Le taux des comptes sur carnet baisse à 1,61% au S1-2026 : ce qui change pour l’épargne

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Par | Le 2/2/2026 à 17:04
Le taux des comptes sur carnet est fixé à 1,61% pour le premier semestre 2026, en baisse par rapport à la période précédente. Cette évolution s’inscrit dans la détente des conditions monétaires et modifie le rendement réel de cette épargne une fois l’inflation et la fiscalité prises en compte.

Entré en vigueur le 1ᵉʳ janvier, le nouveau taux des comptes sur carnet s’inscrit dans une tendance de repli amorcée au cours des derniers semestres, après le pic observé en 2023.

Fixé à 1,61% pour le premier semestre 2026, il baisse de 30 points de base par rapport au second semestre 2025 (1,91%) et restera applicable jusqu’au 30 juin 2026. Cette évolution signifie une rémunération un peu moins élevée pour les détenteurs de comptes sur carnet.

Qu’en est-il alors de la transmission de cette évolution vers l’épargne et du rendement réel des comptes sur carnet une fois l’inflation prise en compte ?

Une baisse du taux du carnet dans le sillage de la détente monétaire

La rémunération des comptes sur carnet poursuit son mouvement de repli au premier semestre 2026, dans la continuité de la détente amorcée l’année précédente. Après s’être établie à 2,48% au second semestre 2024, puis à 2,21% au premier semestre 2025 et 1,91% au second semestre de la même année, elle ressort désormais à 1,61%. Ce recul progressif s’inscrit dans l’évolution plus large des conditions monétaires.

La politique monétaire a en effet basculé d’une phase de resserrement à une phase de détente graduelle. Entre mars 2024 et mars 2025, le taux directeur de Bank Al-Maghrib est passé de 3% à 2,25%. Cette évolution s’est progressivement reflétée sur le marché des bons du Trésor, qui servent de référence pour la rémunération des comptes sur carnet. Les rendements à court terme se sont ainsi inscrits dans une trajectoire baissière, entraînant mécaniquement un ajustement du taux du carnet.

"La baisse du carnet n’est pas une décision isolée des banques. Elle traduit la détente observée sur les rendements des bons du Trésor depuis 2024. À mesure que le marché monétaire se normalise, le coût de la ressource diminue, et la rémunération de l’épargne s’ajuste dans le même sens, mais de manière progressive", explique une source de la place.

"Le lien entre la politique monétaire et la rémunération de l’épargne reste cependant indirect. Le carnet ne réagit ni immédiatement ni proportionnellement aux décisions de la Banque centrale. Les banques ajustent leurs offres en fonction de l’évolution des taux des titres d’État, mais aussi de leurs propres contraintes de financement et de liquidité. Cette transmission graduelle explique que la baisse du taux du carnet s’observe sur plusieurs semestres, plutôt que sous la forme d’un ajustement brutal".

Le retour du rendement réel positif

Selon le haut-commissariat au Plan, l’inflation s’est établie autour de 0,8% en 2025 et devrait atteindre 1,3% en 2026. Face à ces niveaux, la rémunération des comptes sur carnet ressortait à 2,21% au premier semestre 2025, puis à 1,61% au premier semestre 2026. Le taux de rendement réel apparaît ainsi nettement positif en 2025, autour de +1,4%, avant de se réduire à environ +0,3% en 2026.

Autrement dit, la situation de l’épargne s’est sensiblement améliorée par rapport aux années de forte inflation. Le carnet ne se contente plus de limiter l’érosion du pouvoir d’achat : il a temporairement permis un gain réel en 2025. En 2026, cet avantage s’amenuise, mais le rendement réel demeure légèrement positif.

"La vraie rupture, ce n’est pas le niveau du taux facial, mais le fait que l’inflation soit revenue à des niveaux bas. Le carnet ne rapporte pas beaucoup, mais il ne pénalise plus l’épargne comme durant la phase inflationniste", souligne un opérateur de marché.

"On n’est plus du tout dans la configuration de 2022. Le rendement réel redevient légèrement positif, autour de +0,3%. Concrètement, à titre illustratif, 1.000 DH rémunérés à 1,61% sur un an donnent 1.016,1 DH en nominal, soit environ 1.003 DH en pouvoir d’achat une fois l’inflation de 1,3% déduite, qui reste une prévision. On ne parle pas d’un rendement attractif, mais d’une épargne qui cesse de se faire manger par la hausse des prix".

Et il faut savoir que ce taux de 1,61% est brut, car il faut en plus soustraire la taxe sur les produits financiers à revenu fixe qui est de 30% prélevés à la source (pour les Marocains résidents), donc 1,13% en net.

À fin décembre 2025, les comptes d’épargne, qui incluent les comptes sur carnet, totalisent 192,7 milliards de DH. À la même date, les dépôts à vue atteignent 1.001,1 MMDH, tandis que les dépôts à terme s’établissent à 114,2 MMDH.

Un placement sécurisé dans un régime durable de taux bas

Malgré la baisse graduelle de sa rémunération, le compte sur carnet conserve son principal atout : la sécurité. Les dépôts sont garantis, les fonds restent disponibles à tout moment et le risque est quasi nul. Ce positionnement explique pourquoi ce produit demeure largement utilisé par les ménages pour la gestion de leur trésorerie, indépendamment des cycles de taux.

Historiquement, la situation était très différente. Dans les années 1990, juste après la libéralisation des taux, la rémunération des comptes sur carnet dépassait les 7%, dans un environnement marqué par des niveaux d’inflation et de taux d’intérêt élevés.

Aujourd’hui, même lorsque le rendement réel redevient légèrement positif, sa fonction reste défensive. Il permet de préserver le capital en termes nominaux, de limiter l’érosion du pouvoir d’achat lorsque l’inflation est faible, mais ne constitue pas un support de valorisation significative de l’épargne.

Quelles alternatives pour améliorer le rendement de l’épargne ?

Pour les épargnants souhaitant aller au-delà de la simple préservation du capital, d’autres supports peuvent être envisagés, en contrepartie de contraintes supplémentaires.

Les OPCVM monétaires, investis principalement en bons du Trésor et certificats de dépôt à court terme, offrent souvent un rendement légèrement supérieur à celui des comptes sur carnet, tout en conservant une liquidité quasi quotidienne et un niveau de risque très faible.

Les dépôts à terme constituent une autre option. Ils proposent généralement une rémunération plus élevée, mais au prix d’une immobilisation des fonds sur une durée définie.

Les obligations d’État à moyen ou long terme peuvent également permettre d’améliorer le rendement, en contrepartie d’une sensibilité aux conditions de marché et d’une liquidité plus limitée.

Le choix dépend donc avant tout de l’objectif de l’épargnant : disponibilité et sécurité pour le compte sur carnet, ou recherche d’un rendement plus élevé en acceptant un moindre degré de flexibilité.

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