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ECONOMIE

Surchauffe dans le BTP, Mohamed Mahboub répond

Mohamed Mahboub, président de la FNBTP, revient sur les principales problématiques en lien avec le rush que connaît le secteur.

Mohamed Mahboub président de la FNBTP
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Le 19 juin 2025 à 17h03 | Modifié 19 juin 2025 à 17h51

À l’approche des grandes échéances sportives et dans un contexte d’investissements massifs dans les infrastructures avec des délais serrés, le secteur du BTP profite d'un momentum propice.

Mais, revers de la médaille, cette effervescence s'accompagne d'une pression sur les profils et d'une saturation des capacités nationales.

Grands chantiers, pression sur les ressources, formation de la main-d’œuvre, inflation des coûts… Mohamed Mahboub, président de la Fédération nationale du BTP, livre à Médias24 son analyse de la situation actuelle et évoque les défis auxquels le secteur est confronté.

Il y a, en effet, une forte demande de main-d'œuvre. Au niveau de la fédération, on dit que la main-d’œuvre est disponible, mais elle n’est pas formée ni qualifiée. Il faut former parce qu’on a un taux de chômage élevé

Médias24 : Comment voyez-vous la situation actuelle du secteur du BTP ?

Mohamed Mahboub : Premièrement, il y a une commande publique très importante. De grands chantiers structurants y sont liés, notamment ceux de la Coupe du monde, la Coupe d’Afrique, ainsi que l’eau et l’énergie… Et d'une manière générale, la volonté publique d’améliorer les conditions de vie de la population.

Nous voyons ainsi des villes se métamorphoser pour améliorer le bien-être de leurs habitants. Au niveau des infrastructures, par exemple, rien que pour 2025, le ministère de l’Équipement et de l’eau prévoit un investissement de 70 milliards de dirhams. Celui des Transports prévoit 20 MMMDH.

Cela sans parler des entreprises publiques dont les budgets d’investissement sont de plus en plus conséquents. Sans oublier le ministère de l’Habitat ou d'autres départements.

- On a l’impression que ce sont essentiellement quelques grandes entreprises qui bénéficient de ces chantiers…

- Certains appels d’offres ont été adjugés et d’autres sont en cours. Ce sont des chantiers de très grande envergure qui visent essentiellement les grosses entreprises du secteur. Elles devront elles-mêmes sous-traiter à de petites et moyennes entreprises du fait du décret sur les marchés publics qui les oblige à sous-traiter au moins 30% à des PME.

Compte tenu des délais, des budgets, des objectifs des projets en lien avec des dates critiques, l’État n’a pas le droit à l’erreur. Il faut dé-risquer ces projets.

Et je peux vous dire que beaucoup de maîtres d’ouvrage importants sont satisfaits des entreprises nationales qui respectent les délais. Aujourd’hui, la plupart des chantiers prévus pour la CAN 2025 sont dans les délais. Les opérateurs travaillent jour et nuit. D’ailleurs, ce n’est plus une question de délai, c’est une question de projet national.

Ces entreprises ont acquis une expertise, comme on l’a vu dans les projets d’autoroutes, de barrages… L’autoroute de l’eau a été livrée avant le délai prévu, pour pouvoir éviter à Casablanca et à Rabat des coupures d'eau potable.

L’État doit aussi jouer le jeu en facilitant l’accès des entreprises aux dispositifs de perfectionnement du personnel du BTP

- Vous ne pensez pas qu’il y a une surchauffe du secteur en ce moment ?

- Vu le nombre de projets adressés au secteur, il y a effectivement une forte demande, que ce soit au niveau des entreprises ou au niveau de la main-d’œuvre ou du matériel et des équipements.

Concernant la demande en main-d’œuvre, parfois, on entend dire qu’il faut faire appel à de la main-d’œuvre étrangère.

Au niveau de la fédération, on privilégie plutôt la piste de la formation. La main-d’œuvre est disponible, mais elle n’est pas formée ni qualifiée. Il faut former parce qu’on a un taux de chômage élevé.

Il est contradictoire de parler de chômage et en même temps d'appeler à importer de la main-d’œuvre. Justement, les grandes entreprises arrivent à former.

Quand on a un chantier qui emploie 500 personnes, on peut facilement y intégrer 50 personnes non formées et les former sur le terrain. Ce qui serait plus difficile pour de petites entreprises.

L’État doit aussi jouer le jeu en facilitant l’accès des entreprises aux dispositifs de perfectionnement du personnel du BTP. Il est essentiel de supprimer les nombreux freins administratifs et financiers qui limitent encore l’accès des entreprises aux dispositifs de formation continue. De plus, il importe de garantir un remboursement systématique via les contrats spéciaux de formation (CSF). Cela encouragera les entreprises à investir dans le développement de leurs compétences et à faire face à la demande.

- La conséquence de cette pénurie de main-d’œuvre qualifiée est une inflation des salaires et aussi le dépouillement des PME de leurs compétences… Vous confirmez ?

- Il y a effectivement un problème de recherche de la main d’œuvre qualifiée. On se les arrache. Et certaines PME n’arrivent malheureusement pas à garder leurs ressources.

Il faut dire que nombre d’entre elles travaillent à moitié dans l’informel. Certaines ressources vont donc préférer rejoindre une grande entreprise, même si le salaire est le même ou légèrement inférieur, en raison d'une meilleure couverture sociale, comme la CNSS, la complémentaire et la retraite.

- On nous a rapporté une inflation de salaire, avec un doublement des rémunérations de certains métiers…

- Quand je dis le même salaire, c’est en net. C’est-à-dire qu’un ouvrier qui touche 150 DH/jour sans couverture sociale va théoriquement toucher plus en brut s’il est déclaré.

Avec la CNSS qui coûte pratiquement 20%, la retraite qui coûte 12%, quand on paie les congés et les complémentaires santé, tout cela fait que pour l’entreprise, ça revient beaucoup plus cher, alors que pour le salarié, c’est toujours plus ou moins la même rémunération, mais avec une meilleure sécurité sociale. C'est ce qui fait la différence et qui provoque parfois cette incompréhension.

Ce qu’il faut signaler ici, c’est la faiblesse du segment de location de matériels

- Quelle est l’incidence de ces surcoûts, aussi bien au niveau des ressources humaines que dans l'acquisition hâtive par les entreprises de nouveaux équipements, sur les modèles économiques des chantiers ?

- Les grandes entreprises qui sont structurées font bien sûr leurs prévisions. Elles s’y prennent à l’avance et sont en contact avec leurs fournisseurs.

Mais, si on attend la dernière minute, on risque de payer au prix fort, surtout si on importe du matériel à l’international. Quand il y a de la demande un peu partout, on est obligé de sortir des circuits standards et de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement.

- Mais est-ce que ça n’a pas d’impact sur les coûts des projets et sur la rentabilité des entreprises ?

- En général, les grandes entreprises ont leur matériel. Mais effectivement, on voit de plus en plus d’entreprises s’orienter vers la Chine pour importer des engins.

La Chine a une disponibilité immédiate et peut répondre aux demandes urgentes, avec des coûts et des délais soutenables. Ce qu’il faut signaler ici, c’est la faiblesse du segment de location de matériels.

Les sociétés de location n’ont pas été développées dans le pays, contrairement à l’Europe où c’est très courant comme pratique. Je suis obligé d’acheter une grue que je vais utiliser en gros deux mois pendant l’année, ce qui crée des surcoûts ; alors que, si le secteur de la location était plus développé, je ne serais pas dans cette obligation d’achat.

- Et vous ne pensez pas que le rush sur le secteur surenchérit les projets ? On a vu plusieurs appels d’offre dont les budgets ont été réévalués dernièrement…

- On avait tendance à avoir des estimations très basses. D’ailleurs, beaucoup d’entreprises ont fait faillite à cause de cela. Nous avions une politique du moins-disant avec des budgets très faibles, ce qui a complètement laminé les marges des entreprises qui devaient soumissionner autour de l’estimation donnée.

En tant que fédération, nous avons contesté à plusieurs reprises auprès des ministères et des maîtres d’ouvrage pour qu’ils fassent attention à ce point. D’autant plus que ça encourage les entreprises étrangères qui sont subventionnées par leur État, et qui donc ne regardent pas la rentabilité.

- Y a-t-il eu des réajustements de budget ?

- Effectivement, l’État a joué le jeu. Les budgets se sont un peu améliorés, ce qui permet aux entreprises de mieux s’équiper, de démultiplier leurs shifts, d’embaucher, de payer les heures supplémentaires… Cela a permis une meilleure estimation des coûts réels des chantiers, surtout au vu des délais serrés.

Ce réajustement est bénéfique pour tout le monde. Que ce soit pour l’État qui reçoit ses projets dans les délais impartis ou encore les entreprises qui s’y retrouvent financièrement.

- Concernant les délais de paiement, a-t-on constaté des retards ?

- Entre privés, la loi oblige un paiement dans un délai maximum de 120 jours. Je pense que globalement cette obligation est respectée. C’est au niveau des délais de paiement de l’État qu’il n’y a pas de réglementation.

Mais, au niveau de la fédération, nous n’avons pas eu d’échos de retards significatifs de paiement de la part de l’État. Les financements sont débloqués. Les entreprises sont payées, ce qui permet un bon avancement des chantiers.

- On nous signale toutefois que certains sous-traitants ne sont pas payés à temps…

- En général, ce qu’on sait au niveau de la fédération, c’est que le délai de paiement sous 120 jours maximum est respecté. Mais, ce que nous demandons, c’est la réglementation de la sous-traitance.

Il faut clarifier les droits et obligations de chaque partie prenante. C’est-à-dire que l’entreprise générale doit payer le sous-traitant et satisfaire ses besoins sur les chantiers, et que, de l’autre côté, il faut préciser les obligations des sous-traitants.

Parfois, des sous-traitants laissent tomber des chantiers sans finir leur mission, ce qui met l’entreprise générale en difficulté. Dans d’autres cas, c’est l’entreprise générale qui ne paie pas le sous-traitant ou ne lui garantit pas les conditions de facilitation du travail.

C’est pour cela que nous demandons que cette fonction de sous-traitance soit réglementée, comme est réglementée l’obligation de sous-traiter 30% minimum des marchés publics à des PME.

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