Sur le chemin d'Aït Bouguemez, après la marche… (1/4)
REPORTAGE. À la suite de la récente marche pacifique d’Aït Bouguemez, Médias24 s’est rendu sur place.
Quelques jours après la marche pacifique organisée par des habitants de la vallée d’Aït Bouguemez vers le siège de la province d’Azilal pour réclamer "des projets de développement", Médias24 s’est rendu sur place pour observer, écouter et constater.
De Béni Mellal à Tabant, en passant par Afourar, Aït M'Hamed, nous allons sillonner différentes zones et douars de la "vallée heureuse".
L’origine du mouvement, toujours imprécise
Notre périple a débuté le mercredi 16 juillet par une escale à Béni Mellal où nous avons rencontré des membres de la société civile, ainsi que des observateurs institutionnels ayant suivi le mouvement social qui a agité la région ces derniers jours.
Leur lecture : "Une forte suspicion de raisons politiques, politiciennes du mouvement social". Les arrière-plans politiques se sont manifestés par la présence du président PJD de la commune de Tabbant parmi les manifestants. Une mise en avant qui a donné à la marche un caractère politique et a déchaîné les passes d’armes entre Aziz Akhannouch et Abdelilah Benkirane.
Selon nos témoins locaux, Aït Bouguemez n’est pas historiquement une terre de contestation. La vallée est peuplée, vivante et relativement structurée. Elle n’est pas la plus pauvre de la province, mais ses habitants dénoncent un sentiment d’oubli, accentué par les lenteurs de certains projets : la connexion aux moyens de télécommunications, un médecin au seul centre de santé de la région, des routes, des terrains de proximité, entre autres. Ils veulent "leurs parts des projets de développement".
On nous rapporte qu’une partie de ces revendications est déjà en cours de réalisation, mais que les attentes des populations sont élevées.
L’ascension vers Aït Bouguemez
Vers 17 heures, nous poursuivons notre chemin en direction de la vallée heureuse. En quittant Béni Mellal, on peut apercevoir au loin la ville d’Afourar et, au deuxième plan, la province de Fqih Ben Salah, la plaine du Tadla et une partie de son oliveraie.
En bordure de montagne, un canal visible depuis la route permet d’alimenter la station de transfert d'énergie par pompage (STEP) d’Afourar. La chaleur est écrasante : 44 °C à flanc de montagne, 48 °C dans la plaine du Tadla. L’évaporation est forte, les cultures peinent.
À Bin El Ouidane, le niveau de l’eau est particulièrement bas.
Sur la provinciale entre Aït M'Hamed et Aït Bouguemez, la chaussée est encore correcte, malgré quelques nids-de-poule et des bas-côtés fatigués.
Sur les flancs du Haut Atlas, nous serpentons à travers des paysages grandioses.
De fait, la route s'est rétrécie dès la sortie d'Azilal sur la régionale vers Aït M'Hamed, puis davantage sur la provinciale entre Aït M'Hamed et Aït Bouguemez.
À l’approche d’Aït Bouguemez, on ressent déjà la fraîcheur de la montagne. On est à plus de 2.000 m d’altitude, le soir aidant, le mercure affiche 22 °C. On respire mieux.
On croise des jeunes jouant au football sur ce qui semble être un terrain improvisé. Les terrains de proximité figurent parmi les revendications de la population.
20 h 30 : entrée dans la vallée d’Aït Bouguemez
La vallée se resserre autour de l’oued, bordée de villages construits en pisé et en pierre. Les constructions deviennent denses, continues. Le réseau électrique est présent, tout comme l’éclairage public. L’agriculture se fait en terrasse.
De nombreux gîtes, maisons d’hôtes et écolodges témoignent du poids du tourisme de montagne dans l’économie locale. Nous croisons un groupe d’une quinzaine de jeunes touristes occidentaux qui viennent de descendre d’un minibus immatriculé à Marrakech.
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Le soir même, nous rencontrons plusieurs habitants et témoins du mouvement. Le récit sur place est moins porté sur les partis politiques et plus tourné vers les besoins de la localité.
On nous explique que personne ne connaît vraiment l’origine du mouvement… Certains estiment qu’il est né de manière spontanée. D'autres plaident le contraire… Spontané ou pas, il est certain qu’au fil des jours, la politique partisane s’est invitée dans la marche… et a fini par prendre le pas dans les médias. "Plusieurs tendances politiques étaient représentées, mais comme le président de commune était présent, ça a fait le buzz", témoigne un candidat malheureux d’un parti concurrent qui était parmi les organisateurs.
Pour nos interlocuteurs du jour, le mouvement semble, malgré tout, dépasser ces logiques partisanes. Ils rapportent que son encadrement a été assuré par des jeunes, familiers des formes d’action collective (anciens militants étudiants, ex-enseignants contractuels, anciens diplômés chômeurs…).
Le récit de sources locales
Nos sources sur place nous expliquent qu’environ 3.000 personnes ont pris part à cette mobilisation (1.200 selon les autorités), venues d'une trentaine de douars de la vallée. Seul un douar a refusé de participer, selon nos interlocuteurs. La marche s’est déroulée sur deux jours, 60 km, avec une halte de nuit à Aït M’Hamed, à la belle étoile.
À deux reprises, des tentatives des autorités ont été menées pour stopper l’avancée du cortège : d’abord à la sortie de la vallée, puis non loin d’Azilal. À chaque fois, les marcheurs ont refusé toute discussion, exigeant la présence du gouverneur.
Un rendez-vous a finalement été obtenu à la province d’Azilal. Une délégation a été reçue, une heure de discussion a eu lieu, et plusieurs engagements ont été pris.
Selon nos sources, un médecin est arrivé dans les quarante-huit heures. Maroc Telecom a dépêché ses équipes pour améliorer la connectivité et effectuer le remplacement de deux antennes relais sur les trois que compte la vallée. Une demande est en cours pour une quatrième tour, et un passage à la 4G+ est formulé par la population.
La coupure de réseau est assez fréquente. Nous en avons été témoins.
Des lacunes persistantes dans l’accès aux services de base
Sur le plan des infrastructures, plusieurs carences subsistent. Aucune agence bancaire dans la vallée. Seuls quelques points de transfert d’argent permettent aux habitants de recevoir des aides, et autres services de paiements en ligne. Nous assistons à une longue file de femmes attendant leurs virements publics "Daâm al aramil" (soutien aux veuves). Mais les lenteurs du réseau compliquent fortement les transferts et prolongent l’attente dans une chaleur de plus en plus perceptible.
Il n’existe pas non plus de station-service dans la vallée. La plus proche se trouve à Azilal. Un projet est annoncé, mais n’a pas encore démarré.
Enfin, la connectivité réseau reste aléatoire. Les habitants se plaignent de coupures fréquentes, d’un débit très faible et de l’impossibilité de suivre certaines démarches en ligne.
Ce que nous avons constaté sur place, ce sont des attentes fortes, mais aussi un territoire vivant et une population attachée à sa dignité.
La marche n’a pas été violente. Elle a été organisée, encadrée, maîtrisée. Elle a permis de faire remonter les frustrations et de poser des revendications simples et concrètes.
Dans les jours à venir, Médias24 poursuivra son reportage dans la vallée d’Aït Bouguemez.
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