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Année exceptionnelle ou retour à la norme ? Comprendre la situation climatique au Maroc

Pluies abondantes, froid inhabituel et intempéries marquées : après plusieurs années de sécheresse, le Maroc connaît une séquence climatique qui interroge. Année exceptionnelle, retour à la norme ou effet du réchauffement global ? Entretien avec le climatologue Mohammed Said Karrouk.

Climat au Maroc année exceptionnelle ou simple retour à la norme
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Le 31 janvier 2026 à 11h34 | Modifié 31 janvier 2026 à 11h33

Pluies abondantes, épisodes de froid inhabituels, vents violents et fortes houles sur le littoral. La situation climatique observée ces derniers mois au Maroc tranche avec les années de sécheresse successives qui ont marqué la dernière décennie. Cette configuration relance une question largement partagée par l’opinion publique : assiste-t-on à un simple épisode exceptionnel ou à une manifestation directe du réchauffement climatique, voire à un "décalage des saisons" ?

Contacté par Médias24, le climatologue et professeur universitaire Mohammed Said Karrouk apporte un éclairage scientifique pour distinguer les perceptions immédiates des réalités climatologiques de fond.

Une alternance sécheresse-pluie propre au climat marocain

Première mise au point essentielle : le retour de l’eau n’a rien d’anormal dans l’histoire climatique du Maroc.

"La structure du climat marocain est fondamentalement sèche, la sécheresse en est la règle, en raison notamment de la présence de l’anticyclone subtropical des Açores", explique le climatologue. Mais cette sécheresse a toujours été ponctuée de phases de rupture marquées par un retour parfois abondant des précipitations.

Cette alternance constitue un rythme ancien, rendu possible par la configuration géographique du pays et ses chaînes montagneuses – du Rif à l’Atlas jusqu’à l’Anti-Atlas – qui favorisent les précipitations lorsqu’une circulation atmosphérique favorable s’installe. "C’est ce rythme climatique qui a permis, historiquement, le développement de la civilisation marocaine", rappelle le professeur Karrouk.

Autrement dit, une année humide, même marquée, ne suffit pas à elle seule à invalider la tendance structurelle à la sécheresse.

Une année marquée par une accumulation de phénomènes rares

Ce qui distingue toutefois la période actuelle, c’est la conjonction simultanée de plusieurs mécanismes climatiques peu fréquents. Le climatologue évoque en premier lieu l’influence de la phase La Niña dans le Pacifique, qui tend à affaiblir l’anticyclone des Açores. Cet affaiblissement facilite la progression vers le sud de masses d’air froid d’origine polaire, cette fois venues du Canada et du Labrador, et non uniquement de Scandinavie.

À cela s’ajoute un autre phénomène déterminant : les rivières atmosphériques. Ces corridors de vapeur d’eau, alimentés par des masses d’air tropical chaud et humide, ont été canalisés par le jet stream jusqu’à l’Atlantique Nord-Est, puis vers l’Europe de l’Ouest et l’Afrique du Nord. Leur rencontre avec l’air froid polaire a généré des dépressions profondes au large du Maroc, provoquant des pluies intenses, des chutes de neige en altitude, de fortes rafales de vent et une houle significative sur les côtes.

"Nous sommes face à une situation où le froid, l’humidité tropicale et le renforcement du jet stream se sont produits simultanément. Ce type de configuration n’est pas la règle, mais il est physiquement possible", précise le climatologue.

Faut-il parler d’un décalage des saisons ?

Le débat public évoque fréquemment un "décalage des saisons". Sur ce point, Mohammed Said Karrouk appelle à la prudence. Sur le plan thermique, l’épisode de froid observé cet hiver est effectivement inhabituel. Mais il ne remet pas en cause la tendance de fond : des hivers globalement plus doux et une saison chaude de plus en plus longue.

"Le décalage n’est pas saisonnier au sens strict. Ce que l’on observe, c’est une augmentation globale des températures et une modification du cycle de l’eau", explique-t-il. Les saisons, en tant que repères climatiques, demeurent. En revanche, la distribution des précipitations change, tant dans le temps que dans l’espace.

Réchauffement climatique et nouvelle distribution des pluies

Le retour actuel des pluies répond donc à une double lecture. Il s’inscrit à la fois dans le rythme naturel du climat marocain et dans un contexte de réchauffement global qui amplifie les extrêmes. "Le réchauffement climatique renforce aussi bien les sécheresses que les épisodes pluvieux. Une atmosphère plus chaude contient davantage de vapeur d’eau", souligne le climatologue.

À cela s’ajoute l’effet différé du réchauffement océanique. L’année 2023 a été marquée par des températures océaniques exceptionnellement élevées. Or, l’océan possède une forte inertie thermique. "Il garde la mémoire de cette énergie, et ses effets se prolongent sur plusieurs années", explique Mohammed Said Karrouk, ce qui contribue à intensifier les phénomènes météorologiques observés aujourd’hui, y compris au Maroc.

La question de savoir si ce type de configuration climatique pourrait se reproduire dans les prochaines années reste ouverte. Si les perturbations, les incursions d’air froid et les rivières atmosphériques continueront d’exister, leur simultanéité demeure statistiquement difficile à anticiper.

"Théoriquement, ces événements peuvent se reproduire ensemble. Mais nous ne disposons pas encore d’assez de données pour en déterminer la fréquence future", tempère le climatologue. D’autant plus que l’évolution de La Niña, attendue vers des conditions neutres à partir de la fin de l’année, pourrait modifier à nouveau l’équilibre atmosphérique.

Une certitude demeure néanmoins : la sécheresse restera la caractéristique dominante du climat marocain, même si elle continuera d’être ponctuée par des retours de l’eau parfois spectaculaires. "C’est l’équilibre actuel du climat planétaire. Tant qu’il se maintient, le Maroc conservera ce régime, fait d’aridité structurelle et de ruptures pluvieuses", conclut Mohammed Said Karrouk.

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Le 31 janvier 2026 à 11h34

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