L’accès aux sites de paris sportifs illégaux bientôt interdit au Maroc ?
La MDJS a saisi la justice pour faire bloquer par les opérateurs téléphoniques l’accès aux sites de paris sportifs illégaux, un marché qui fait perdre des centaines de millions de dirhams à l’État.
L’accès aux sites de paris sportifs illégaux sera-t-il bloqué par les opérateurs télécoms ? La réponse sera bientôt rendue par le tribunal.
C’est auprès de cette juridiction qu’une requête en référé aux fins de blocage d’accès à des sites illégaux de paris en ligne a été déposée par la Marocaine des jeux et des sports (MDJS), apprend Médias24 de source judiciaire. La procédure vise à obtenir une mesure conservatoire contre plusieurs plateformes de jeux et de paris opérant depuis l’étranger, dont 1xBet, accessibles depuis le Maroc et opérant sans autorisation légale.
Une première audience s’est tenue ce lundi 22 décembre 2025 avant que l’affaire ne soit reportée au 29 décembre.
La requête cible directement les fournisseurs d’accès à Internet marocains, à savoir Maroc Telecom, Inwi et Orange. En leur qualité d’intermédiaires techniques, la MDJS leur demande de mettre en œuvre des mesures de blocage afin d’empêcher l’accès à ces sites depuis le territoire national. Selon la requérante, ces plateformes constituent un trouble manifestement illicite au regard du cadre juridique marocain.
De plus, l’enjeu financier est d’une importance non négligeable. S’agissant exclusivement des paris sportifs, le volume potentiel des mises pour l’année 2024 est estimé à environ 3,5 MMDH par an. Cette évasion de ressources vers l’étranger correspond à une perte de recettes pour le Fonds national de développement du sport évaluée à près de 500 MDH, ainsi qu’un manque fiscal à gagner pour le Trésor public estimé à environ 200 MDH.
Ce sujet a même été abordé au Parlement, ce jeudi 18, à l’occasion d’un colloque où le dirigeant de la MDJS, Younes Machrafi a pris la parole. L’une des principales recommandations de ce colloque est de protéger cette institution contre les paris illégaux en recourant à tous les moyens légaux possibles.
Et la MDJS n’en est pas à son premier recours. L’institution, qui bénéficie d’un monopole exclusif sur l’organisation et l’exploitation des paris sportifs sur l’ensemble du territoire national, a lancé plusieurs alertes et initié différentes procédures.
36 influenceurs visés par des plaintes
La procédure en référé engagée devant le tribunal de commerce de Casablanca ne constitue pas l’unique action judiciaire liée à ce dossier. Selon nos informations, une plainte a été déposée en mars 2023 devant la présidence du ministère public. Cette institution a transmis l’affaire à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), qui a ouvert une enquête préliminaire.
Ce qui est reproché à ces plateformes étrangères, c’est le ciblage direct du public marocain sans qu'elles disposent de licence, en utilisant des canaux numériques et des campagnes promotionnelles agressives, allant jusqu’à utiliser des influenceurs marocains comme intermédiaires de publicité. Ce qui a conduit au dépôt de 36 plaintes contre des créateurs de contenu.
En effet, les activités de la plateforme 1xBet, par exemple, sont considérées comme illégales et font l’objet de plusieurs alertes de la MDJS. Malgré ces mises en garde, l’opérateur a cherché à s’imposer dans l’écosystème sportif national à travers des partenariats et des actions de visibilité.
1xBet a notamment été sponsor du Raja Club Athletic. Mais ce partenariat n’a pas été renouvelé. Un autre a été conclu avec le club de basketball ASS (Association sportive de Salé), ainsi qu’un troisième signé avec une association qui a fait apparaître la marque comme sponsor lors d’une activité associative. Mais ces actions sont assimilées à de la publicité illégale, voire même à de l’escroquerie et à du blanchiment d’argent.
C’est pourquoi, plusieurs plaintes ont été déposées, apprend Médias24 de différentes sources: 36 contre des influenceurs, 36 autres contre des “agents” ou “intermédiaires”, une contre l’ASS et une autre contre l’association précitée.
L’intervention de l’Office des changes
Au-delà du volet judiciaire, même l’Office des changes est entré en jeu dans ce dossier. En 2025, les jeux électroniques et les paris ont été identifiés comme l’un des secteurs à contrôler en priorité par cette institution. Cette orientation s’inscrit dans un contexte de lutte contre les transferts illicites de devises vers l’étranger.
En juin 2025, une lettre officielle, adressée à une personne non identifiée, mentionne une infraction grave à la réglementation des changes. Le document fait état de règlements non conformes d’un montant de plus de 7,2 MDH effectués pour le compte de 1xBet. Ces flux financiers constituent, selon les autorités, une violation caractérisée des règles encadrant les paiements transfrontaliers.
Ces constats renforcent les soupçons de fuite massive de capitaux et de contournement des dispositifs de contrôle financier nationaux.
Un marché illégal structuré
Des études menées auprès de parieurs marocains mettent en lumière une forte vulnérabilité sociale et psychologique. Une étude réalisée à Casablanca en 2009 auprès de plus de 200 personnes pratiquant régulièrement les paris révèle que plus de la moitié des personnes interrogées présentent des signes relevant de la psychopathologie de l’addiction au jeu. Ces profils se caractérisent majoritairement par un revenu mensuel inférieur à 5.000 dirhams, des antécédents psychologiques personnels et une propension à la consommation de stupéfiants.
Une autre étude souligne également le rôle central des pratiques de paiement dans le fonctionnement des paris illégaux. Les parieurs marocains recourent principalement aux dépôts et retraits en cryptomonnaies. Trois circuits dominent : le dépôt en cryptomonnaies, le retrait en cryptomonnaies et, dans une moindre mesure, le dépôt via des cartes bancaires marocaines internationales.
Ce mode de paiement permet aux gros parieurs de miser des montants très supérieurs aux plafonds autorisés par les cartes bancaires classiques. Les risques liés à cette absence de contrôle incluent le blanchiment d’argent, la corruption et une fuite massive de capitaux en devises vers l’étranger.
Pourtant, le cadre juridique marocain ne comporte aucune zone grise. Le monopole de la MDJS repose sur des fondements législatifs établis dès 1966, renforcés en 1970 et consolidés par la convention État-MDJS de 2016, qui étend cette exclusivité jusqu’en 2036 et couvre explicitement les paris en ligne.
Le Maroc a également renforcé son dispositif en signant en 2021 la Convention de Macolin, qui définit comme illégal tout pari proposé par un opérateur non autorisé dans la juridiction du joueur.
L’éthique comme fondement des paris sportifs régulés
Il convient de préciser que dans le secteur des paris sportifs, l’éthique repose sur un ensemble de règles clairement établies par les régulateurs reconnus et les instances sportives internationales. Ces principes visent à encadrer une activité à risque et s’articulent principalement autour de la protection du joueur, de l’intégrité sportive, de la transparence juridique et de la responsabilité sociale des opérateurs.
La protection du joueur constitue un pilier central de ces règles. Elle implique l’interdiction de cibler les mineurs, la mise en place d’outils de jeu responsable tels que des limites de dépôt ou des mécanismes d’auto-exclusion, ainsi que des messages clairs sur les risques d’addiction. Les opérateurs doivent également éviter toute communication trompeuse concernant les gains potentiels.
L’éthique des paris sportifs concerne aussi l’intégrité des compétitions. Les plateformes régulées coopèrent avec les fédérations sportives afin de détecter et prévenir les matchs truqués, surveiller les flux de paris suspects et restreindre certains types de paris exposés aux manipulations.
Transparence, licences et responsabilité sociale
À ces exigences s’ajoutent des obligations de transparence et de légalité. Un opérateur éthique doit disposer d’une licence délivrée par une autorité reconnue, afficher clairement son identité juridique et sa juridiction, et appliquer des procédures strictes de vérification d’identité des joueurs.
La responsabilité sociale implique également une contribution financière au sport, à la prévention de l’addiction et aux finances publiques, ainsi que le respect des règles publicitaires locales.
Au regard de ces standards internationaux, 1xBet n’est pas considéré comme un opérateur éthique ou régulé. Des accusations récurrentes, relayées par des régulateurs et des médias internationaux, portent sur un manque de transparence, des pratiques publicitaires agressives et des contournements des législations nationales.
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