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BUSINESS

Électrification, innovation industrielle et R&D : François Provost détaille la stratégie de Renault au Maroc

Le ministère de l’Industrie et le groupe Renault ont signé, ce 29 octobre, un avenant pour créer 7.500 emplois et moderniser l’écosystème industriel du constructeur au Maroc à l’horizon 2030. En marge de cette signature, Médias24 ainsi que quelques confrères ont pu rencontrer et échanger avec le nouveau directeur général du groupe, François Provost, nommé fin juillet 2025.

Signature, le 29 octobre, d'un avenant entre Renault et le ministère de l'Industrie
Signature, le 29 octobre, d'un avenant entre Renault et le ministère de l'Industrie
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Le 30 octobre 2025 à 18h58 | Modifié 30 octobre 2025 à 18h58

Pour sa première visite officielle hors de l'Hexagone, l’ancien directeur des achats et actuel directeur général du groupe a choisi le Maroc, un choix symbolique pour Renault, qui y voit un maillon stratégique de sa chaîne mondiale de valeur.

Lors de cette rencontre, François Provost est revenu sur les principaux objectifs de cet avenant, l’écosystème industriel du groupe et ses objectifs pour 2030, sa stratégie d’électrification, mais aussi sur l’actualité internationale du secteur automobile.

"Nous sommes proches des 100.000 véhicules vendus"

"J’ai passé une journée à l'usine de Tanger et j’ai pu constater le formidable progrès de l’écosystème automobile marocain", nous confie-t-il. "Cette année, nous atteindrons une production de 400.000 véhicules, après une année déjà record en 2024 [410.000 véhicules produits par le groupe en 2024, ndlr]. Cela signifie que près d’un véhicule Renault sur cinq produit dans le monde sort désormais des usines marocaines".

Le Maroc occupe aujourd’hui une place centrale dans la stratégie industrielle du groupe. Le pays est désormais le 8e marché mondial du constructeur, où il détient une part de marché de 40%.

"Le marché marocain est en très forte croissance. Nous sommes proches des 100.000 véhicules Renault et Dacia vendus. Mais au-delà des ventes, ce qui nous intéresse, c’est de développer l’ensemble de la chaîne de valeur avec nos partenaires marocains", souligne le dirigeant.

"Il ne faut pas voir Renault Maroc comme une usine ou un réseau commercial", insiste-t-il. "Ce qui nous intéresse, c’est plutôt de développer au Royaume, avec nos partenaires, l’ensemble de la chaîne de valeur".

Un écosystème industriel en avance sur les objectifs 2030

Depuis le lancement du projet industriel de Renault au Maroc, le groupe a bâti un réseau solide de fournisseurs locaux avec l’appui des autorités. "Nous comptons aujourd’hui 87 fournisseurs de premier rang [qui fournissent directement les composants ou les produits finis, ndlr], et nous devrions dépasser la centaine d’ici 2030", indique François Provost.

Selon lui, les performances du groupe dépassent déjà les engagements pris vis-à-vis du Royaume dans l’avenant de 2021. "Nous avions promis d’atteindre 2,5 milliards d’euros d’achats auprès des fournisseurs locaux et un taux de localisation de 75% à cet horizon. Aujourd’hui, nous sommes déjà à 2,5 milliards d’euros et à 66% de taux de localisation, hors mécanique".

"Deux tiers des pièces des véhicules produits au Maroc sont désormais fabriqués localement", ajoute-t-il, et "plus de la moitié des composants achetés au Maroc sont exportés vers d’autres usines du groupe, particulièrement en Espagne et en France".

Vers une nouvelle génération de véhicules électrifiés

En ce qui concerne le troisième avenant signé ce 29 octobre avec le gouvernement marocain, il s’inscrit, selon le CEO, dans la continuité de cette dynamique. Il porte sur :

- le soutien à la nouvelle gamme de produits de Dacia ;

- une nouvelle génération de véhicules davantage électrifiés ;

- et l’officialisation du centre de R&D Renault Group Maroc (Renault Technologie Maroc - RTMA), qui jouera un rôle clé dans le développement technologique du groupe.

"Nous préparons l’avenir avec de nouvelles générations de véhicules et davantage d’électrification", explique François Provost. "Il y a déjà un modèle hybride sur le Jogger, et dès l’année prochaine, la Sandero bénéficiera également d’une version hybride". En effet, le groupe prévoit une version hybride de la Sandero Stepway au quatrième trimestre de 2026.

"Cette signature va donc nous permettre d’accompagner cette montée en puissance. Le centre de R&D du groupe jouera un rôle clé dans cette dynamique", en développant localement des compétences d’ingénierie et de conception.

Renault introduira également au Maroc un nouveau procédé de pressage à chaud, une première sur le continent africain. "Ce procédé permet de produire des pièces plus légères et plus rigides, donc de gagner en légèreté sans compromis sur la solidité", précise François Provost. "C’est une technologie historiquement réservée à des modèles haut de gamme, que nous allons désormais pouvoir proposer à nos clients sur des véhicules plus abordables. C’est à la fois un vrai plus pour le client et une avancée industrielle majeure pour notre usine de Tanger".

Renault Group accélère aussi sa transformation digitale. "La digitalisation est au cœur de notre stratégie. Nous avions initialement un setup France-Inde, mais nous avons décidé d’étendre ce dispositif au Maroc. Désormais, notre hub digital est France-Inde-Maroc, ce qui reflète le rôle stratégique du Royaume dans notre écosystème mondial", précise-t-il.

Le prochain plan à moyen terme de Renault annoncé en mars

En matière d’hybridation et de véhicules de nouvelle génération, Renault prépare actuellement un nouveau plan à moyen terme, que François Provost décrit comme "très ambitieux et résolument offensif".

"Ce plan sera dévoilé en mars prochain. Il comprendra de nombreuses annonces autour de la nouvelle génération de véhicules du groupe", précise-t-il. L’un des piliers de ce plan sera la montée en puissance du mix hybride, notamment pour la marque Dacia.

"L’hybride est une solution moderne, efficace et accessible. Nous avons aujourd’hui une technologie plus performante que celle de nos concurrents chinois, tout en continuant à optimiser les coûts pour la rendre abordable au plus grand nombre, en particulier pour les clients Dacia", souligne le dirigeant.

À travers ce plan, le groupe ambitionne d’engager un nouveau cycle de croissance industrielle, après celui de 2024. Pour y parvenir dans un contexte mondial instable et concurrentiel, il mise sur plusieurs points importants, qui font la différence, selon son CEO :

- Le management des marques du groupe : "Contrairement à d’autres constructeurs, nous avons trois marques, Renault, Dacia et Alpine, clairement positionnées. Toute notre organisation est alignée sur la promesse faite à nos clients pour chacune d’elles".

- La force du design : "Nous cherchons à concevoir des voitures réellement différentes, qui procurent de l’émotion. C’est ce qui nous distingue de certains concurrents asiatiques, dont les modèles se ressemblent souvent. Chez Renault, le design est une signature".

- Des partenariats solides : "Nous travaillons dans la durée avec nos fournisseurs. Cette continuité est essentielle pour garantir la qualité et la compétitivité".

- La vitesse de développement : "Le point fort des constructeurs chinois est le temps de développement d'un véhicule. Ils le font en deux ans. Actuellement, nous le faisons en trois ans, contre trois à quatre ans pour nos concurrents. Aujourd'hui, on sait comment faire et on est capable de le faire. La Twingo qu’on lancera l’année prochaine, fabriquée en Slovénie, a été développée en seulement 21 mois. Aucun constructeur non chinois n’est capable d’une telle rapidité".

"Nous avons prouvé que nous pouvions le faire une fois. Nous ambitionnons désormais de l’appliquer à l’ensemble de nos futurs modèles. C’est un élément clé de compétitivité", estime-t-il.

Vers 80% de sourcing local d’ici 2030

Interrogé sur la question du sourcing local et les moyens d’en accélérer la maximisation, le CEO de Renault souligne les progrès remarquables déjà accomplis au Maroc. "Nous allons progressivement atteindre une sorte d’asymptote, autour de 80%. Honnêtement, je ne connais aucun autre pays au monde où ce niveau est dépassé", indique François Provost. "Il faut garder en tête que certains composants, notamment électroniques, ne peuvent pas être produits localement".

Mais au-delà des chiffres, l’essentiel, selon lui, est dans la qualité du tissu industriel marocain. "Lorsqu’un fournisseur s’installe ici, ce n’est pas seulement pour livrer des pièces au Maroc. Il devient un partenaire stratégique du groupe", précise-t-il.

Le deuxième point important évoqué par le CEO, c’est l’approche ouverte et collaborative adoptée au sein de la filière. "Une fois que nos fournisseurs sont installés, nous ne les bloquons pas. Beaucoup d’entre eux travaillent désormais aussi avec des concurrents", précise-t-il.

Cette dynamique dépasse même les frontières nationales, selon lui. "De plus en plus de constructeurs européens, notamment allemands, font appel à l’écosystème marocain, alors qu’ils n’ont pas de base industrielle ici. S’ils le font, c’est parce que le Maroc est compétitif, et a su bâtir une stratégie industrielle solide et durable. Le pays séduit par sa main-d’œuvre qualifiée, sa logistique, mais aussi par son énergie décarbonée, devenue un atout majeur dans la compétitivité du secteur".

"La baisse des exportations dans le secteur est due à la faiblesse du marché européen"

En ce qui concerne la tendance baissière des exportations dans le secteur automobile enregistrée depuis le début de l’année en cours, François Provost l'explique en partie par la faiblesse actuelle du marché européen sur les voitures particulières (VP), notamment en France et en Italie.

Il avertit : "Si rien ne change en Europe, nous sommes en train d’organiser le déclin de l’industrie automobile européenne". Le problème n’est pas technologique, mais réglementaire et économique. "Aujourd’hui, en Europe, nous faisons face à une ambition trop élevée en matière d’électrification et à un tsunami de réglementations. Le résultat, c’est que le prix des voitures neuves devient trop élevé pour la majorité des clients".

Cette situation crée, selon le dirigeant, un effet inverse à celui recherché par les politiques publiques. "Les gens ne peuvent plus acheter de voitures neuves, donc le parc vieillit, et au final, on ne décarbone pas. On obtient l’effet inverse des bonnes intentions initiales".

"L’Europe est aujourd’hui le seul continent au monde où le marché automobile n’a pas retrouvé son niveau d’avant-Covid", déplore-t-il. "Il faut changer le logiciel et repartir du client. Nous devons bâtir un cadre réglementaire qui permette de proposer des voitures abordables pour les Européens, tout en restant compatibles avec les objectifs environnementaux".

Renault défend une approche centrée sur la voiture accessible, comme la Dacia Sandero. "L’exemple des petites voitures de moins de 4,20 mètres est parlant. Ce sont de vraies voitures familiales, simples, robustes et adaptées au quotidien. C’est sur ce type de modèles qu’il faut se concentrer pour relancer la dynamique du marché", estime-t-il.

Bientôt des batteries LFP sur les voitures Renault

Sur le volet de la mobilité électrique et des nouveaux composants autour de la batterie au Maroc, le directeur général du groupe Renault nous explique ses ambitions. "Techniquement, nous ne souhaitons pas fabriquer nos propres batteries. Nous préférons les acheter, comme le font nos concurrents chinois".

"Dès le début de l’année prochaine, nous allons introduire dans toutes nos voitures électriques existantes (Mégane, Scénic...) une deuxième batterie LFP en 'cell-to-pack'".

"Plutôt que de miser sur une seule technologie et d’investir nous-mêmes massivement, nous adoptons une approche plus pragmatique, consistant à acheter nos batteries tout en veillant à ce que chaque modèle dispose d’au moins deux technologies".

Le groupe dispose aujourd’hui de plusieurs fournisseurs stratégiques :

- LG Energy Solution, "notre partenaire historique. Nous avons été les premiers à produire des véhicules avec eux, utilisant des batteries NMC. Ils équipent actuellement nos Mégane et Scénic".

- CATL, "notre deuxième fournisseur stratégique, qui nous approvisionne pour la Kangoo et qui fournira également les batteries pour la Twingo".

- Envision, "qui a installé une gigafactory dans notre usine de Douai [France, ndlr]. Cette usine démarre actuellement sa production pour alimenter la future R5".

- "Nous avons aussi investi dans une start-up française, Verkor, qui aura vocation à nous fournir des batteries NMC, notamment pour nos véhicules utilitaires".

S’agissant du Maroc, "j’ai personnellement pris la décision d’intégrer Gotion à notre panel de fournisseurs, en raison du projet marocain", conclut François Provost.

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