Les pluies redonnent vie aux principaux cours d'eau (images satellites)
Le cycle de sept ans de sécheresse est rompu. Grâce à un excédent pluviométrique de 95 % et au retour de la neige, plusieurs plans d’eau se sont redynamisés. Mais derrière ces images spectaculaires de renaissance, la réalité du réchauffement impose la nécessité de la rationalisation des ressources pour que le modèle marocain devienne de plus en plus résilient à la sécheresse.
L’amélioration de la situation hydrique, perceptible au niveau des barrages, s’est traduite par un relèvement du niveau des principaux cours d’eau, auparavant gravement touchés par la sécheresse.
Des plans d'eau surgissent
Après les récentes intempéries, plusieurs plans d’eau ont surgi dans les régions de Doukkala-Abda et de Casablanca-Settat, créant une situation qui n'avait plus été observée depuis longtemps en décembre, en raison de la sécheresse.
L’analyse des relevés pluviométriques confirme cette tendance exceptionnelle. En effet, entre le 1ᵉʳ décembre 2025 et le 12 janvier 2026, les données des stations météorologiques révèlent que :
- Les régions du Centre ont enregistré des précipitations nettement supérieures à la normale.

- Le Nord affiche également un excédent, légèrement supérieur à la normale.

- Quant aux régions du Sud, si les pluies y sont supérieures aux moyennes habituelles, les cumuls restent faibles, ne dépassant pas 30 mm.

Sur le terrain, ces apports hydriques ont eu des conséquences directes sur les infrastructures. Au niveau de l’oued Kourifla, près du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah, la crue a submergé un pont, coupant ainsi la route reliant Aïn Aouda à Rommani (via Had Brachoua).

Dans le bassin du Sebou, la situation hydrique est tout aussi positive. Le barrage de garde, situé près d’Ouled Ameur, a atteint 85 % de sa capacité, stockant ainsi 34 millions de mètres cubes. Les images aériennes témoignent de la revitalisation du réseau hydrographique sous l'effet des pluies persistantes. Parallèlement, le canal d’assèchement du Sebou, conçu pour évacuer le surplus hydrique, a saturé et inondé les terres avoisinantes.

Au nord de Sidi Yahya Gharb, l’eau est réapparue dans la merja de Sidi Ameur après des années d’assèchement complet, redonnant vie à des lacs naturels qui n’étaient plus visibles que sur des cartes topographiques vieilles de 50 ans et plus.

Plus au nord, aux environs de Ksar Lekbir, Oued Makhazine a provoqué dès décembre des inondations sur de larges superficies agricoles aux environs de Risana. Aujourd’hui, les débordements se limitent toutefois à ses berges.

Cette amélioration spectaculaire bénéficie également à l’oued Oum Er-Rabia, dont les sources avaient été gravement affectées par sept années de sécheresse consécutives.
En amont, le niveau du barrage Ahmed El Hansali se rapproche désormais de sa capacité moyenne, lui qui peinait ces dernières années à atteindre le quart de son volume.
En aval, l’embouchure d’Oued Oum Er-Rabia connaît une situation inédite. L’embouchure du fleuve, bloquée par l'ensablement et le manque de débit depuis plusieurs années, a finalement pu percer le cordon dunaire pour rejoindre l’océan grâce à la puissance du courant rétabli.


Le bilan hydrique n’exempte pas de la nécessité de repenser une gestion optimisée des ressources
L’amélioration actuelle de la situation hydrique ne signifie pas que la sécheresse est définitivement écartée, ni que l'on peut revenir sans précaution aux anciennes pratiques. Au contraire, ce répit doit être saisi comme une opportunité pour rationaliser en priorité notre consommation d'eau agricole, qui absorbe près de 80 % de la demande, et ce dans une logique de développement à la fois socio-économique et durable.
Malgré cette embellie, les traces de la sécheresse restent visibles aux quatre coins du pays. Ces traces attestent clairement qu'un épisode pluvieux, même intense, ne suffit pas à effacer des années de pression sur les ressources souterraines, qui sont par nature difficilement renouvelables.
L'exemple du lac Dayet Aoua, à sec depuis 2019, est éloquent. L'absence de remise en eau prouve que les processus de régénération naturelle ne se sont pas activés, probablement parce que la surexploitation de la nappe phréatique locale dépasse son seuil de renouvellement. Or, c'est ce renouvellement qui permettrait à l'eau de résurgir dans ce lac, qui fut il y a peu encore un moteur de développement local. Toutefois, l'espoir demeure, car l'histoire montre que ce lac a déjà connu des cycles d'assèchement par le passé.


Aux alentours, d'autres plans d'eau comme Dayat Hachlaf et Dayat Ifrah n'ont pas non plus retrouvé leur niveau, alors que les parcelles agricoles qui exerçaient une pression sur les ressources en eau ont également été impactées.


De son côté, le lac Aguelmam Azegza a conservé de l'eau, bien que son niveau reste inférieur à celui d'il y a huit ans. Cette résilience s'explique probablement par une pression agricole moins dense dans ses environs immédiats par rapport à la zone de Dayet Aoua.


L’enneigement récent de l’Atlas devrait favoriser une recharge progressive des nappes. Cependant, il est désormais évident que les efforts doivent se concentrer sur la maîtrise de l'irrigation privée, en limitant, pour chaque périmètre, les volumes prélevés à un seuil compatible avec la recharge naturelle des aquifères.
Cette approche commence à se concrétiser, mais reste encore trop limitée. À l'échelle nationale, l'Agence du bassin de Guir-Ziz-Ghéris a ainsi décidé de limiter l'irrigation à un périmètre de 15.000 hectares, avec une dotation maximale de 8.000 mètres cubes par hectare. Selon des estimations scientifiques, le modèle basé sur ce plafonnement permettrait de contenir la baisse du niveau des nappes entre 10 et 40 mètres, marquant une première étape vers une exploitation équilibrée.
Lors d'une séance publique à la Chambre des représentants, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, a annoncé que l’amélioration de la situation hydrique est due à un cumul pluviométrique moyen de 108 mm (représentant un excédent de 95 % par rapport à la moyenne saisonnière) et à une superficie neigeuse qui s’est stabilisée autour de 25.000 km².
Cette amélioration de la situation hydrique s’est matérialisée par une hausse des stocks dans les barrages, dont le taux global de remplissage a dépassé 46%. Plusieurs barrages de capacité moyenne ont atteint 100 % de leur capacité, de même que deux grands barrages, à savoir le barrage d'Oued El Makhazine et le barrage de Sidi Mohammed Ben Abdellah, ce dernier affichant un taux de remplissage de 99,25 %.
à lire aussi
Article : Le musée du continent africain devrait ouvrir à la fin de 2027 (Mehdi Qotbi)
Porté par la Fondation nationale des musées, le futur musée du continent africain a franchi une étape décisive. Le président Mehdi Qotbi nous annonce que le plus grand complexe muséal d'Afrique, dont les travaux de gros œuvre ont dépassé 85%, entre dans sa phase finale avant une ouverture au public lors du dernier trimestre 2027.
Article : Le jardinier marocain de Jany Le Pen expulsé vers le Maroc pour séjour irrégulier
Selon une information révélée par Le Parisien, Hatim B., un Marocain de 32 ans qui effectuait des travaux de jardinage chez Jany Le Pen, veuve de Jean-Marie Le Pen, a été expulsé le jeudi 23 avril vers le Maroc. En situation irrégulière en France depuis 2017, il faisait l’objet d’une mesure d’éloignement décidée par le préfet des Hauts-de-Seine.
Article : Maghreb : une visite américaine dans un contexte de pression croissante sur l’Algérie
Annoncée par le département d’État, la tournée de Christopher Landau, du 27 avril au 1er mai, intervient dans un contexte marqué par l’implication croissante de Washington dans le suivi du dossier du Sahara et de ses prolongements onusiens.
Article : Ordre des experts-comptables : le scrutin s’annonce serré (liste)
Le scrutin du 21 mai pour le renouvellement du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables met en concurrence 41 candidats pour 11 sièges. Parmi eux, se dégagent des profils issus de grands cabinets internationaux, comme EY, Deloitte, Mazars, BDO, KPMG ou Grant Thornton, des figures expérimentées déjà présentes dans les instances de l’Ordre et des profils plus récents, illustrant les équilibres internes de la profession.
Article : Protection des femmes victimes de violence : lancement officiel de la cellule centrale à Rabat
À Rabat, le ministère de la Solidarité a lancé la cellule centrale de prise en charge des femmes victimes de violence, chargée de renforcer la coordination institutionnelle, de superviser les structures territoriales et d'améliorer l’accompagnement juridique, psychologique et social des victimes.
Article : Bourse de Casablanca : le MASI chute de 1,69%, les volumes grimpent à 667 MDH
La Bourse de Casablanca a clôturé la séance du 24 avril 2026 en baisse, avec un MASI en recul de 1,69% à 18.815,18 points. Les échanges ont atteint 667,11 MDH, dominés par Managem, Minière Touissit et Attijariwafa bank.