Emploi. 193.000 postes créés en 2025, un niveau inédit depuis 2006 hors rattrapage post-Covid
En 2025, l’économie marocaine a créé 193.000 emplois nets, une performance inédite depuis 2006. Cependant, le sous-emploi progresse fortement et le chômage, malgré un léger recul à 13%, demeure élevé, surtout chez les jeunes et les femmes.
Selon la situation du marché du travail en 2025, le marché de l'emploi marocain a enregistré, au cours de la même année, une création nette de 193.000 emplois.
Une création d’emplois exceptionnelle
Sur les deux dernières décennies, et en dehors de l’épisode très particulier de rattrapage post-Covid en 2021, les créations nettes d’emplois n’ont jamais atteint un tel niveau.
La création nette d’emplois en 2025 est ainsi la plus robuste depuis 2006, année au cours de laquelle l’économie marocaine avait créé 300.000 emplois.
La création enregistrée en 2025 reflète, au-delà de son volume élevé, une composition plus marchande de l’emploi. Elle provient en effet d’une hausse de 203.000 postes en milieu urbain, tandis que le milieu rural perd 10.000 emplois.
La ventilation sectorielle explique la mécanique de cette performance. Les services contribuent à eux seuls à 123.000 postes nets, le BTP en ajoute 64.000, l’industrie 46.000, tandis que l’agriculture, forêt et pêche détruit 41.000 emplois.
Les services demeurent le principal moteur de la création d’emplois. Le BTP reflète une absorption de main-d’œuvre cohérente avec un cycle d’investissements et de chantiers soutenu.
L’industrie contribue également de manière positive, ce qui renforce la part de l’emploi hors agriculture dans l’emploi total et, par conséquent, réduit la vulnérabilité du marché du travail aux aléas climatiques, limitant in fine sa volatilité.
Davantage d’emplois, davantage de sous-emploi !
La création d'emploi en 2025 est exclusivement tirée par l’emploi rémunéré. Le volume de l’emploi rémunéré augmente de 250.000 postes, alors que l’emploi non rémunéré recule de 57.000.
Certes, cette dynamique et ce basculement vers davantage d’emplois rémunérés au détriment des emplois non rémunérés sont positifs, mais ils ne doivent pas pour autant masquer un problème de qualité.
Le sous-emploi touche, à fin 2025, 10,9% des personnes occupées, passant, entre 2024 et 2025, de 1.082.000 à 1.190.000 personnes, soit 108.000 personnes supplémentaires en situation de sous-emploi en un an.
Rapportée à la création nette, cette hausse représente près de 56% des emplois créés. Autrement dit, le volume additionnel de sous-emploi est équivalent à plus d’un emploi sur deux créés, ce qui reflète que l’amélioration quantitative ne se traduit pas mécaniquement par une amélioration de la qualité.
Ce ratio de 56% ne permet toutefois pas d’affirmer que les emplois nouvellement créés sont, pour moitié, des sous-emplois, car une partie du sous-emploi peut aussi provenir d’une dégradation des conditions de travail au sein d’emplois déjà existants.
Par ailleurs, le BTP illustre bien ce constat, avec un taux de sous-emploi qui grimpe de 19,6% à 21,7% en un an, soit la hausse sectorielle la plus marquée.
Chômage : une lecture complémentaire
Le chômage, lui, recule légèrement mais reste élevé. Le nombre de chômeurs baisse de 17.000 personnes pour atteindre 1.621.000, et le taux national passe de 13,3% à 13%, avec une amélioration plus visible en milieu urbain qu’en milieu rural.
La baisse est réelle, mais elle ne change pas le diagnostic de niveau. Un chômage à 13% reste un signal de déséquilibre, surtout lorsqu’il se concentre sur les segments les plus sensibles.
Les jeunes de 15 à 24 ans affichent 37,2%, les femmes 20,5%, et les diplômés 19,1%. En parallèle, le HCP signale une hausse de la part des primo-demandeurs et du chômage de longue durée, ce qui renvoie à des difficultés d’insertion et à une persistance du chômage, au-delà de la conjoncture immédiate.
Par ailleurs, afin d’écarter toute ambiguïté liée à une lecture uniquement en pourcentage, les taux ont été convertis en valeurs absolues, ce qui permet une appréciation plus concrète et plus complète des ordres de grandeur.
Un taux de chômage de 37,2% chez les jeunes ne veut pas dire que 37,2% du total des jeunes soient au chômage, il signifie que 37,2% des jeunes appartenant à la population active sont en chômage.
En reconstituant les ordres de grandeur à partir des statistiques du HCP, on obtient environ 837.000 jeunes de 15-24 ans en emploi en 2025, et une population active jeune d’environ 1.332.000 personnes, ce qui implique que 495.000 jeunes sont au chômage.
La même logique appliquée aux femmes donne environ 2.206.000 femmes en emploi, une population active féminine d’environ 2.772.000, et environ 566.000 femmes au chômage.
Cette mise en perspective "en volume" est utile, car elle montre à la fois l’ampleur sociale du chômage des jeunes et des femmes, et la nécessité de lire ces taux comme des indicateurs intra-actifs, pas comme des proportions sur l’ensemble de la population.
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NB : Les effectifs des jeunes et des femmes reconstitués en valeurs absolues sont des estimations obtenues à partir de pourcentages et de totaux publiés par le HCP.
Pour les femmes, le calcul est direct. La population active totale est de 12.488.000 et le taux de féminisation est de 22,2%, ce qui donne 2.772.336 femmes actives. L’emploi féminin représente 20,3% des 10.867.000 actifs occupés, soit 2.206.000 femmes en emploi. Par différence, le nombre de femmes au chômage est donc :
2.772.336 - 2.206.001 = 566.335
On en déduit ensuite le nombre d’hommes au chômage en retranchant le nombre des femmes en chômage du total national des chômeurs : 1.621.000 - 566.335 = 1.054.665
Pour les jeunes de 15-24 ans, ils représentent 7,7% de l’emploi total, soit 836.759. Leur taux de chômage étant de 37,2%, cela signifie que les 836.759 correspondent à 62,8% de la population active jeune (1 - 0,372 = 0,628).
La population active des 15-24 ans est donc 836.759 / 0,628 = 1.332.419, et le nombre de jeunes au chômage est 1.332.418 - 836.759 = 495.659
À noter que tous les chiffres ont été arrondis dans notre analyse.
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