiants à se fier au bouche-à-oreille. Il critique également l’absence de cadre uniforme pour les concours d’accès. Entre écrit, oral, ou les deux, les choix varient d’un master à l’autre. Ce qui rajoute à la confusion.
Le professeur propose de publier systématiquement les dossiers, de supprimer les mentions comme critère d’admissibilité et de créer un concours national encadré et corrigé de manière centralisée, à l’image du baccalauréat.
Ces propositions, bien qu’elles datent de cinq ans, sont toujours d’actualité. C’est ce que montrent les scandales universitaires des trois dernières années.
Ce type de solutions vise à rétablir l’égalité des chances entre les candidats et à restaurer la crédibilité du système universitaire. Elles permettent également de limiter les dérives clientélistes dans l’accès aux formations.
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Ce qu’il faut retenir :
- Après l’affaire des faux diplômes à Agadir, des soupçons tombent sur l’ENSA d’Oujda.
- Pour l’heure, aucune enquête officielle n’a été annoncée. Mais le phénomène des faux diplômes existe.
- Il est même alimenté par un processus de création et de gestion des masters qui manque de transparence et d’équité.
- Les députés de différentes appartenances politiques interpellent le ministre de l’Enseignement supérieur, ce lundi 2 juin.
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