L'IA au Maroc, un levier de 100 MMDH pour le PIB à l’horizon 2030
L'intégration de l'intelligence artificielle dans l'industrie et l'administration publique devrait générer une contribution de 10 milliards de dollars (100 milliards de DH) d'ici 2030.
S'exprimant lors d'une journée d'étude dédiée à l'IA, le lundi 12 janvier, Amal El Fallah Seghrouchni, ministre chargée de la Transition numérique et de la réforme de l'administration, a dévoilé les ambitions chiffrées du Royaume pour l'intelligence artificielle.
Selon la ministre, l'intégration de l'IA dans l'industrie et l'administration publique devrait générer une contribution de 10 milliards de dollars (100 milliards de DH) d'ici 2030.
Pour soutenir cette ambition, le gouvernement prévoit un renforcement massif des infrastructures technologiques à travers le Royaume. Cette stratégie repose principalement sur le déploiement de centres de données souverains afin de garantir une maîtrise nationale totale du traitement des données. Ce socle technique sera complété par l’expansion des réseaux de fibre optique et des services Cloud, ainsi que par la création de centres de recherche spécialisés en IA, développés en étroite collaboration avec les universités et les acteurs du secteur privé.
Le succès de ce plan de transformation repose avant tout sur la disponibilité d'une main-d'œuvre hautement qualifiée. Amal El Fallah Seghrouchni a ainsi annoncé des objectifs de formation de grande envergure pour accompagner ce déploiement.
Le Royaume ambitionne de former 200.000 diplômés aux compétences spécifiques de l'intelligence artificielle et de créer 50.000 nouveaux emplois directs et indirects dans ce secteur d'ici 2030, positionnant ainsi le capital humain au cœur de la stratégie numérique nationale.
"L’IA, un levier de souveraineté numérique et de développement inclusif"
La ministre a indiqué que le Royaume œuvrera à devenir un hub d’excellence en matière d’IA et de sciences avancées, en s’appuyant sur plusieurs principes fondateurs validés lors des Assises nationales de l’IA, tenues en juillet dernier.
Cette journée dédiée à l'IA s’inscrit dans le prolongement de ces Assises nationales, lesquelles ont permis de poser un diagnostic défini du champ de l'IA au Maroc, tout en la consacrant comme instrument déterminant des équilibres économiques, institutionnels et géopolitiques, a-t-elle fait remarquer.
En effet, l’ambition du Maroc en matière d’IA repose sur cinq piliers, à savoir la souveraineté technologique, la confiance des citoyens, le développement massif des compétences, la promotion d’une innovation endogène et la consécration de l’équité territoriale, a-t-elle relevé, notant, à cet égard, que le Maroc a besoin de l’implication de l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux afin de forger sa souveraineté numérique.
À cette occasion, la ministre a annoncé la mise en place du réseau des instituts "Jazari". Il s'agit d'une plateforme d’instituts d’excellence ancrés dans les douze régions du Royaume, en résonance avec les dynamiques locales et reposant sur une gouvernance aux niveaux national et régional.

Selon les organisateurs, ces centres traduisent l’ambition du Royaume de bâtir un écosystème national de l’IA fondé sur l’excellence scientifique, la recherche et l’innovation, en accompagnant la montée en puissance des start-up technologiques, en favorisant l’adoption du numérique par les PME et en consolidant les capacités nationales en matière de développement, d’attraction et de rétention des talents.
Le noyau technique et stratégique de ce réseau repose sur l’institut "Jazari Root" autour de trois thématiques clés, à savoir l’e-gov, les smart zones rurales et montagneuses, ainsi que les grands événements sportifs. Ce noyau stratégique, constitué en Groupement d’intérêt public (GIP), s’appuiera sur un campus physique de 20 hectares dédié à l’ingénierie et à l’incubation.
La souveraineté numérique marocaine s’appuiera ainsi sur des infrastructures physiques robustes. Amal El Fallah Seghrouchni a souligné l’importance d’un Data Center souverain de 50 MW à Rabat, offrant des capacités de calcul avancées pour entraîner et opérer des modèles d’IA en toute sécurité. À cela s’ajoutent une Data Factory pour structurer les données nationales et une "Forge logicielle" pour mutualiser les développements entre les différentes administrations.
Financement et écosystème start-up
Le nerf de la guerre reste le financement. Un investissement de 1,3 milliard de DH a été mobilisé à travers les mécanismes "Vibe" et " VC", en partenariat avec le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, la CDG et Tamwilcom. Ce soutien financier massif vise à propulser les start-up de la DeepTech marocaine sur la scène internationale.
L’ambition du Maroc dépasse ses frontières. À travers l’initiative D4SD (Digital for Sustainable Development) lancée avec le PNUD, le Royaume se positionne comme un pont entre le monde arabe et l’Afrique. Parmi les projets visionnaires cités, la création à Dakhla d’une Data Embassy pour les pays du Sahel, consolidant ainsi le rôle diplomatique et technologique du Maroc dans la région.
Un "framework de l’IA responsable"
De son côté, le président de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP), Omar Seghrouchni, a présenté un exposé sur le "Framework de l’IA responsable", soulignant qu'en matière d'IA, ce cadre demeure indispensable pour la protection des données, notamment celles à caractère personnel.
L'importance d'un framework responsable réside également dans la mise en place de traitements à même de garantir un usage loyal des technologies de l’IA et respectueux de la dignité humaine, a-t-il enchaîné.
La donnée à caractère personnel est devenue, a-t-il indiqué, un enjeu de gouvernance doté d’une dimension géopolitique, ajoutant qu’un framework de l’IA responsable, nécessitant une implication collective, permet d’éviter toute disruption de notre système de valeurs et d’instaurer des passerelles appropriées entre le monde technologique et la société.
Cette journée a également été marquée par la signature de 8 conventions réunissant l’ensemble des parties prenantes et partenaires du programme "Jazari", ainsi que par le lancement officiel du laboratoire de recherche et développement en IA "Mistral AI & MTNRA".

Ce laboratoire s'inscrit dans le cadre d’un mémorandum d’entente signé entre le ministère de la Transition numérique et de la réforme de l'administration et Mistral AI, entreprise française spécialisée dans l’IA générative, et traduit une étape majeure de la coopération internationale du Maroc dans le domaine des technologies avancées.
Dans ce cadre, le ministère assure le pilotage stratégique et l’intégration de cette coopération dans la stratégie nationale Maroc digital 2030, en facilitant l’implantation et la structuration du laboratoire de recherche et développement en IA de Mistral AI et du ministère au sein de Jazari Root, en identifiant les cas d’usage prioritaires et en mobilisant l’écosystème national.
Souveraineté numérique et IA : le partenariat stratégique entre le Maroc et Mistral AI
Arthur Mensch, cofondateur de Mistral AI, et Amal El Fallah Seghrouchni ont, lors d'une table ronde organisée en marge de l'événement, dévoilé les contours de leur collaboration. Au cœur des échanges, la fin du monopole technologique bipolaire et l'émergence d'une IA souveraine, culturelle et décentralisée.

Le constat de départ est clair : l'intelligence artificielle est devenue une infrastructure trop vitale pour être laissée entre les mains de quelques acteurs américains ou chinois. Pour Arthur Mensch, Mistral AI incarne une troisième voie. En privilégiant l'open source, l'entreprise française permet aux États "de ne plus être de simples consommateurs dépendants, mais des partenaires technologiques".
"Nous offrons une alternative compétitive qui permet la souveraineté", explique Arthur Mensch. L'objectif est de fournir les "clés" de la technologie pour que des pays comme le Maroc puissent maintenir, adapter et faire évoluer les modèles de manière autonome, même indépendamment du fournisseur initial.
L'un des piliers majeurs du partenariat entre le Maroc et Mistral AI réside dans le multilinguisme. La ministre a souligné une lacune critique dans les modèles actuels (LLM) : le manque de représentativité des langues africaines et des dialectes locaux comme la darija ou l'amazighe.
L'enjeu n'est pas seulement textuel, il est vocal. Dans de nombreuses régions, la voix est l'interface principale avec le numérique. En co-construisant des modèles sur des corpus de données locales et qualifiées, le partenariat vise à créer une IA qui comprend réellement les nuances culturelles du pays. Cette approche marque le passage des modèles massifs et généralistes vers des "Small Language Models" plus agiles et précis.
Le Maroc, futur hub de l'IA grâce à ses talents et son énergie
Pourquoi choisir le Maroc comme partenaire stratégique ? Arthur Mensch pointe deux atouts majeurs :
- le capital humain : le Maroc dispose d'un vivier d'ingénieurs d'excellence en mathématiques et physique, des disciplines fondamentales pour le développement de l'IA.
- l'infrastructure durable : l'IA est extrêmement gourmande en énergie. Le potentiel exceptionnel du Maroc en énergies renouvelables, particulièrement dans le Sud, offre une opportunité unique pour héberger des data centers souverains à faible empreinte carbone.
Loin des débats abstraits, Mistral AI définit l'éthique comme une rigueur d'ingénierie. "L'éthique, c'est d'abord s'assurer que le système fait ce qu'on lui demande", affirme Mensch. Cela passe par des tests logiciels intensifs et des garde-fous techniques, garantissant que l'IA reste un outil fiable au service des citoyens sans dévier de sa mission initiale.
Si les États-Unis dominent historiquement par le volume de capitaux, le modèle européen et marocain mise sur la coopération. Entre les fonds européens (programme Horizon), les investissements du Moyen-Orient et la dynamique bilatérale franco-marocaine réaffirmée lors de la récente visite d'État du président Emmanuel Macron, les ressources financières s'organisent pour soutenir cette ambition.
En somme, le partenariat entre le Maroc et Mistral AI ne se limite pas à une simple transaction commerciale. Il s'agit d'un transfert de connaissances visant à créer un écosystème d'innovation locale. Comme l'a conclu la ministre, "l'innovation en IA partira d'Afrique". En unissant les forces de la R&D européenne et le potentiel de croissance africain, cette alliance dessine les contours d'un avenir numérique plus équilibré et respectueux des identités nationales.
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