En Afrique du Sud, le parti de Jacob Zuma brise un tabou et soutient le plan d'autonomie marocain
Dans un document politique qui marque une rupture avec la doctrine historique de Pretoria, le parti Umkhonto weSizwe (MK), nouvelle force majeure de la politique sud-africaine, appelle à un partenariat stratégique avec le Maroc et soutient explicitement sa souveraineté sur le Sahara.
C'est un pavé jeté dans la mare de la diplomatie africaine. Dans un document de 16 pages intitulé "Un partenariat stratégique pour l'unité africaine, l'émancipation économique et l'intégrité territoriale : le Maroc", le parti Umkhonto weSizwe (MK), créé par l'ancien président Jacob Zuma et devenu la troisième force politique du pays, expose une vision radicalement nouvelle des relations entre l'Afrique du Sud et le Royaume du Maroc.
Oubliée la solidarité historique avec le polisario qui n'a jamais eu de résultat concret ; place à une alliance pragmatique et idéologique avec Rabat.
Le document, articulé autour des principes de panafricanisme et de respect mutuel, pose les jalons d’un axe Pretoria-Rabat, présenté comme une alliance entre deux "puissances du continent". Le parti MK y voit une synergie économique évidente, soulignant que l'Afrique du Sud (plus grand investisseur sur le continent) et le Maroc (deuxième investisseur) pourraient "débloquer un énorme potentiel commercial", notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
L'intégrité territoriale comme nouvelle boussole
Pour expliquer sa nouvelle vision, le parti MK invoque une relecture de l'histoire et un parallélisme des luttes. Il rappelle que le Maroc fut "le premier pays à fournir un soutien financier et militaire à Umkhonto weSizwe en 1962", un argument historique fort destiné à légitimer cette nouvelle amitié.
Mais le cœur de l'argumentation réside dans la défense du principe de "l'intégrité territoriale", un concept que le document érige en dogme. Le parti MK établit un lien direct entre les efforts du Maroc pour "récupérer sa pleine intégrité territoriale" et la propre lutte de l'Afrique du Sud contre des "forces internes visant à briser" la sienne.
C'est sur cette base que le document aborde frontalement la question du Sahara marocain, brisant l'un des plus grands tabous de la politique étrangère post-apartheid. Le texte affirme sans ambages que "le Sahara occidental faisait partie du Maroc avant la colonisation espagnole" et que "la revendication marocaine est enracinée dans l'allégeance tribale au trône marocain".
Un soutien explicite au plan d'autonomie
Allant plus loin, le parti de Jacob Zuma qualifie la Marche verte de 1975 d'"acte de décolonisation pacifique et puissant" et décrit le plan d'autonomie marocain comme "la seule solution". Pour le MK, cette proposition est une "alternative réaliste" qui mettrait fin à l'instabilité, tout en respectant "les droits et les aspirations du peuple sahraoui, dans le cadre de l'intégrité territoriale du Maroc".
Cette position constitue une rupture totale avec la ligne de l'ANC, le parti au pouvoir, qui a toujours été l'un des plus fervents soutiens du polisario sur la scène internationale.
Une feuille de route pour l'avenir
Le parti Umkhonto weSizwe présente dans son document une feuille de route concrète pour renforcer cette nouvelle alliance. Il préconise l'établissement de dialogues bilatéraux à l'ONU et à l'Union africaine, le soutien à des coentreprises dans les infrastructures et l'énergie, la signature d'un accord de libre-échange et une coordination en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme.
Si ce document n'engage pour l'heure que le parti MK, son poids politique croissant en Afrique du Sud lui confère une portée considérable. Il témoigne d'une volonté de remettre en question les fondements idéologiques de la diplomatie sud-africaine au profit d'une approche perçue comme plus pragmatique et alignée sur des intérêts nationaux redéfinis.
Si cette vision venait à influencer ou à devenir la politique officielle de Pretoria, elle renforcerait l’isolement diplomatique du polisario et de son principal soutien, l’Algérie, et modifierait en profondeur les équilibres géopolitiques du continent.
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