Le Roi Mohammed VI: Le Maroc plaide pour une relecture stratégique du rôle maritime africain
La princesse Lalla Hasnaa, représentante du Roi Mohammed VI, et le président français, Emmanuel Macron ont coprésidé, lundi au palais des Rois sardes à Nice, le sommet L’Afrique pour l’Océan.
Plusieurs chefs d’État et de gouvernement, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, ainsi que des représentants de haut niveau d’organismes internationaux ont pris part à ce sommet.
Le sommet L’Afrique pour l’Océan, organisé dans le cadre de la 3e conférence des Nations Unies sur l’Océan 2025, se veut l’occasion d’un échange sur les opportunités de développement de l’Afrique grâce aux ressources océaniques, tout en veillant à une gouvernance responsable des espaces marins.
Il porte, entre autres, sur la recherche de financements pour la mise en place d’infrastructures modernes et résilientes, la gouvernance de l’océan et la gestion des stocks halieutiques, ainsi que sur la connectivité entre pays maritimes et pays enclavés.
Le sommet devra aboutir à des partenariats stratégiques sur l’océan, avec des solutions adaptées aux enjeux régionaux.
Le texte du message royal au sommet
Voici le texte intégral du message royal, dont lecture a été donnée par la princesse Lalla Hasnaa.
"Je tiens à saluer l’engagement personnel du président de la République française, son Excellence Monsieur Emmanuel Macron, en faveur des océans. Cet engagement concorde parfaitement avec les temps présents où l’Afrique, forte de ses voix, de ses atouts et de sa vision, entend s’exprimer pleinement sur son destin maritime.
"Je remercie à cet égard mes frères africains et les hautes personnalités du continent pour leur participation à ce sommet inédit, dédié à notre littoral commun de plus de 30.000 kilomètres.
Le Roi: Les mers et océans africains sont riches mais vulnérables
"Si les mers et les océans africains sont riches, ils sont également vulnérables. Stratégiques, mais sous-optimisés. Prometteurs, mais encore peu protégés. Ce paradoxe nous oblige à passer d’une logique de potentialité à une logique d’appropriation.
"L’environnement est un pilier majeur de la gouvernance océanique, mais il n’en est pas l’unique facette. L’océan, c’est notre souveraineté alimentaire, notre résilience climatique, notre sécurité énergétique et notre cohésion territoriale. Il renvoie à ce que nous sommes, à ce que nous consommons, à ce que nous exploitons et, par conséquent, à ce que nous léguerons.
À cet égard, le Maroc plaide pour une relecture stratégique du rôle maritime africain qui se situe autour de trois axes :
D'abord, une croissance bleue
"L’économie bleue n’est pas un luxe écologique : c’est une nécessité stratégique. Aquaculture durable, énergies renouvelables offshore, industries portuaires, biotechnologies marines, tourisme littoral responsable… Tous ces secteurs ont un avenir à condition qu’ils soient structurés, interconnectés, pensés en chaîne de valeur et dotés d’investissements conséquents et de normes adaptées.
"C’est tout le sens de la stratégie nationale, voulue et déployée par le Maroc, en tant que moteur de croissance, d’inclusion sociale et de développement humain.
"À ce titre, le Royaume a entrepris la réalisation de plusieurs projets structurants qui ont, en particulier, redessiné le paysage portuaire national, à l’instar du grand port à conteneurs de Tanger Med et des futurs ports de Nador West-Med et de Dakhla Atlantique, qui s’appuieront sur un imposant écosystème logistique et industriel.
Ensuite, une coopération sud-sud renforcée et une intégration régionale autour des espaces océaniques
"L’effort doit être collectif, car le défi n’est pas seulement national : il est continental. Il ne suffit pas d’avoir un océan en partage. Encore faut-il le penser ensemble, le gérer ensemble et le défendre ensemble. Seule une approche africaine coordonnée est à même d’optimiser les chaînes de valeur maritimes, de sécuriser les routes commerciales et de capter une part plus équitable de la richesse océanique mondiale.
"C’est ainsi que l’Afrique se doit d’être partie prenante dans la protection de la biodiversité marine, des ressources génétiques et des aires marines protégées. Il lui appartient de se doter de mécanismes de sécurité maritime adaptés à ses besoins et de parler désormais d’une seule voix sur la scène océanique mondiale.

Enfin, une effectivité maritime par les synergies atlantiques
"La dynamique géopolitique en Afrique ne peut subir l’inertie de la géographie, ni les pesanteurs du passé. La façade atlantique de l’Afrique était un axe particulièrement négligé, alors qu’elle représente un potentiel incommensurable de désenclavement, de transit et de projection pour le Continent.
"C’est dans cet esprit que nous avons lancé l’Initiative des États africains atlantiques, qui a vocation à faire de cette façade une zone de dialogue stratégique, de sécurité collective, de mobilité et d’intégration économique, dotée d’une gouvernance inédite collégiale, mobilisatrice et pragmatique.
"Notre vision d’une Afrique atlantique valorisant cet océan n’implique pas seulement les pays du littoral ; mais elle s’étend également aux pays frères du Sahel auxquels il incombe d’offrir un débouché maritime structurant et fiable.
"C’est dans ce même esprit de solidarité et de prospérité partagée que nous avons également initié le projet de gazoduc africain Atlantique en tant que corridor d’interconnexion énergétique et vecteur de nouvelles opportunités géoéconomiques en Afrique de l’Ouest.
"Excellences, Mesdames et Messieurs,
"L’océan est et restera un trait d’union et un horizon partagé qu’il nous appartient à tous de protéger et d’aménager en un espace de paix, de stabilité et développement. L’Afrique, qui n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle parle d’une seule voix, est au cœur de ce projet ambitieux et le Maroc, fort de ses 3.500 kilomètres de côtes et de 1,2 million de kilomètres carrés d’espaces maritimes, s’engage avec énergie et détermination à prendre sa part de l’œuvre collective".
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