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ECONOMIE

Adil Jalali : “Certains équipements produits au Maroc ont atteint le statut de mono-source pour l’aéronautique mondiale”

ENTRETIEN. Portée par une croissance soutenue, une spécialisation accrue et des efforts en matière de formation, l’industrie aéronautique marocaine poursuit son développement. Les derniers chiffres des exportations témoignent d’une dynamique soutenue, appuyée par une stratégie de structuration industrielle clairement définie.

Vue en coupe d’un turboréacteur exposé lors d’un salon aéronautique
Vue en coupe d’un turboréacteur exposé lors d’un salon aéronautique
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Le 30 juin 2025 à 17h53 | Modifié 30 juin 2025 à 18h54

Le bulletin des échanges extérieurs de fin mai 2025, émanant de l’Office des changes, laisse apparaître que les exportations du secteur de l’aéronautique poursuivent une croissance soutenue, enregistrant ainsi 11,8 MMDH d’exportations sur les cinq premiers mois de l’année, soit une croissance de 10,5% par rapport à la même période en 2024.

Cette performance trouve ses racines dans la croissance réalisée par les segments "Assemblage" (10,3%) et "EWIS" (11,3%).

Ainsi, il apparaît clairement qu’en termes d’exportations, sur les cinq premiers mois de 2025, l’aéronautique connaît un élan significatif et contribue positivement à la balance commerciale, à un moment où plusieurs secteurs clés affichent des replis et peinent à démarrer l’année, à l’image du "textile et du cuir", de l’"électronique et électricité" ou encore de "l’automobile".

Médias24 a pris contact avec Adil Jalali, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS).

Une croissance affirmée malgré un contexte mondial incertain

Le secteur a enregistré une progression notable des exportations au premier quadrimestre 2025. Pour le président du GIMAS, cette performance n’est pas un simple effet de rattrapage post-crise, mais l’expression d’une tendance de fond. Il insiste sur la consolidation progressive d’un écosystème compétitif bâti sur deux décennies d’efforts stratégiques.

"Cette croissance soutenue de 10,3% sur les cinq premiers mois de l’année s’inscrit pleinement dans la trajectoire de développement structurel de notre industrie. Loin d’être un simple rebond conjoncturel, elle reflète la maturation progressive d’un écosystème industriel qui a su, au fil des deux dernières décennies, bâtir des avantages compétitifs durables", explique Adil Jalali.

Selon lui, cette dynamique s’inscrit dans la continuité d’une croissance remarquable, dont les performances passées confirment la résilience du secteur face à de multiples crises.

"Le secteur affiche en effet une croissance moyenne annuelle de 17%, avec des performances remarquables comme les 21% atteints en 2021, démontrant ainsi sa robustesse et sa capacité à générer une valeur ajoutée croissante. La pandémie de Covid-19, les conséquences de la guerre en Ukraine sur les marchés énergétiques, et les perturbations majeures dans les chaînes d’approvisionnement en matières et composants stratégiques ont constitué autant de défis que nous avons su transformer en opportunités", précise notre interlocuteur.

"Ces turbulences ont en effet mis en lumière la qualité de notre main-d’œuvre, sa disponibilité, et notre capacité à maintenir des coûts énergétiques compétitifs grâce à des investissements visionnaires dans les énergies renouvelables".

L’assemblage, levier de montée en gamme et d’intégration stratégique

Au-delà de l’accroissement des volumes, le Maroc s’impose désormais comme un acteur intégré de la chaîne mondiale de valeur. L’essor de la filière d’assemblage s’accompagne d’un repositionnement qualitatif profond, comme le souligne Adil Jalali.

"L’évolution de notre secteur d’assemblage, avec une croissance de 15,3% représentant plus de 65% de la valeur totale exportée, va bien au-delà d’une simple augmentation quantitative. Elle matérialise une transformation qualitative profonde de notre positionnement dans la chaîne de valeur mondiale".De la sous-traitance à l’intégration dans les processus critiques de fabricationPour Adil Jalali, cette transformation repose sur un changement de paradigme. "Nous sommes progressivement passés d’une logique de sous-traitance à une intégration complète dans les processus industriels stratégiques, assumant désormais des responsabilités clés dans la production aéronautique globale".

Le Maroc devient également un fournisseur stratégique dans certains segments sensibles, ce qui reflète la confiance des donneurs d’ordre mondiaux.

"Certains équipements produits au Maroc ont atteint le statut de mono-source pour des équipementiers mondiaux, ce qui signifie que nous sommes les seuls fournisseurs au monde pour ces pièces critiques. Aujourd’hui, il est établi que chaque avion commercial en service dans le monde intègre des éléments fabriqués au Maroc, témoignage sans équivoque de notre intégration dans l’industrie aéronautique mondiale", précise notre interlocuteur.

Cette attractivité renforcée se traduit aussi par l’arrivée d’investissements étrangers dans l’écosystème. "Par ailleurs, l’année écoulée a vu l’arrivée de nouveaux investisseurs de premier plan en provenance d’Allemagne, de Suède et d'Amérique du Nord, attirés par la qualité de notre écosystème industriel".

Le capital humain, moteur stratégique de la compétitivité de l’aéronautique

La compétitivité du secteur repose autant sur l’ingénierie que sur les compétences humaines. Adil Jalali insiste sur le rôle décisif du capital humain dans la croissance du secteur, soutenu par un effort structuré de formation.

"Notre écosystème aéronautique repose aujourd’hui sur une base solide de plus de 20.000 collaborateurs hautement qualifiés, avec la particularité remarquable que 40% de ces effectifs sont des femmes, un taux exceptionnel dans ce secteur traditionnellement masculin".L’IMA forme chaque année près de 1.000 jeunes selon les standards internationaux"Cette performance est le fruit d’une politique volontariste et d’investissements soutenus dans la formation, notamment à travers l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA).  Créé en 2011 dans le cadre d’un partenariat public-privé, l’IMA forme chaque année près de 1.000 jeunes aux standards internationaux les plus exigeants, assurant ainsi un flux constant de compétences adaptées aux besoins du secteur", explique le président du GIMAS.

"Face à la croissance soutenue de la demande, en particulier dans le domaine de la maintenance aéronautique (MRO), nous avons initié un programme ambitieux en partenariat avec l’OFPPT à travers l’ISMALA, un centre de formation spécialisé dédié à la maintenance et réparation d’aéronefs et de moteurs. Notre objectif est de faire de cet outil un pôle d’excellence régional, en le modernisant et en adaptant ses programmes pour répondre aux besoins croissants et de plus en plus sophistiqués de l’écosystème MRO (Maintenance, Repair and Overhaul)".

Selon Adil Jalali, le Maroc devra conjuguer veille technologique et adaptation des compétences afin de garantir sa place sur l’échiquier industriel mondial. Le capital humain, une fois encore, est perçu comme la clé de voûte de cette stratégie.

"Pour maintenir et renforcer notre compétitivité dans un environnement mondial toujours plus exigeant, nous devons relever plusieurs défis majeurs. Le premier, et sans doute le plus important, concerne notre capital humain. Nous devons constamment adapter les programmes de formation de l’IMA et de l’ISMALA non seulement aux besoins actuels, mais surtout anticiper les évolutions technologiques qui façonneront l’industrie aéronautique de demain. Cet investissement dans les compétences constitue notre principal avantage différenciant".

Spatial et défense : une nouvelle frontière pour l'industrie nationale

Dans cette logique d’élargissement stratégique, de nouveaux secteurs sont visés.

"Parallèlement, nous devons capitaliser sur notre dynamique de croissance pour accélérer notre montée en puissance industrielle, ce qui nous ouvre naturellement les portes de secteurs stratégiques comme le spatial et la défense. Ces filières, caractérisées par une complexité technique extrême et des exigences de souveraineté, représentent à la fois un défi et une opportunité pour démontrer que le Maroc n’est plus un simple centre de fabrication et d’assemblage, mais un véritable partenaire technologique de premier plan", souligne Adil Jalali.

"Notre stratégie repose donc sur une approche équilibrée : consolider nos acquis industriels tout en accélérant notre transformation technologique, diversifier intelligemment nos activités tout en renforçant notre capacité d’innovation. C’est cette voie exigeante mais prometteuse qui nous permettra non seulement de maintenir notre compétitivité actuelle, mais surtout de nous positionner comme des acteurs clés de l’industrie aéronautique mondiale de demain", conclut-il.

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Le 30 juin 2025 à 17h53

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