Croissance, investissements et filières stratégiques : décryptage du baromètre de l’industrie 2024
Baromètre de l’industrie, automobile, investissements… Hanane Belyagou, directrice des statistiques au ministère de l’Industrie et du commerce, revient sur une année exceptionnelle pour l’industrie marocaine, portée par une croissance solide et des investissements record, malgré un contexte mondial instable.
Lors de la 3e Journée nationale de l’industrie, tenue les 3 et 4 novembre à Rabat, Médias24 a rencontré Hanane Belyagou, directrice des statistiques, des études, de la veille et de l’évaluation au ministère de l’Industrie et du commerce. Elle expose les résultats du baromètre de l’industrie 2024, qui dresse un état des lieux du secteur industriel marocain.
Le baromètre de l’industrie 2024
"Le baromètre de l’industrie, dans sa deuxième édition, se veut un outil d’intelligence économique qui dresse une lecture claire de la performance du secteur industriel, pour les acteurs publics et privés", explique Hanane Belyagou.
Selon le baromètre, le chiffre d’affaires industriel a frôlé les 900 milliards de DH en 2024, en hausse de 9% par rapport à 2023, pour 240 MMDH de valeur ajoutée et 90 MMDH d’investissements, soit une progression de 30%.
"Ces résultats sont d’autant plus remarquables qu’ils s’inscrivent dans un contexte mondial marqué par des tensions géopolitiques et des mutations des chaînes de valeur", souligne-t-elle.
Automobile : une niche stratégique, pas une dépendance
Le secteur automobile reste le moteur de l’industrie marocaine, avec 196 MMDH de chiffre d’affaires et 250.000 emplois. Mais pour Hanane Belyagou, il ne s’agit pas d’une dépendance risquée. "C’est un choix stratégique. Le secteur automobile tire avec lui plusieurs autres filières : le textile technique, l’électronique, la plasturgie. On parle d’une intégration locale forte, verticale et horizontale".
Elle précise que le Maroc est désormais le premier exportateur de câbles automobiles vers l’Europe, preuve de la montée en valeur ajoutée. "Tous les modèles économiques de pays industrialisés s’appuient sur une niche forte. Le Maroc a choisi la sienne, et c’est un choix payant".
Investissements : un pic historique en 2024
Le baromètre fait état d’un record d’investissements industriels à 90 MMDH, en hausse de 30%. "L’investissement reste par nature ponctuel et dépend de décisions individuelles d’acteurs économiques", nuance Hanane Belyagou.
Cette hausse est notamment portée par des projets d’envergure dans la chimie-parachimie, en lien avec la décarbonation et la valorisation des ressources naturelles, ainsi que par des investissements dans les batteries pour véhicules électriques. "Même si certains secteurs concentrent les montants, tous progressent en termes d’investissement et d’extension de capacité".
Déconcentration industrielle : des signaux encore faibles
Selon le baromètre, 83% de l’activité industrielle demeure concentrée dans trois régions : Casablanca, Rabat et Tanger. "La volonté de déconcentrer est réelle, notamment à travers la Charte de l’investissement, qui prévoit des primes supplémentaires pour les projets installés hors de ces pôles", explique-t-elle.
La part de Casablanca dans le chiffre d’affaires national est passée de 70% à 54%, "mais cela reste une concentration importante. La déconcentration se fait progressivement. Par exemple, le secteur automobile commence à s’implanter dans le Souss-Massa et l’Oriental, à hauteur de 0,2% chacun. Ce sont des signaux faibles, mais significatifs".
Transition énergétique : une mutation inévitable
Le baromètre révèle que 74% de la consommation énergétique industrielle repose encore sur des énergies dites "autres", une catégorie qui inclut les énergies fossiles mais aussi une part non négligeable de renouvelables. "Nous savons que plus de 7 TWh proviennent déjà de sources renouvelables, mais par prudence, nous ne les avons pas encore intégrés séparément dans les chiffres", précise Hanane Belyagou.
Elle rappelle que les industries thermo-intensives (ciment, sucre, chimie…) sont désormais contraintes d’adopter des solutions de décarbonation pour préserver leur accès aux marchés européens. "Ce baromètre constitue une première ligne de base. Dès les prochaines éditions, nous pourrons mesurer l’évolution vers des industries plus électro-intensives et moins carbonées".
"Ce que nous observons aujourd’hui, conclut Hanane Belyagou, c'est la concrétisation d’une vision de long terme. L’industrie marocaine gagne en maturité, en intégration et en souveraineté économique".
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