Alors que les manifestations de GenZ212 mettent en avant l’exigence d’un meilleur accès à la santé, les chiffres montrent que le budget alloué au secteur a progressé de près de 65% entre 2021 et 2025. Pourtant, les dysfonctionnements persistent, révélant que le problème ne relève pas tant du financement que du manque de ressources humaines, de leur répartition, et de la corruption qui gangrène le système.
B.E.
Le 1 octobre 2025 à 19h43
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Modifié 6 octobre 2025 à
18h55
Les chiffres montrent que le budget de la santé est en hausse constante et qu’il évolue indépendamment des investissements ou des dépenses engagés dans d’autres secteurs.
Cependant, une question demeure légitime. Comment expliquer que les crédits du ministère de la Santé progressent année après année, alors que la perception des usagers reste globalement négative ? Autrement dit, si le problème n’est pas financier, où se situe réellement l’origine des blocages qui empêchent le Maroc d’offrir un service sanitaire de qualité ?L’argent peut bâtir des hôpitaux, mais il ne peut pas acheter le serment ni l’humanismeLe Maroc souffre d’un manque de personnel (médecins, infirmiers et personnel soignant), en particulier dans les zones rurales et périphériques. À cela s’ajoute un autre volet tout aussi déterminant pour la qualité des services de santé, celui de l’éthique professionnelle. On peut investir dans des bâtiments et du matériel, mais sans responsabilité ni dévouement, la chaîne du soin demeure incomplète.
Selon le rapport de coopération OMS-Maroc 2023-2027, en 2021, le pays ne compte que 17,5 agents de santé pour 10.000 habitants, dont 7,7 médecins et 9,9 paramédicaux. Ces chiffres sont nettement inférieurs au seuil recommandé par l’OMS de 23 professionnels pour 10.000 habitants, et restent très bas en comparaison avec des pays voisins comme la Tunisie (13,1 médecins et 24,1 paramédicaux) ou la Jordanie (27 médecins et 32,8 paramédicaux).
À ce déficit, s’ajoute une répartition profondément inégale du personnel entre les régions. Certaines zones comme Drâa-Tafilalet ou Béni Mellal-Khénifra ne disposent que de 3 à 4 médecins pour 10.000 habitants, contre plus du double dans des pôles urbains comme Casablanca-Settat.
Autrement dit, même si le budget de la santé continue d’augmenter, l’impact réel sur la qualité des soins reste limité tant que la formation, la rétention et la répartition des professionnels ne sont pas repensées.
La véritable question touche aux politiques publiques, mais aussi à la formation, à l’humanisme, à la responsabilité et au professionnalisme du personnel de santé... et à la lutte contre la corruption. Or tout cela ne se décrète pas dans une loi de finances.
Un budget encore en deçà des standards de l’OMS
Il convient de souligner un point essentiel dans ce débat. En pratique, une grande partie du budget de la santé est absorbée par les dépenses liées au personnel, qu’il s’agisse des salaires, des primes ou encore des frais de déplacement.
La marge restante, constituée des crédits de fonctionnement dédiés au matériel et aux dépenses diverses, ainsi que des crédits d’investissement, est celle qui a un impact direct sur la qualité des soins. Ce sont ces enveloppes qui conditionnent la disponibilité des médicaments et des vaccins, l’acquisition d’outils de diagnostic, l’entretien et l’équipement des locaux, ou encore l’accès à des ressources matérielles capables de se traduire en services concrets pour les citoyens.
À titre d’exemple, en 2025, le crédit de fonctionnement alloué au personnel s’élève à 15,8 MMDH. Il couvre essentiellement les salaires, les primes ainsi que les frais de déplacement et autres charges liées aux ressources humaines.

Le matériel et les dépenses diverses représentent 7,8 MMDH, couvrant l’achat de médicaments, d’équipements médicaux, de consommables ainsi que l’entretien et le fonctionnement quotidien des structures de santé. Le budget d’investissement, fixé à 9 MMDH, est destiné à la construction et à la modernisation des hôpitaux, à l’acquisition de matériels lourds et au développement des infrastructures sanitaires.
Par ailleurs, à la question de savoir si le budget général de l’État alloué à la santé est suffisant ou pas, l’OMS dans son rapport "Stratégie de coopération entre le Maroc et l’OMS pour la période 2023-2027" souligne que malgré l’effort budgétaire consenti ces dernières années, le niveau de financement demeure en deçà du seuil de 12% recommandé par l’organisation.
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B.E.
Le 1 octobre 2025 à 19h43