Addiction, violence, données personnelles : le Maroc prépare sa riposte législative face aux dangers des jeux vidéo
En réponse à une interpellation parlementaire sur les risques associés aux plateformes de jeux en ligne comme Roblox et Free Fire, Mohamed Mehdi Bensaid a présenté une stratégie globale. Le dispositif envisagé s'appuie sur une législation inspirée du droit comparé, une protection renforcée des données personnelles et une mobilisation multisectorielle allant de l'école aux médias.
Saisi par une question écrite du conseiller Khalid Setti (UNTM), le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication a dressé un constat des enjeux liés aux jeux vidéo "non sécurisés". La réponse pointe les risques d'addiction, d'exposition à la violence et d'isolement social chez les mineurs, soulignant la nécessité d'adapter le cadre réglementaire national face à ces nouveaux défis numériques.
Pour définir son approche, Mohamed Mehdi Bensaid s'est référé aux expériences internationales en la matière. La réponse cite l'adoption généralisée de systèmes de classification, tels que le PEGI en Europe (rendu obligatoire en France) et l'ESRB aux États-Unis. Il mentionne également les modèles de régulation plus stricts, comme celui de l'Allemagne via l'organisme USK, ou de la Belgique concernant le contrôle des "Loot Boxes" (coffres à butin aléatoires). Les exemples de la Corée du Sud, qui combine protection des consommateurs et limitation du temps de jeu, et du Brésil, qui a adopté en 2024 une loi-cadre spécifique, sont aussi mis en avant pour illustrer la tendance mondiale à la régulation.
Vers une loi nationale structurante
S'inspirant de ces pratiques, le ministre a esquissé les contours d'un futur projet de loi reposant sur cinq axes majeurs. Le texte prévoirait d'abord l'instauration d'une classification obligatoire, imposant une signalétique explicite sur l'âge requis et la nature des contenus, qu'il s'agisse de violence ou de langage inapproprié. Il instaurerait ensuite un régime de licence et de contrôle pour la commercialisation, dotant les autorités du pouvoir de retirer ou d'interdire les produits non conformes aux normes nationales.
La lutte contre l'addiction constitue un autre pilier du projet, avec l'adoption de mesures préventives incluant la limitation des heures de jeu et la mise à disposition d'outils de contrôle parental. Le ministre souhaite également encadrer strictement les pratiques commerciales intégrées, notamment les "Loot Boxes", pour garantir la transparence et protéger les mineurs des dérives financières. Enfin, le texte garantirait le droit à la récupération et à l'effacement des données personnelles. Mohamed Mehdi Bensaid souligne que ce cadre légal a également pour vocation de stimuler l'industrie nationale, en encourageant les développeurs locaux à produire des jeux "responsables" et compétitifs.
Une mobilisation interministérielle et sociétale
Au-delà du volet législatif, la réponse détaille un plan d'action coordonné avec plusieurs partenaires institutionnels. Une collaboration étroite est prévue avec le ministère de l'Éducation nationale pour lancer des campagnes de sensibilisation dans les écoles, intégrer des modules sur la culture numérique et la cybersécurité dans les cursus, former les enseignants et élaborer des guides pédagogiques à destination des parents.
Le ministère de la Santé serait quant à lui sollicité pour développer des programmes de suivi de l'addiction numérique, mettre en place des cellules d'écoute psychologique et lancer des campagnes de prévention. Sur le plan technique, le département de la Culture entend collaborer avec les régulateurs pour imposer des solutions de contrôle parental et inciter les entreprises du secteur à adopter un code de conduite éthique.
Cette stratégie inclut également un partenariat avec les médias publics pour diffuser des campagnes de sensibilisation continues, ainsi qu'un soutien aux associations de jeunesse pour l'organisation d'ateliers sur la sécurité numérique. Le ministre précise enfin que son département travaillera en concertation avec l'Agence de développement digital (ADD) et la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP) pour assurer le déploiement technique de l'ensemble de ces mesures.
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