Nador West Med. Un potentiel de près de 100.000 emplois
ROUNDUP. Dans une région marquée par de fortes fragilités socioéconomiques, le lancement du complexe Nador West Med est attendu comme un levier de rééquilibrage du développement régional. La capacité du projet à produire des retombées durables dépendra de sa transformation en un véritable écosystème industrialo-logistique, capable d’attirer des investissements productifs et de structurer un tissu économique local.
Le Maroc s’apprête à franchir une nouvelle étape de sa stratégie portuaire avec la mise en service progressive du complexe Nador West Med.
Nador West Med : bien plus qu’un port
L’entrée en activité de Nador West Med est appelée à produire des effets profonds sur la dynamique économique de la région de l’Oriental, un territoire qui demeure structurellement en décalage par rapport à la moyenne nationale.
Selon les données socioéconomiques du HCP, l’Oriental affiche l’un des taux de chômage les plus élevés du Royaume hors régions du Sud, à 21,1%, traduisant une fragilité persistante du marché du travail et une faible capacité d’absorption de la population active.
Cette vulnérabilité se reflète également dans le niveau de richesse produite. En 2024, le PIB par habitant de la région s’établit à 31.597 DH, un niveau inférieur à la moyenne nationale, confirmant le retard économique de l’Oriental et la faiblesse de sa base productive.
Dans ce contexte, la vocation de Nador West Med dépasse largement la seule fonction portuaire. À l’image de Tanger Med, dont l’impact s’est étendu bien au-delà des activités maritimes pour transformer en profondeur le tissu productif et social de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Nador West Med est conçu comme un levier de rééquilibrage territorial.
L’expérience du Nord montre en effet qu’un port intégré, adossé à des zones industrielles et logistiques, peut enclencher une dynamique cumulative d’investissement, d’emploi et de création de valeur, contribuant durablement à la montée en puissance économique de son hinterland.
Un port adossé à un écosystème industriel
Le port est conçu comme une infrastructure à haute capacité dès sa mise en service, avec une capacité annuelle d’environ 5 millions de conteneurs et des volumes significatifs de trafic en vrac liquide et solide pouvant atteindre 35 millions de tonnes.
À terme, la capacité du trafic conteneurisé pourrait atteindre 12 millions de conteneurs par an, tandis que le vrac liquide, principalement à vocation énergétique, est prévu pour des volumes pouvant aller jusqu’à 15 millions de tonnes par an.
Nador West Med n’a jamais été pensé comme un simple "Tanger Med bis". L’étude d’impact réalisée selon les standards des bailleurs internationaux décrit le projet comme une plateforme portuaire intégrée, dans une logique de développement territorial intégré.
Et c’est là qu’intervient le second pilier du projet, à savoir la zone d’activités industrielle et logistique adossée à Nador West Med. Le rapport d’évaluation de la Banque africaine de développement publié en 2024 indique que cette zone est destinée à accueillir des industries relevant de plusieurs secteurs et qu’elle sera dotée d’infrastructures de base, notamment une station de dessalement, des installations électriques et des stations de traitement des eaux usées, afin de permettre l’implantation et le fonctionnement des activités industrielles.
Selon l’étude d’impact environnemental et social du complexe, la zone industrielle et logistique adossée au port est destinée à accueillir un éventail d’activités comprenant notamment l’agro-industrie, le textile et le cuir, les industries métallurgiques, mécaniques et électriques, la chimie et la parachimie, le stockage des hydrocarbures, ainsi que les services directement liés aux activités portuaires et logistiques.
Le développement d’infrastructures routières et ferroviaires est censé renforcer l’effet d’entraînement du port, en facilitant la circulation des biens et des personnes, en soutenant l’activité économique régionale et en améliorant l’accessibilité et les conditions de vie des populations.
Les retombées économiques du Nador West Med
Dans une étude publiée en 2022, Mokhtari et Mizab, chercheurs à l’École Supérieure de Technologie de Nador, rappellent la vocation industrialo-portuaire du projet et soulignent que son impact attendu dépasse la seule fonction de transit maritime, en visant l’activation de l’arrière-pays à travers l’implantation d’activités industrielles et logistiques.
Ils précisent toutefois que les retombées économiques demeurent conditionnées à l’exploitation effective du port et à la capacité à attirer des activités productives dans les zones prévues autour du complexe.
Une étude publiée en 2025 par Mansri et Belghiti, chercheurs à l’Université Mohammed Premier d’Oujda, souligne le rôle potentiel de Nador West Med comme facteur de renforcement de l’attractivité économique de la région de l’Oriental. Selon leur analyse, le port constitue un levier susceptible de favoriser la concentration d’activités productives et la création d’emplois durables, à condition que des investissements industriels s’y implantent effectivement et que le tissu économique régional se consolide autour du complexe.
La création d’emplois constitue la première attente associée à un projet de cette envergure. Si la phase de construction a généré des emplois temporaires, le lancement effectif des activités portuaires et industrielles est appelé à produire des emplois plus stables et durables, à travers l’exploitation du port et le développement des zones industrielles.
Le rapport de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement évoque un potentiel d’environ 100.000 emplois à terme, dont 45.000 emplois directs et 55.000 emplois induits à l’horizon 2034, dans un scénario de montée en charge complète du complexe.
La BERD souligne que ces retombées ne se limiteraient pas à la région de l’Oriental, mais pourraient produire des effets d’entraînement au-delà de son périmètre, notamment en soutenant le développement économique de la région voisine de Fès-Meknès.
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