La crise de la conserve de sardines menace des milliers d’emplois (Unicop)
Leader mondial de la conserve de sardines, la filière marocaine traverse aujourd’hui une période critique. Ses fondations vacillent sous l’effet d’une série de chocs conjugués. Selon un spécialiste du secteur, la situation est alarmante.
Depuis quelque temps déjà, la filière de la conserve de sardines est confrontée à une série de dysfonctionnements persistants, auxquels aucune réponse durable n’a été apportée. Cette instabilité menace non seulement l’activité industrielle, mais aussi les milliers d’emplois directs et indirects qu’elle soutient.
Contacté par Médias24, Anas Lamhandaz, directeur général de l’Union nationale des industries de la conserve de poisson (Unicop), souligne que la filière joue un rôle clé dans l’économie nationale, tant par son poids dans les exportations agroalimentaires que par sa capacité à générer des emplois.
"Premier exportateur mondial de conserves de sardines, le Maroc dispose d’un savoir-faire reconnu, soutenu par un tissu industriel dense. Le secteur représente 11% des exportations agroalimentaires du Royaume, 33% des exportations de produits de la mer, et génère plus de 35.000 emplois directs et 120.000 indirects. Il constitue également un levier essentiel pour la sécurité alimentaire nationale. Mais depuis trois ans, cette filière traverse une crise structurelle inédite", explique-t-il.
Déséquilibres structurels, chute de l’activité et fragilité sociale
Pour Anas Lamhandaz, la croissance de la filière, longtemps soutenue par le Plan Halieutis, s’est accompagnée d’une montée en puissance industrielle qui, aujourd’hui, se heurte à une réalité bien plus contraignante.
"Soutenue dès 2009 par le Plan Halieutis, la filière a bénéficié de programmes structurants qui ont permis une montée en puissance de la capacité industrielle et une nette progression des exportations. Aujourd’hui, cette capacité installée des conserveries atteint près d’un million de tonnes de sardines par an, alors que les débarquements de sardines destinés à la conserve plafonnent autour de 250.000 tonnes, créant un déséquilibre structurel préoccupant", indique-t-il.
"Cette dynamique de développement, bien que salutaire à l’origine, se trouve désormais fragilisée par une érosion continue du prix moyen à la tonne, mettant sous pression les marges des opérateurs et soulignant la nécessité urgente de repenser la chaîne de valeur et d’explorer de nouveaux relais de compétitivité".En deux ans, l’activité des conserveries s’est contractée de 50%Il convient de souligner que l’effondrement des volumes de pêche a porté un coup direct à l’activité industrielle. Les conséquences sur les exportations et la compétitivité sont lourdes.
"En deux ans, les volumes de sardines débarqués au niveau des ports marocains ont été divisés par deux, avec comme conséquence directe une baisse de 50% de l’activité des conserveries. Cette pénurie, conjuguée à une flambée des coûts de production et une concurrence asiatique féroce, place les conserveries marocaines dans une impasse. Résultat : une baisse importante des exportations en 2024 et une perte de parts de marché estimée à 30% en Afrique, qui reste un marché stratégique du secteur", alerte notre source.
Les répercussions se font surtout sentir sur l’emploi, particulièrement dans les villes côtières où la conserverie joue un rôle socio-économique central.
"Cette dégradation du modèle économique de la conserve affecte directement l’emploi dans les villes côtières. Entre 2019 et 2025, les données disponibles indiquent une réduction estimée à 35%-50% du recours à l’emploi saisonnier", précise Anas Lamhandaz.
"La baisse d’activité et la diminution des heures travaillées sont devenues structurelles, fragilisant durablement la capacité des sites à absorber la main-d’œuvre locale. À terme, ce sont les équilibres socio-économiques de ces territoires, largement dépendants de l’activité halieutique, qui se trouvent profondément menacés".
L’Unicop appelle à repenser la gouvernance et à agir d’urgence
C'est pourquoi l’Unicop plaide pour une réforme de fond de la gouvernance sectorielle et appelle à des mesures fortes et urgentes.
"Face à l’ampleur des défis que traverse aujourd’hui le secteur des petits pélagiques, l’Unicop appelle à une mobilisation immédiate et coordonnée de l’ensemble des parties prenantes, afin d’éviter une crise sociale et économique majeure. Cette mobilisation doit s’inscrire dans une vision claire, articulée autour des trois axes fondamentaux que défend l’Unicop depuis sa création : la préservation de la ressource halieutique, l’approvisionnement régulier des marchés marocains en poisson frais de qualité, et la sauvegarde de l’emploi dans l’ensemble de la filière", souligne Anas Lamhandaz.Un appui financier concret de l’État est nécessaire pour préserver l’emploi et maintenir l’activitéDans le même sens, des mesures d’urgence sont proposées pour garantir l’approvisionnement des conserveries, protéger l’emploi et éviter une surcapacité industrielle.
"Dans cette optique, l’Unicop estime qu’il est indispensable de mettre en œuvre des mesures d’urgence garantissant un approvisionnement suffisant des unités de conserves en sardines, en leur assurant un plan de sauvegarde de la matière première lorsque les volumes deviennent insuffisants. En parallèle, un appui financier concret de l’État est nécessaire pour soutenir le maintien de l’activité industrielle et préserver les dizaines de milliers d’emplois directs et indirects que le secteur génère", indique notre interlocuteur.
Selon lui, une nouvelle gouvernance sectorielle s’impose pour gérer durablement la ressource et arbitrer entre les différents usages industriels du poisson.
"Une gouvernance sectorielle renforcée doit également être mise en place. Elle devra être capable de piloter les arbitrages stratégiques, de réguler l’allocation des ressources disponibles et de préserver l’équilibre entre les différentes filières (frais, conserve, congelé et farine) dans une logique de durabilité écologique, de sécurité alimentaire nationale et de stabilité industrielle", explique-t-il.
Par ailleurs, "l’Unicop réaffirme son soutien de long terme aux principes de gestion durable portés par l’Institut national de recherche halieutique et le ministère de la Pêche. Dans la continuité de ces orientations, elle estime aujourd’hui que la gravité inédite de la situation impose d’aller plus loin, en adoptant des mesures structurelles supplémentaires, adaptées au niveau actuel de tension sur la ressource halieutique", souligne Anas Lamhandaz.
Dans cette perspective, l’Unicop formule un ensemble de propositions immédiatement activables.
1- Un encadrement rigoureux de l’usage des petits pélagiques usinables, avec notamment :
- l’interdiction d’exporter du petit pélagique usinable ;
- l’interdiction d’utiliser le poisson entier pour la fabrication de farine de poisson ;
- la limitation stricte des exportations de poisson congelé.
2- La mise en place de mécanismes garantissant un approvisionnement suffisant de l’industrie de la conserve marocaine, après desserte du marché de bouche, naturellement prioritaire.
3- L’instauration d’un moratoire sur l’ouverture de nouvelles unités industrielles, afin d’éviter une surcapacité structurelle dans un contexte de raréfaction de la ressource.
"Face à une crise devenue structurelle, l’Unicop réaffirme son engagement en faveur d’une gestion responsable et durable du secteur. Elle soutient les efforts déployés pour préserver les ressources halieutiques, tout en appelant à un encadrement plus rigoureux de la filière afin d’en garantir la pérennité", précise Anas Lamhandaz.
"Dans ce contexte, l’Unicop se positionne comme un acteur de référence, prêt à contribuer activement à la mise en place de solutions concrètes pour préserver l’emploi, maintenir la valeur ajoutée industrielle au Maroc, et sécuriser l’avenir de dizaines de milliers de familles dans les territoires littoraux. L’Unicop appelle à l’ouverture rapide d’un dialogue stratégique avec les pouvoirs publics et l’ensemble des parties prenantes, afin de construire une feuille de route claire, cohérente et partagée pour la relance de la conserve de poisson marocaine", conclut-il.
À découvrir
à lire aussi
Article : Échanges extérieurs : hausse des importations des biens d’équipement de 10,2 MMDH à fin mars 2026 par rapport à 2025
À fin mars 2026, les échanges extérieurs du Maroc ont été marqués par une hausse des importations de biens d’équipement de 10,2 milliards de DH par rapport à fin mars 2025, tandis que les exportations du secteur automobile ont progressé de 12,1%. Détails.
Article : IDE : les recettes reculent de 13,1% par rapport à fin mars 2025
DATA. À fin mars 2026, les recettes IDE se sont établies à 12,12 MMDH, en baisse de 13,1% par rapport à fin mars 2025.
Article : Mondial 2026 : Youssef Amrani visite les stades où jouera le Maroc
L’ambassadeur du Maroc aux États-Unis, Youssef Amrani, a effectué une tournée diplomatique en Géorgie et dans le Massachusetts. Entre préparatifs de la Coupe du monde de football 2026 et renforcement des alliances économiques, cette visite marque une nouvelle étape dans la "diplomatie de proximité" entre Rabat et les grandes métropoles américaines.
Article : Sahara marocain : l’Allemagne réaffirme son soutien à l’initiative d’autonomie et la juge “sérieuse et crédible”
À l’issue du dialogue stratégique Maroc-Allemagne tenu à Rabat, Berlin a réaffirmé son soutien à l’Initiative marocaine d’autonomie, jugée "sérieuse et crédible" pour le règlement du dossier du Sahara, estimant qu’une "véritable autonomie sous souveraineté marocaine" constitue l’option la plus réaliste, tout en annonçant son engagement à agir en cohérence sur les plans diplomatique et économique.
Article : Hydrogène vert : l'écart entre ambition et exécution des projets en débat à Fès
À l'Université Euromed de Fès, le cluster marocain de l'hydrogène vert (Green H2) a réuni experts, industriels et académiques autour des enjeux et défis de la filière, avec un focus sur ses deux produits stratégiques que sont le méthanol et l'ammoniac verts.
Article : Recettes voyages : hausse de 23,5% à fin mars 2026
Les recettes voyages ont atteint 31 MMDH à fin mars 2026, en hausse de 23,5% sur un an, selon les données provisoires de l’Office des changes.