Projet GNL de Nador : une pause forcée pour lever les verrous de la stratégie gazière nationale
Alors que la course à la souveraineté énergétique s'intensifie, la suspension du projet d'infrastructure gazière de Nador marque un temps d'arrêt stratégique. Ce coup d'arrêt, à la croisée des chemins, impose une réflexion sans concession sur les fondements de notre transition, largement indexée sur le gaz naturel, et interroge notre résilience face aux incertitudes géopolitiques et climatiques.
La suspension des appels d'offres pour la phase 1 du développement de l’infrastructure gazière nationale, prise par le ministère de la Transition énergétique, suscite des interrogations sur la stratégie énergétique future du Maroc.
À ce jour, les deux ministères gardent le silence quant aux informations révélées par Reuters, qui évoquent un veto du ministère des Finances à l’origine de cette suspension.
Toutefois, lors de la séance de la chambre des représentants du 3 février 2026 consacrée au vote de la loi transformant l'ONHYM en société anonyme, Leila Benali a indirectement apporté des éclairages. Elle a amorcé son discours en soulignant que l’un des facteurs à l’origine des retards affectant de nombreux projets énergétiques et miniers réside dans les incertitudes qui pèsent sur le cadre institutionnel.
"Le premier président de la Cour des comptes a évoqué les risques liés à la perception et à l'appréhension, et parfois à la mauvaise foi. Il a également parlé de la fuite de certaines données, de manœuvres d'intimidation, et parfois même de menaces. Ainsi, les acteurs, tant privés que publics, dans ces deux domaines (le secteur de l'énergie et celui des mines et carrières) ont des préoccupations concernant les situations de conflits d'intérêts, et nous en avons discuté en commission", a ajouté Leila Benali.
Quels pourraient être les nouveaux paramètres et les hypothèses du projet d’infrastructure gazière marocaine ? Cette stratégie est-elle risquée ou trop optimiste ? Le retard observé est-il réellement justifié ? Autant de questions complexes à décrypter, pour lesquelles un retour en arrière s’impose afin de saisir les enjeux profonds qui secouent actuellement le secteur gazier au Maroc.
Stratégie gazière nationale : les points clés à retenir
Longtemps freinée par des incertitudes institutionnelles, la stratégie gazière marocaine a connu un tournant décisif suite à la suspension par l'Algérie de l'approvisionnement via le gazoduc Maghreb-Europe (GME). Cet événement a imposé, durant un premier temps, une réadaptation du fonctionnement des centrales à gaz nationales. Le passage au "reverse flow" (flux inversé) via le GME n’a été que le prélude d'une nouvelle vision plaçant le gaz naturel comme énergie pivot de la transition vers la neutralité carbone.
Dans le cadre de son plan d'investissement 2025-2030, l'ONEE prévoit d'accroître significativement les capacités de production électrique à partir de gaz. L'objectif est de porter cette capacité à environ 4.300 MW, avec en point d'orgue la future centrale de Nador, située près du nouveau port et d'une puissance prévue de 1.200 MW.

Pour soutenir cette montée en puissance, la stratégie a anticipé, à court terme, le développement d'une infrastructure d'importation de gaz naturel liquéfié (GNL). Celle-ci, basée au port de Nador West Med, devrait avoir une capacité initiale de 5 milliards de mètres cubes par an. À moyen terme, au moins deux autres points d'importation de GNL sont envisagés.
Il est important de noter qu'en 2024, le ministère de la Transition énergétique et du développement durable, le ministère de l'Économie et des finances, l'ONEE, l'Autorité de Nador West Med (NWM) et l'Agence nationale des ports (ANP) ont coordonné leurs efforts pour lancer le projet GNL marocain. Celui-ci vise à développer les infrastructures nécessaires à la réception et au stockage du gaz naturel liquéfié (GNL) au port de NWM, à sa regazéification et à son acheminement via gazoducs. Cette chaîne d'approvisionnement permettra d'alimenter à la fois les centrales électriques de l'ONEE et les consommateurs industriels établis dans les pôles de Nador, Kénitra et Mohammedia.
Les vulnérabilités de l'approvisionnement gazier marocain à l'épreuve des faits
Au Maroc, il convient de rappeler que la production nationale ne permet pas d'assurer l'autonomie énergétique. La production nationale a d'ailleurs décliné ces dernières années, oscillant de 100 à 40 millions de mètres cubes par an, en raison de la chute de production dans les champs du Gharb exploités par SDX Energy. Les volumes produits sont principalement destinés aux besoins industriels sous forme de gaz naturel comprimé (GNC).
L’entrée en production imminente du champ de Tendrara est une excellente nouvelle. Dans sa première phase, elle devrait compenser la baisse de la production nationale destinée aux industriels et permettre, pour la première fois, la production de gaz naturel liquéfié (GNL). Lors de la phase II, le raccordement au gazoduc permettra de produire environ 300 millions de mètres cubes de gaz. Ce volume servira à alimenter la production électrique nationale, bien qu’il ne couvre qu'un peu plus de la moitié des besoins annuels de la seule la centrale de Tahaddart.
De son côté, le projet Anchois, actuellement en cours de redéveloppement pour une exploitation à plus grande échelle, accuse un retard inévitable. Il est important de noter que, même en l'absence de ce retard, la mise en service du champ Anchois ne pourrait que doubler la production gazière nationale actuelle, ce qui reste une contribution limitée à l'échelle des besoins énergétiques du pays.
Au-delà de ces deux projets, aucune découverte gazière substantielle n'est à prévoir, au moins à court terme. En effet, le projet de la société Predator à Guercif, s'il aboutit, serait principalement destiné à la production de gaz naturel comprimé (GNC) pour répondre aux besoins spécifiques des industriels, et non à l'alimentation du réseau électrique national.
Dans le contexte actuel, l’approvisionnement en gaz naturel présente des risques plus élevés que pour d'autres ressources, en raison des volumes massifs nécessaires à la production d’électricité. Bien que la conjoncture soit favorable, notamment avec la décision des États-Unis de doubler leur capacité de production de gaz naturel liquéfié (GNL), les risques géopolitiques restent de mise dans un environnement international de plus en plus incertain.
En l’absence d’un gisement national capable de garantir sa souveraineté énergétique, le Maroc mise stratégiquement sur le projet de gazoduc Afrique-Atlantique. Cette année s'annonce d'ailleurs déterminante pour ce projet, dont la mise en service est prévue à l'horizon 2030 avec un premier segment reliant le Sénégal au Maroc.
En complément des gazoducs, l’importation de GNL s’est imposée dans la feuille de route nationale comme un levier permettant de soutenir une ascension progressive de la demande et qui servira principalement à alimenter la nouvelle station à gaz de Nador (1.200 MW). Ce choix sert également d’alternative stratégique pour pallier les incertitudes en attendant la concrétisation du projet Afrique-Atlantique.
La stratégie gazière marocaine accuse-t-elle un retard ?
Premièrement, le Maroc s’est résolument engagé dans une voie de sobriété énergétique, renforçant d’année en année ses capacités en énergies renouvelables. Celles-ci se heurtent toutefois à une limite majeure d'intermittence de ces énergies.
À l’instar de nombreux pays, le Royaume mise sur l’hydrogène vert, qui pourrait, une fois les technologies arrivées à maturité, ouvrir la voie à une énergie compétitive, peu polluante et durable. Dans cette trajectoire, le choix du gaz naturel comme vecteur de transition s’impose, car il permettra d’évoluer vers l’hydrogène vert de manière fluide, sans remettre en cause les investissements industriels et infrastructurels initiaux.
Outre le projet d'infrastructure gazière connectée au port de Nador West Med, un retard législatif persiste dans l'adoption de la loi encadrant les opérations d'importation, d'exportation, de stockage, de transport et de distribution du gaz naturel. Celle-ci peine à voir le jour.
En son absence, le cadre d’investissement demeure incertain et risqué, ce qui entrave l'organisation des opérations d'importation, d'exportation, de stockage, de transport, de distribution et de fourniture de gaz naturel. Cette situation pourrait probablement ouvrir la voie à un monopole privé incontrôlable, à l'image de ce qui s'était produit avec la SAMIR.
La transformation de l’ONHYM en société anonyme devrait insuffler une dynamique nouvelle au secteur de l’exploration des hydrocarbures tout en dotant cet établissement d’une plus grande marge de manœuvre pour des investissements plus rentables. Il convient de rappeler que la création de l’Office en 2005, née de la fusion entre l’ONAREP et le BRPM, a permis de donner un second souffle à l’exploration, qui s’est concrétisée deux décennies plus tard par la certification des champs gaziers d’Anchois et de Tendrara. À travers cette refonte organisationnelle, cette mutation est attendue comme un véritable catalyseur de découvertes futures capables d'asseoir durablement la souveraineté énergétique du Maroc.
La future société anonyme devrait être prioritairement placée sous la tutelle de l'Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE). Cet ancrage institutionnel permettrait une intégration fluide au sein d'un cadre de gouvernance efficient, apte à stimuler l'exploration et l'exploitation des ressources minières et pétrolières.
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