Chars K2 et système Cheongung : une option qui répond aux besoins marocains
La presse spécialisée évoque un intérêt potentiel du Maroc pour les chars K2 Black Panther et les systèmes de défense aérienne sud-coréens Cheongung. Une chose est toutefois certaine : le Royaume fait face à un besoin avéré de modernisation de ses capacités blindées.
Une information relayée par le magazine spécialisé Defense Blog, citant des sources industrielles sud-coréennes proches du ministère de l’Industrie, évoque l’intérêt du Maroc pour l’acquisition de jusqu’à 400 chars K2 Black Panther ainsi que du système de défense aérienne Cheongung (KM-SAM).
À ce stade, aucune confirmation officielle n’a été donnée par les autorités marocaines. Il s’agit donc moins d’une annonce que d’une hypothèse stratégique, révélatrice d’une réflexion plus large sur la modernisation des Forces armées royales (FAR).
Une information à manier avec prudence
Si elle venait à se concrétiser, cette acquisition marquerait une première intégration d’équipements militaires sud-coréens dans l’arsenal marocain. Les sources citées indiquent que le K2 Black Panther, char de combat principal de nouvelle génération, est doté d’un canon de 120 mm à âme lisse, d’un système de conduite de tir avancé et de capteurs de haute performance, le tout intégré sur une plateforme d’environ 55 tonnes. Quant au système Cheongung, il est conçu pour intercepter avions et missiles de croisière à moyenne portée.
Pour notre consultant militaire Abdelhamid Harifi, l’intérêt potentiel du Maroc s’inscrit d’abord dans une réalité opérationnelle. "Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un besoin. Ce besoin a été confirmé par la commande d’un batch supplémentaire de chars Abrams il y a quelques années, commande qui n’a jamais été exécutée".
Contrairement à certaines affirmations relayées, le Maroc ne dispose pas de chars M1A2 SEPv3, mais de versions M1A1 SA (Situational Awareness), modernisées mais éloignées des standards les plus récents, jugés trop coûteux dans les négociations avec les États-Unis.
Les discussions passées autour d’autres options – comme les chars israéliens Merkava – ont été abandonnées pour des raisons géopolitiques et industrielles, laissant le besoin intact, sans solution pleinement satisfaisante à ce jour.
Le K2 : une option crédible sous conditions
Selon Abdelhamid Harifi, l’hypothèse du K2 devient plausible uniquement si elle s’inscrit dans un contrat global, visant à :
- retirer progressivement les anciens chars (M60, M48, SK105) ;
- renforcer quantitativement et qualitativement le parc blindé ;
- inclure un transfert de technologie avec montage ou production locale.
Sans cet accompagnement industriel, le coût unitaire du K2 resterait dissuasif pour un système dont les performances en conditions réelles doivent encore être pleinement confirmées. Le modèle de coopération Égypte-Corée du Sud est souvent cité comme référence possible.
Au-delà de l’armement, cette hypothèse s’inscrirait dans un rapprochement multidimensionnel entre Rabat et Séoul : ferroviaire, construction navale, industrie et, potentiellement, défense aérienne. La position sud-coréenne, jugée favorable à la position marocaine sur la question du Sahara, renforce l’idée d’un partenariat stratégique fiable.
La presse sud-coréenne évoque également des discussions possibles autour de la défense aérienne, domaine dans lequel le Cheongung pourrait constituer une brique intermédiaire crédible.
Et après le terrestre, l’aérien en ligne de mire ?
Toujours selon le consultant, la prochaine étape logique d’une coopération approfondie pourrait être l’aviation militaire, avec l’étude d’appareils comme le TA-50 ou le FA-50, capables de remplacer à la fois les Alpha Jets et les F-5 vieillissants. Ces plateformes offriraient :
- une transition plus fluide vers les F-16 ;
- une meilleure interopérabilité ;
- des capacités d’appui aérien rapproché (CAS).
Enfin, cette information doit être replacée dans un contexte régional tendu. La récente visite du chef d’état-major algérien en Corée du Sud, où la question du K2 a également été évoquée, relativise la probabilité d’une acquisition identique par les deux pays. "Le pays qui offrira un véritable accompagnement industriel aura l’avantage. Et sur ce point, le Maroc est aujourd’hui mieux positionné", estime Abdelhamid Harifi.
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