Acteur majeur du BTP et de l’ingénierie au Maroc, la SGTM s’impose aujourd’hui comme un groupe multi-spécialiste et présent sur les plus grands chantiers du Royaume. Dans une interview en deux parties, Hamza Kabbaj, directeur général de la société, revient pour Médias24 sur son organisation, ses projets phares et ses ambitions pour les années à venir.
Fondée en 1971 par deux ingénieurs visionnaires, feu Ahmed Kabbaj et son frère M’Hamed, la Société générale des travaux du Maroc (SGTM) est avant tout une aventure 100% marocaine.
À une époque où le secteur du BTP était dominé par de grands groupes internationaux ou par des acteurs locaux peu spécialisés, les deux frères ont voulu montrer qu’une entreprise nationale pouvait allier expertise technique, rigueur et ambition. Leur objectif était clair. Ils voulaient contribuer au développement d’un écosystème d’ingénierie 100% marocain, capable d’accompagner la modernisation du pays.
Dès ses débuts, la SGTM s’est illustrée sur les projets les plus techniques et les plus emblématiques, notamment des barrages, des ponts, des hôpitaux, des bâtiments publics et des aéroports. L’aéroport Mohammed V de Casablanca reste d’ailleurs l’un des symboles de son savoir-faire.
Au fil des décennies, la société s’est imposée comme un pilier du BTP national. Dans les années 2010, l’entreprise franchit un nouveau cap en se structurant en groupe intégré. Consciente du fait que le Maroc avait besoin d’un acteur capable de maîtriser toute la chaîne de valeur, elle a progressivement développé de nouveaux métiers (fondations spéciales, charpente métallique, ingénierie de process) pour devenir un véritable multi-spécialiste, voire un EPCiste à part entière (Engineering, Procurement & Construction).
Cette montée en puissance, menée selon des standards exigeants en matière de sécurité, de qualité et de durabilité, a permis à la SGTM de consolider son statut de leader national. Aujourd’hui, l’entreprise figure parmi les plus grandes sociétés marocaines, voire africaines, du secteur, intervenant sur des projets structurants.
Médias24 : Vous décrivez la SGTM comme une entreprise "multi-spécialiste". Concrètement, comment la société se structure-t-elle aujourd’hui ?
Hamza Kabbaj, directeur général de SGTM : La SGTM s’appuie aujourd’hui sur une organisation à la fois intégrée et agile. Au niveau national, nous disposons d’un ensemble de filiales spécialisées, couvrant les grands métiers du BTP, génie civil, bâtiment, maritime, énergie, industrie, ainsi que de filiales de projets créées spécifiquement pour structurer et exécuter nos grands chantiers.
Notre modèle repose sur une forte centralisation stratégique et financière, associée à une décentralisation opérationnelle maîtrisée. Chaque pôle de spécialité est dirigé par un directeur général adjoint (DGA), véritable chef d'entreprise, responsable à la fois du développement technique, commercial et de la performance de son activité.
Ces pôles sont soutenus par des services centraux puissants dans les domaines de la finance, des moyens de production, des achats, des ressources humaines, de la qualité et de la sécurité, qui assurent la cohérence, la rigueur et la fiabilité du groupe dans son ensemble. En revanche, tout ce qui touche au cœur des métiers, à l’innovation et à la production est porté par des collaborateurs qui agissent en véritables entrepreneurs internes, animés par une culture de responsabilité et de résultats.
À l’international, nous avons opté pour une approche structurée et localisée. Chaque pays d’implantation dispose de sa propre filiale, que ce soit en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Bénin, au Sénégal, au Cameroun ou en Tanzanie. Ces filiales sont placées sous la coordination de SGTM International, basée à Casablanca Finance City (CFC).
Ces entités jouissent d’une autonomie opérationnelle adaptée à leurs marchés respectifs, tout en restant reliées à la maison mère par un "cordon ombilical" fort : pilotage financier, standards de qualité, gouvernance et valeurs du groupe. Ce modèle nous permet de conjuguer proximité locale et excellence institutionnelle, deux leviers essentiels de notre développement durable.
- Au Maroc, vous disposez de quatre principales filiales…
- Il y en a un peu plus. Les quatre que vous évoquez – Novacim, active dans le ciment, SGTM Immobilier, SGTM Energy et Inframet – sont plutôt des sociétés sœurs, qui viennent compléter et renforcer notre écosystème industriel et technique.
En parallèle, la SGTM dispose d’un certain nombre de filiales de projets, créées spécifiquement pour répondre à des besoins particuliers. Par exemple, lorsqu’un chantier est implanté en zone franche, ou lorsqu’il s’inscrit dans le cadre d’un partenariat spécifique nécessitant une structure juridique et financière dédiée.
Ce modèle nous permet d’adapter notre organisation à la nature des projets, tout en conservant une gouvernance centralisée et une cohérence d’ensemble dans la stratégie du groupe.
- Au niveau international, vous n'êtes présents qu'en Afrique ?
- Nous disposons aussi de filiales en Europe, qui jouent un rôle de facilitation dans les montages financiers et l’appui à nos opérations internationales.
Historiquement, le Moyen-Orient fait partie de notre champ d’activité et représente aujourd’hui une zone de fort potentiel pour le groupe.
Cela dit, notre présence opérationnelle reste concentrée en Afrique, qui demeure le cœur de notre développement international.
- Actuellement, combien de salariés compte l’entreprise ?
- Aujourd’hui, la SGTM compte près de 25.000 collaborateurs rien que dans le secteur du BTP, sans inclure nos sociétés sœurs actives dans l’industrie et les services connexes. C’est une force humaine considérable, reflet de la diversité de nos métiers.
- Vous intervenez dans plusieurs secteurs clés, notamment les stades, les ports, les hôpitaux, et bien d’autres. Peut-on revenir sur les principaux projets en cours ?
- Effectivement, la SGTM est aujourd’hui engagée sur une grande diversité de projets, aussi bien au Maroc qu’à l’échelle du continent africain, témoignant de la solidité et de la polyvalence du groupe.
Sur le plan national, nous sommes sans doute le seul véritable multi-spécialiste marocain présent sur un spectre aussi large d’activités. Parmi nos chantiers emblématiques figure le grand stade de Benslimane [Grand Stade Hassan II de Casablanca, ndlr], un projet d’envergure mondiale conforme aux nouvelles normes de la FIFA et symbole de la préparation du Maroc à la Coupe du monde 2030.
Nous menons également un vaste projet de développement au sein de l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguérir (UM6P). Ce chantier illustre parfaitement notre capacité à gérer des projets complexes à fort contenu technologique, dans des délais particulièrement contraints. En collaboration étroite avec l’UM6P, JESA et OCP, nous avons mis en œuvre une approche "fast track" permettant de livrer dans les temps et d’accompagner le calendrier académique.
Au stade Hassan II, nous sommes à environ 10% d'avancement sur la partie structurelle
Autre réussite récente, l’extension du site industriel Stellantis à Kénitra, que nous venons de livrer. Ce chantier d’envergure a été couronné à Paris par le prix du Fournisseur de l’année, une distinction internationale qui honore le savoir-faire et la rigueur d’exécution des équipes de la SGTM.
Sur le volet infrastructures, nous participons à plusieurs projets structurants, notamment le réaménagement de l'aéroport d’Agadir, la ligne à grande vitesse (LGV) Rabat-Marrakech (notamment le tunnel de Rabat et plusieurs ouvrages d’art), ainsi qu’à la stratégie nationale de gestion du stress hydrique, à travers la construction de cinq grands barrages, de tronçons d’autoroutes de l’eau, sans oublier les projets de dessalement.
Sur le plan maritime, la société est un acteur clé du développement portuaire du Royaume, avec des réalisations majeures telles que le port de Dakhla Atlantique, le port de Nador West Med et l’extension du port de Safi. Ces projets structurants dépassent la simple infrastructure. Ils participent directement à la transformation logistique, industrielle et territoriale du Maroc.
Par ailleurs, un projet dont nous sommes particulièrement fiers aujourd’hui est celui que nous menons avec le groupe OCP à Mzinda. Il s’agit d’une étape décisive, puisque la SGTM a été retenue comme contractant général, en charge non seulement du génie civil, mais également du process industriel, de l’électricité et de la manutention des engrais. C’est une première historique. Jamais un groupe marocain n’avait assumé une telle responsabilité sur un projet d’une telle envergure au sein du groupe OCP.
Ce virage symbolise l’évolution de la SGTM, qui franchit un cap dans son positionnement industriel, et plus largement, celle de tout l’écosystème marocain vers davantage d’intégration et d’autonomie technique. Je tiens à remercier le groupe OCP pour la confiance qu’il nous accorde dans cette étape structurante de notre développement
- Revenons au Grand Stade de Casablanca. Où en sont les travaux actuellement ?
- Au Grand Stade Hassan II, la première phase est à présent entièrement achevée. Elle portait sur les terrassements. C’était une étape décisive pour préparer le terrain, assurer les nivellements et poser les bases d’un chantier d’une telle envergure.
Aujourd'hui, nous avons atteint environ 10% d'avancement dans la partie structurelle. Les travaux de fondations sont bien avancés, ainsi que la partie structure.
Le projet progresse conformément au planning prévisionnel, dans le respect des standards techniques et de qualité exigés par la FIFA.
- Le Complexe de Moulay Abdellah à Rabat est un projet sur lequel très peu d'informations ont circulé. Racontez-nous comment ce projet a été géré, et quelles difficultés avez-vous rencontrées dans sa réalisation ?
- Je dirais qu’il faut le voir plutôt que le raconter. L’ouvrage parle de lui-même. Le nouveau Complexe Moulay Abdellah est aujourd’hui une référence mondiale, réalisé dans un délai record et dans des conditions techniques extrêmement exigeantes.
Au départ, il a fallu démolir complètement l’ancien stade, en repenser la conception et reconstruire un équipement répondant aux normes FIFA. La phase de démolition et de conception a duré six mois, tandis que la construction du nouveau stade s’est achevée en quinze mois seulement. Même les représentants de la FIFA ont salué cette performance comme exceptionnelle à l’échelle internationale.
Au-delà de l’exploit technique, la véritable réussite de ce projet repose sur l’alignement exemplaire de tous les acteurs, notamment le maître d’ouvrage, les autorités, les architectes, les bureaux d’études et les entreprises, qui ont travaillé avec une vision commune et une gouvernance fluide, ce qui a permis de tenir des délais aussi ambitieux.
Plus de 90% du Complexe Moulay Abdellah de Rabat a été réalisé avec des compétences et des entreprises marocaines
Ce dont nous sommes particulièrement fiers, c’est que plus de 90% du projet a été réalisé avec des compétences et des entreprises marocaines. Seules certaines composantes très spécialisées, notamment les systèmes audiovisuels et technologiques, ont nécessité un appui étranger.
Ce stade est donc une fierté nationale, le reflet du savoir-faire marocain et de la capacité de notre écosystème à relever les plus grands défis internationaux.
- Vous intervenez également sur la gare de Hay Riad et l’hôpital Ibn Sina à Rabat. Pouvez-vous nous faire un point sur l’avancement de ces projets ?
- La gare de Hay Riad est presque finalisée. Les dernières finitions sont en cours. On s’achemine vers sa livraison avant la fin de l’année. C’est un projet emblématique par son architecture moderne et son rôle structurant dans la mobilité urbaine de Rabat.
Pour le CHU, c'est un très beau projet mais complexe, car il repose sur un concept architectural inédit. Un hôpital vertical, organisé en tour hospitalière, ce qui est encore rare dans le monde. Cette configuration impose des exigences techniques très particulières, notamment en matière de sécurité, de fluidité fonctionnelle et d’équipements médicaux lourds.
Le chantier avance conformément aux délais contractuels. Toutefois, contrairement au stade de Rabat [Complexe Moulay Abdellah, ndlr], nous ne sommes pas responsables de l'ensemble du projet. Nous nous chargeons uniquement de la partie gros œuvre et des ouvrages structuraux, qui devraient être achevés au cours de l’année prochaine.
- En ce qui concerne la LGV, vous avez évoqué plusieurs lots. De quoi s'agit-il concrètement ?
- En effet. Nous intervenons sur plusieurs lots stratégiques de la future LGV Rabat-Marrakech. Le plus emblématique est sans doute le lot du tunnel de Rabat, un ouvrage hautement technique qui traverse la ville en passant sous des zones urbaines denses, des infrastructures existantes et même des sites historiques. C’est un véritable défi d’ingénierie, qui mobilise des expertises pointues en géotechnique et en travaux souterrains.
Nous réalisons également le lot de Salé à Rabat, comprenant notamment un ouvrage majeur franchissant le Bouregreg. Ces deux lots figurent parmi les plus complexes et les plus symboliques du projet LGV.
Nous allons soumissionner pour le nouveau terminal de l’aéroport Mohammed V de Casablanca
- Qu'en est-il des projets de routes et d'aéroports ?
- Dans le domaine routier, nous intervenons régulièrement sur de grands ouvrages d’art ou sur des tronçons stratégiques intégrés à des projets d’infrastructures plus vastes. Il s’agit souvent de routes d’accès ou de liaisons structurantes associées à des ports, des barrages ou des zones industrielles des projets à forte valeur ajoutée qui mobilisent un haut niveau d’ingénierie et de coordination.
Concernant les aéroports, nous poursuivons notre implication dans le réaménagement de l’aéroport d’Agadir, actuellement en phase active.
Par ailleurs, nous allons soumissionner pour le nouveau terminal de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, un projet majeur dont l’attribution est attendue prochainement. Ce type d’infrastructure illustre parfaitement notre capacité à conjuguer expertise technique et exigence de qualité dans des environnements complexes.
- Nous avons remarqué que sur certains projets, vous êtes en groupement avec des concurrents, notamment TGCC et la Somagec.
- Effectivement, chez la SGTM, nous sommes particulièrement fiers d’avoir contribué à fédérer les compétences marocaines. Nous croyons profondément que la complémentarité entre acteurs nationaux renforce tout l’écosystème du BTP.
Dans le bâtiment, nous travaillons fréquemment en partenariat avec TGCC, comme c’est le cas sur le CHU Ibn Sina ou le Grand Stade Hassan II. Ces collaborations permettent de mutualiser les expertises et d’assurer une exécution plus rapide et plus performante.
Dans le domaine maritime et portuaire, nous avons développé un partenariat stratégique avec Somagec, où nos moyens techniques et notre savoir-faire se conjuguent pour relever des défis d’envergure.
Nous sommes convaincus que, entre entreprises marocaines, il est essentiel de se serrer les coudes pour répondre ensemble aux besoins du pays, en offrant aux grands donneurs d’ordre les meilleures solutions techniques, économiques et locales. C’est dans cet esprit de coopération et de fierté nationale que nous abordons chacun de nos partenariats.
- Mais comment gérez-vous cette relation de partenariat/concurrence avec des groupes concurrents ?
- C’est une réalité assumée. Nous sommes partenaires sur certains projets et concurrents sur d’autres. Cela fait partie de la dynamique naturelle d’un secteur aussi vaste et compétitif que le BTP.
Nous avons mis en place, au sein de nos départements commerciaux, ce que j’appelle des "murs de béton", garantissant la confidentialité et l’indépendance des équipes lorsqu’il y a concurrence. C’est une forme d’intelligence industrielle.
Mais au fond, la philosophie reste la même. Pourquoi aller chercher des alliances à l’étranger, turques, européennes ou chinoises, alors que la compétence et la complémentarité existent ici, au Maroc ? Nous privilégions toujours les synergies nationales. C’est, à mon sens, un signe de maturité du secteur et une preuve d’intelligence collective.
À suivre...
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