Conférence de presse de Jouahri : l’essentiel à retenir
VERBATIM. Directives européennes, ciblage de l’inflation, secteur automobile, taux débiteurs… Abdellatif Jouahri livre ses analyses sans détour à l’issue du Conseil trimestriel de Bank Al-Maghrib tenu ce mardi 24 juin 2025.
Bank Al-Maghrib a tenu ce mardi 24 juin 2025 sa deuxième réunion trimestrielle de l’année. Comme anticipé par Médias24, le Conseil a opté pour le statu quo, maintenant le taux directeur à 2,25%.
À l’issue de la réunion, le gouverneur Abdelatif Jouahri s’est prêté à l’exercice traditionnel de la conférence de presse. Tour à tour interrogé sur l’inflation, les finances publiques, la liquidité bancaire ou encore les mouvements monétaires internationaux, Jouahri a livré son analyse, balayant l’ensemble des signaux conjoncturels du moment.
Voici l'essentiel à retenir :
Directive européenne et activité des banques marocaines
Entrée en vigueur cette année, la nouvelle réglementation européenne impose une multitude de règles et de mesures restrictives qui contraignent l’activité des banques marocaines opérant en Europe.
Selon Abdelatif Jouahri, cela a toujours été une préoccupation pour Bank Al-Maghrib. Cependant, après la mise en place d’une task force réunissant les parties prenantes, les choses semblent évoluer vers un consensus favorable aux banques marocaines.
"Nous avons pris contact avec le Trésor français, qui a bien compris le problème. Nous avons répondu à plusieurs demandes d’informations complémentaires qu’il nous a adressées. Nous avons expliqué au Trésor l’importance de cette activité pour les banques marocaines, pour les Marocains résidant à l’étranger, pour la balance des paiements, et plus largement pour le Maroc", souligne Jouahri.Nous avons ainsi ressenti un réel assouplissement et les perspectives pour 2026 s’avèrent optimistes"Nous avons ainsi ressenti un réel assouplissement de la position du Trésor. Une réunion se tiendra en juillet afin de finaliser l’accord avec le Trésor français, en vue de sa validation par la Commission européenne. Ce processus nous permettrait ensuite d’entrer en contact avec les différents gouvernements des pays européens concernés par cette directive pour ramener les choses à leur antériorité, pour que nos banques puissent continuer leurs activités de relais pour le bien de nos MRE et de notre balance des paiements", explique-t-il.
Tamwilcom : vers un encadrement macroprudentiel adapté
S’agissant de Tamwilcom et de la position de Bank Al-Maghrib sur la régulation macroprudentielle, Abdellatif Jouahri souligne que ce volet fait actuellement l’objet d’une étude approfondie, afin de définir clairement le cadre approprié et de concevoir des règles macroprudentielles adaptées à l’activité de Tamwilcom.
"Sur le plan macroprudentiel, nous sommes sur le point de finaliser, avec Tamwilcom, la trajectoire et le calcul des règles macroprudentielles la concernant. Elle a des choses qu’elle fait pour le compte de l’État, et d’autres qu’elle fait ailleurs, tout cela mérite une analyse approfondie, de façon à lui appliquer un système qui lui soit spécifique. Ce n’est pas la première fois qu’on fait un tel exercice : nous l’avons fait avec la CDG, et cela a pris trois à quatre ans pour pouvoir définir les règles prudentielles s’appliquant à la CDG. Ainsi, c’est un peu la même procédure pour analyser de façon spécifique les activités et le portefeuille de Tamwilcom, et bien savoir comment appliquer et adapter les règles de Bâle afin d’en tirer une règle qui soit spécifique à Tamwilcom, ce qui ne sera pas forcément la même que celle que nous appliquons au secteur bancaire", précise le gouverneur de Bank Al-Maghrib.
Automobile : des perspectives encourageantes en 2026
Le secteur automobile traverse des turbulences, et le débat fait rage : s’agit-il d’un choc conjoncturel ou de fragilités structurelles ? Pour Abdellatif Jouahri, malgré les difficultés actuelles, les perspectives restent positives. Il estime que l’année 2026 marquera un retour à la hausse des exportations.
"D’après ce que nous discutons avec Renault et Stellantis, nous n’avons pas de souci majeur. Nous les suivons de près, et ils font partie de l’échantillon que nous traitons dans le cadre de la note de conjoncture que nous publions à Bank Al-Maghrib. Nous connaissons le TUC (taux d’utilisation des capacités) des deux entités, et il est parmi les plus élevés du secteur industriel : ils sont à 97–98 % d’utilisation de leurs capacités productives", indique-t-il.
Par ailleurs, Jouahri reconnaît la crise en Europe comme un élément perturbateur. "Il y a une crise en Europe, notamment en raison de l’importation des voitures électriques chinoises… J’espère que, pour nous, ils ont pris les tournants nécessaires en ce qui concerne l’électrique et l’hybride. C’est pour cela que nous avons prévu une stagnation des exportations automobiles en 2025. Il ne faut pas oublier que c’est une industrie tributaire des nouveaux modèles qui sortent, du management, de la concurrence, du rapport qualité-prix… tout cela joue. Donc, nous avons prévu, en relation avec les modèles à sortir en 2025, qu’en 2026, les exportations vont reprendre la tendance à la hausse", poursuit le Wali de la Banque centrale.
Bank Al-Maghrib suit de près la volatilité mondiale
Face aux incertitudes géopolitiques, notamment le conflit Iran-Israël, Jouahri a rappelé que ces risques avaient été pris en compte dans les prévisions de Bank Al-Maghrib, justifiant le maintien du statu quo. Il a précisé que, malgré la tenue trimestrielle des conseils, les membres restent en contact permanent pour pouvoir réagir à tout moment.
"Le conflit entre Israël et l’Iran, qui dure depuis près de deux semaines, illustre parfaitement le climat d’incertitude. Dès le matin, on voit défiler une succession d’annonces, de démentis, de changements de version… et un flot de fausses informations. Ce matin, je me suis levé tôt : j’ai entendu dire qu’un cessez-le-feu avait été conclu. Mais en arrivant ici, vers 10h, j’ai lu dans "Le Monde" qu’Israël avait lancé de nouvelles attaques contre l’Iran. Cela montre à quel point l’environnement est instable, et pourquoi il est essentiel de disposer de données fiables et actualisées pour comprendre la situation et prendre des décisions éclairées. À Bank Al-Maghrib, nous tenons nos conseils chaque trimestre, mais nous organisons aussi des réunions mensuelles internes, et nous restons en contact permanent entre membres du Conseil, même en dehors des sessions formelles. Cela signifie que nous sommes capables de réagir à tout moment, si la situation l’exige", explique Jouahri.
"Prenons un autre exemple : les droits de douane imposés par l’administration Trump. En tant que Maroc, nous sommes liés aux États-Unis par un accord de libre-échange. Pourtant, lorsque ces hausses tarifaires ont été décidées, le Maroc a été classé parmi les pays soumis à une taxe de 10%. Aujourd’hui, les États-Unis mènent des négociations bilatérales avec plusieurs pays, et lorsque notre tour viendra, les conditions pourraient évoluer. Cela montre bien la volatilité de l’environnement économique international. C’est pourquoi nous analysons les données en continu, nous échangeons en permanence, et si une décision devait être prise en dehors du calendrier habituel, nous n’hésiterions pas à le faire", poursuit-il.
Bank Al-Maghrib renforce sa défense face aux cyber risques
Concernant les cyberattaques dont certaines administrations marocaines ont récemment été victimes, Jouahri alerte sur les risques croissants dans ce domaine et détaille les dispositifs mis en place pour renforcer la résilience du système bancaire.
"L’avenir est porteur de grands risques dans ce domaine. Il ne faut pas se leurrer. Les données bancaires sont encore plus sensibles… Nous avons une directive en vigueur. Nous avons renforcé davantage les systèmes de protection contre les cyberattaques. Nous avons constitué un CERT national où se retrouvent les membres de l’écosystème pour échanger chaque mois sur la nature des attaques, leur étendue, les auteurs…Et puis, nous-mêmes, nous sommes une interface avec la défense nationale qui, elle, est responsable de superviser tous les systèmes informatiques sensibles, à l’image du système bancaire. Chaque fois, on échange et on améliore", conclut-il.
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