Eau : la riposte marocaine en chiffres (dessalement, nappes, Al Ghayt, réutilisation des eaux usées)
Après une édition organisée à Rabat en 1991, le Congrès international de l’eau fait son retour au Maroc, et c'est Marrakech qui accueille désormais la communauté mondiale pour débattre de l'innovation et des stratégies d'adaptation nécessaires face à la diminution drastique de cette ressource vitale, sous l'effet d'un changement climatique exponentiel.
Le Maroc accueille la 19ᵉ édition du Congrès international de l’eau du 1ᵉʳ au 5 décembre 2025 à Marrakech. Après l'édition organisée à Pékin en 2023, la 19ᵉ édition se tient dans un contexte climatique spécial, suite à une année 2024 marquée par une sécheresse record ayant touché la majorité des pays du globe.
Impacté par la succession de sept années de sécheresse, le Maroc a bien compris l’urgence de revoir sa stratégie hydrique et est passé à l’action à travers plusieurs projets dans les quatre coins du pays, garantissant ainsi le maximum possible de justice territoriale.
Dans son allocution, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, a fait le point sur les principales réalisations visant à renforcer la sécurité hydrique du pays :
- La mise en service de 17 stations de dessalement, pour une capacité totale de 350,3 millions de mètres cubes, auxquelles s’ajoutent 4 autres projets en cours de construction, qui ajouteront une capacité additionnelle de 567 millions de mètres cubes.
- Le projet d’interconnexion entre les bassins hydrauliques, qui doit permettre de réduire le déficit hydrique dans les régions les plus vulnérables.
- La signature de contrats de gestion de 5 nappes tandis que 19 autres sont actuellement à l'étude et en cours de programmation.
- L’élargissement du programme « Al Ghayt » de pluie provoquée, dont les techniques ont été modernisées grâce à l’intelligence artificielle, à l'utilisation de drones et à la cartographie de l’humidité atmosphérique.
- L’adoption d’une politique de l’eau fondée sur l’approche intégrée Eau-Énergies renouvelables-Alimentation (approche NEXUS).
ONEE et OCP sont à la pointe du secteur de la gouvernance des ressources hydriques
En plus des acteurs réglementaires, la gestion de l’eau relève également de la responsabilité d’institutions publiques et privées. En tant que planificateur et producteur national de l’alimentation en eau potable, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a historiquement contribué à la généralisation de l’accès à l’eau potable en milieu urbain depuis les années 1990, ainsi qu’à la satisfaction de 99 % de la demande en milieu rural.
Actuellement, cette approche est concrétisée par le Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation 2020-2027, en cours de mise en œuvre, qui traite précisément des questions liées à l’eau, à l’alimentation, à l’énergie et à l’environnement.
En marge de cette édition, l’ONEE a achevé la phase II de son Plan national d'assainissement liquide mutualisé et de réutilisation des eaux usées (PNAM). Cofinancée par des bailleurs de fonds européens à hauteur de 176 millions d'euros, cette seconde phase a permis d'améliorer l'assainissement liquide dans plus de 30 centres urbains.
Face à l’accentuation de la sécheresse, l’ONEE perçoit dans l’approche Nexus Eau-Énergie-Alimentation une voie permettant de réduire l’empreinte carbone des projets de dessalement, tout en garantissant un accès durable, plus facile et plus abordable pour les populations.
L’ONEE choisit désormais de renforcer la planification par l’anticipation, qui peut être développée grâce à la recherche et au développement, et de rechercher des technologies permettant une qualification plus précise des aléas climatiques.
De son côté, OCP Green Water a été créé initialement pour répondre aux exigences environnementales de mobilisation des eaux non conventionnelles dans ses opérations minières.
L’objectif est d’atteindre 100 % d’utilisation d’eau non conventionnelle pour toutes les opérations minières et de production d’engrais d’ici la fin de 2027. Cet objectif a déjà été atteint en juillet dernier, soit deux ans et demi avant la date initialement prévue, afin de faire face à l’urgence imposée par le stress hydrique survenu dans le pays et d’honorer ses engagements socio-économiques en fournissant de l’eau potable issue du dessalement aux villes où il opère.
D’ici 2027, OCP Green Water devrait permettre d’économiser concrètement plus de 600 millions de mètres cubes d’eau douce par an, qui pourront être utilisés pour l’agriculture ou d’autres activités génératrices de revenus.
"Ces incitations ne sont pas seulement un label. Ce sont des opportunités pour accroître la productivité, réduire l'impact environnemental et construire des systèmes alimentaires plus cohérents et résilients. En tant que leader internationale, OCP est prêt à jouer un rôle clé et son potentiel pour soutenir cette transformation durable", a plaidé Ahmed Zniber, CEO OCP Green Water.
La préservation des ressources hydriques dans le secteur de l'habitat
De son côté, le département de l’urbanisme mène plusieurs actions pour la préservation de l’eau à l’échelle de la planification urbaine. Il intervient principalement à deux niveaux : la résilience face au stress hydrique et l’adaptation aux risques d’inondation.
Récemment, le ministère a généralisé des plans d’aménagement incluant une nouvelle génération de documents d’urbanisme ainsi qu’un règlement général d’aménagement 2.0. Ce dernier vise à mettre en œuvre les objectifs de développement durable (ODD) en encourageant l’innovation, et répond aux enjeux de résilience et d’adaptabilité.
Cette nouvelle génération de documents introduit le règlement alternatif. Par exemple, en matière de perméabilité des sols, lorsqu’un projet respecte un coefficient de perméabilité supérieur à celui prévu par la réglementation, il bénéficie d’un bonus de constructibilité.
Sur le plan institutionnel, le département de l’urbanisme du ministère de l’Aménagement du territoire, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville (MATNUHPV), le ministère de l’Équipement et de l’eau, et le ministère de la transition énergétique et du développement durable (MTEDD) ont élaboré une feuille de route visant à prioriser les actions de rationalisation de la consommation d’eau et d’utilisation des eaux non conventionnelles.
Cette feuille de route mise sur la maîtrise de la rationalisation de la consommation d’eau potable dans le secteur résidentiel, le recours à des ressources en eaux non conventionnelles et la promotion des mesures d’efficacité hydrique dans le bâtiment.
Parmi les actions phares de cette feuille de route figure l’élaboration d’un règlement de plomberie sanitaire pour les bâtiments résidentiels, alors que le Maroc ne dispose pas encore d’une telle réglementation, pourtant présente dans plusieurs pays référents en matière de gouvernance hydrique.
D’une grande importance, cette réglementation permettra de renforcer la surveillance normative et de développer les capacités techniques dans ce secteur crucial pour la préservation de l’eau.
Avec la GIZ, le département de l’urbanisme développe actuellement deux projets pilotes d’adaptation au niveau régional, dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, et au niveau de la ville de Marrakech. Il s’agit de mettre en œuvre techniquement la gestion de l’eau dans la planification urbaine à travers un géo référentiel, qui couvre toutes les étapes, depuis l’analyse urbaine jusqu’au suivi et à l’évaluation du plan d’adaptation aux aléas climatiques.
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