Dépréciation de 11% du dollar face au dirham : un effet positif espéré sur le coût des importations et l’inflation
Le dollar poursuit sa dépréciation, dépassant 10% face au dirham au cours des six premiers mois de 2025. En revanche, sur la même période, le dirham s’est déprécié d’environ 1% face à l’euro. Compte tenu de la répartition des importations selon la devise de paiement, cette évolution s’avère favorable à la fois pour le coût des importations et pour la maîtrise de l’inflation.
Alimentée principalement par les tensions commerciales sous l’administration Trump la valeur du dollar signe une mauvaise performance lors du premier trimestre 2025.
Selon le journal américain The New York Times, une dépréciation aussi marquée du dollar en début d’année n’avait pas été observée depuis 1973, année où les États-Unis ont opéré un tournant majeur en mettant un terme à la convertibilité du dollar en or, marquant ainsi la fin du système de Bretton Woods.
La baisse du dollar s’explique par une combinaison de facteurs : les propositions commerciales de l’administration Trump, les inquiétudes liées à l’inflation, ainsi que l’augmentation de la dette publique américaine.
Le dollar se déprécie fortement face au dirham
Face au dirham marocain, le dollar est récemment tombé en dessous du seuil des 9 dirhams, s'établissant à 8,98 dirhams au moment de la rédaction de cet article, soit son taux de change le plus bas contre le dirham depuis octobre 2021. Depuis le début de l’année, le dollar s'est déprécié de plus de 11% face au dirham
Le taux de change dollar-dirham est passé de 10,13 le 1ᵉʳ janvier 2025 à 8,97 le 2 juillet 2025, date de rédaction de cet article, soit une dépréciation de 11,5%.
Cette dépréciation intervient dans un contexte où environ 50% des importations marocaines sont libellées en dollars, ce qui pourrait entraîner une baisse significative de la facture d’importation, notamment pour les produits énergétiques.
Cette réduction potentielle serait renforcée par la conjonction d’une chute des prix du baril de pétrole, deux facteurs susceptibles d’alléger le coût des importations énergétiques du pays.
Cependant, il convient de prendre en compte que le dirham s’est également déprécié par rapport à l'euro, le taux de change euro-dirham passant de 10,49 le 1ᵉʳ janvier 2025 à 10,56 le 2 juillet 2025, soit une dépréciation de moins de 1%.
Généralement, avec une appréciation d’environ 11% du dirham face au dollar et une dépréciation inférieure à 1% face à l’euro, et compte tenu du fait qu’environ 50% des importations sont libellées en dollars et les 50% restants en euros, cette configuration se traduit algébriquement par un effet globalement favorable pour la balance commerciale ainsi que pour l’inflation importée.
Impact positif sur le coût des importations et sur l’inflation
Dans ce contexte, Médias24 a pris contact avec un économiste spécialiste des politiques de change. Pour lui, la dépréciation du dollar par rapport au dirham constitue une opportunité favorable pour l’économie marocaine.
"La dépréciation du dollar par rapport au dirham, estimée à plus de 10%, constitue une évolution bénéfique pour l’économie marocaine. Cette dynamique s’inscrit dans les fluctuations habituelles des monnaies : lorsque le dollar se déprécie, il peut le faire simultanément par rapport au dirham et à l’euro, bien que ces mouvements ne soient pas systématiquement alignés. En conséquence, l’euro peut s’apprécier face au dirham, ce qui s’inscrit dans la logique des taux de change croisés", explique notre interlocuteur.
"Cette interaction des devises influe directement sur les importations marocaines libellées en dollars, qui représentent près de 50% du total des importations. Une baisse du dollar se traduit donc par une réduction significative de la facture d’importation, notamment sur les produits énergétiques, contribuant ainsi à modérer l’inflation locale".
Par ailleurs, selon notre spécialiste, le panier de devises utilisé pour gérer la politique de change du dirham est conçu pour compenser les variations brutales entre les principales devises.
"Une appréciation du dollar face au dirham s’accompagne souvent d’une dépréciation de l’euro, et inversement, ce qui contribue à stabiliser le pouvoir d’achat global. Actuellement, le Maroc bénéficie d’une appréciation d’environ 10% du dirham face au dollar, conjuguée à une dépréciation d’environ 1% face à l’euro, créant ainsi une marge favorable pour l’économie nationale", conclut-il.
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Il convient de souligner que la dépréciation/appréciation du taux de change ne se traduit pas toujours par une hausse/baisse immédiate et complète des prix à l’importation ou à l'exportation. Cela dépend notamment du degré de pass-through, c’est-à-dire de la part des variations du taux de change répercutée sur les prix finaux.
Ce phénomène est souvent partiel et retardé, en raison de rigidités nominales telles que les contrats à prix fixes, les marges commerciales et les coûts logistiques. Ainsi, l’impact sur l’inflation importée peut être modéré et différé dans le temps.
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