À Essaouira, le conflit israélo-palestinien au centre des débats pour la paix
La deuxième édition du Forum mondial des femmes pour la paix a été l’occasion pour des femmes venues d’horizons variés de débattre, témoigner et échanger autour du conflit israélo-palestinien, placé au cœur des réflexions.
La ville d'Essaouira a accueilli, les 19 et 20 septembre, la deuxième édition du Forum mondial des femmes pour la paix. Pendant deux jours, la cité des Alizés a rassemblé militantes, sociologues, journalistes, artistes et réalisatrices venues d’horizons multiples, pour débattre, témoigner et construire ensemble une vision commune de la paix. Cette édition a placé au centre de ses réflexions le conflit israélo-palestinien et les vies qu’il bouleverse.
À l’initiative de cette rencontre, la réalisatrice et militante franco-marocaine Hanna Assouline. Fondatrice du mouvement Guerrières de la Paix en 2022, elle revendique un espace féministe international où se rencontrent des femmes aux identités et sensibilités multiples, souvent opposées, mais reliées par une même volonté d’agir.
"C’est un défi permanent", confie-t-elle à Médias24. "Nous sommes un groupe de femmes différentes, juives, musulmanes, athées ou croyantes, et parfois les débats sont vifs. Mais ce qui nous tient, c’est la reconnaissance mutuelle. Personne ne nie la souffrance de l’autre. C’est notre fondement. Tant que nous ne remettons pas en question l’identité et la mémoire de chacune, nous pouvons continuer, même dans la colère ou la douleur".
Pour Hanna Assouline, l’ancrage de ce mouvement repose sur deux piliers : la reconnaissance de l’autre et le pragmatisme. "Nous voulons que ça change, nous voulons que les violences cessent, que des vies soient épargnées. Ce désir d’action collective est plus fort que nos désaccords ponctuels".
Certains reprochent à ce type de mobilisation d’être élitiste, loin des réalités vécues. Une critique que la fondatrice balaie fermement : "Cela fait dix ans que nous travaillons sur le terrain avec des militants palestiniens et israéliens. Nous n’avons jamais voulu parler à leur place mais être une caisse de résonance pour leurs voix. Ceux qui nous accusent de déconnexion n’ont jamais assisté à une seule de nos actions".
Elle insiste : militer pour la paix ne signifie pas neutralité. "On nous reproche parfois de symétriser les souffrances. Mais depuis des années, nous dénonçons l’occupation, la colonisation illégale en Cisjordanie, l’apartheid. En même temps, nous refusons d’essentialiser les peuples. Se battre pour la Palestine n’implique pas de nier l’existence d’Israël. C’est une position qui dérange certains narratifs, mais c’est la nôtre".
La diplomatie culturelle et politique portée par les femmes
Le Forum mondial des femmes pour la paix a également mis en lumière la dimension culturelle et mémorielle d’un tel engagement. Pour Hanna Assouline, les femmes ne doivent pas être cantonnées à un rôle périphérique : "Nous ne sommes pas là seulement pour incarner l’émotion ou la douleur. Les femmes réunies à Essaouira sont capables de proposer des solutions concrètes. Nos voix comptent et doivent être intégrées dans les processus de paix".
Elle cite la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui démontre que lorsque les femmes sont impliquées dans les négociations de paix, les accords sont à la fois plus rapides à conclure et plus durables.
L’initiative bénéficie d’une reconnaissance mondiale : les Guerrières de la Paix sont nominées au Prix Nobel de la Paix 2025. Une nomination que Hanna Assouline considère avant tout comme une responsabilité. "Nous avons été honorées, mais ce prix doit d’abord revenir à ceux qui luttent chaque jour sur le terrain. Notre rôle est de relayer leurs voix. Cette reconnaissance est un moteur pour continuer à nous battre, sans jamais rien lâcher".
Un ancrage à Essaouira et une reconnaissance internationale
Le point d’orgue fut "l’Appel des femmes du monde pour la paix", moment solennel et émouvant. Sur scène, des voix issues de territoires meurtris, la Palestinienne Huda Abu Arqob, l’Israélienne Nava Hefetz, l’Afghane Fatemeh Jailani, l’Iranienne Aïda Tavakoli, ont rejoint d’autres figures comme la sociologue marocaine Soumaya Naamane Guessous ou l’écrivaine sénégalaise Ken Bugul. Toutes ont livré un message commun : "un cri de vie contre la guerre, pour la liberté, la dignité et la justice".
Cette édition ne s’arrête pas à deux jours d’échanges. Elle marque aussi la création d’un bureau permanent des Guerrières de la Paix à Essaouira, pensé comme un espace de dialogue et de rayonnement d’une solidarité féministe internationale.

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